« Internormativité en milieux de soin »: un colloque annuel du SoDRUS de très haute tenue
Photo : Université de Sherbrooke
Le Colloque annuel du SoDRUS s'est tenu au Campus de Longueuil les jeudi 22 et 23 mai 2025, sur la thématique « Internormativité en milieux de soins : la relation soignante au cœur des enjeux juridiques, éthiques et organisationnels ».
Organisé par Valentine Fau, Pr Bertrand Lavoie, Pr Jean-Frédéric Ménard (Faculté de droit, Université de Sherbrooke) et Dre Clara Low-Décarie (Département de pédiatrie, Université de Sherbrooke), coordonné par France Lacharité (étudiante au doctorat, CERC, Université de Sherbrooke), il a réuni plus de 90 personnes sur les deux journées : chercheurs, experts, praticiens, étudiants, ont échangé sur et partagé leurs riches expériences et travaux. La capacité des organisateurs et des partenaires de l'événement (Faculté de Droit, Centre de recherche en Éthique, SoDRUS) ont contribué au grand succès de ces journées.
Photo : Université de Sherbrooke
Plusieurs moments ont rythmé le colloque. La conférence de Mme Clara Dallaire et Dre Nathalie Orr Gaucher (Bureau du Partenariat Patients-Familles-Soignants du CHU Sainte-Justine) a ouvert les journées en abordant le partenariat patient en soins, en gouvernance, en recherche et en enseignement au CHU Sainte-Justine : la spécificité et les apports du « modèle de Montréal » autour du partenariat en soins, entre autres, a permis de relever quelques-uns des défis et des enjeux de l'internormativité en pratique. Ce premier moment se concluait par un cocktail prolongeant les échanges et le réseautage.
Au cœur des pratiques de soins
La journée du vendredi a plongé les participants dans la réalité concrète des milieux de soins. Le premier panel, animé par la Dre Clara Low-Décarie, a fait entrer l'assistance dans l'intimité des salles de soins et des pratiques quotidiennes. La Dre Jessika Roy-Desruisseaux a partagé son expérience auprès de patients présentant des troubles neurocognitifs, tandis que la Dre Agathe Béranger a abordé avec sensibilité la gestion des conflits lors de l'arrêt des thérapeutiques actives, illustrant ses propos par un cas clinique touchant. Les professeures Audrey Ferron-Paraye et Mariève Lacroix ont exposé à deux voix les tensions entre médecine et droit, notamment sur la délicate question du consentement éclairé en obstétrique.
Quand les normes se rencontrent
Sous l'animation dynamique du Pr Bertrand Lavoie, la table-ronde suivante a exploré un territoire complexe : comment intervenir quand se côtoient multiples normes et valeurs ? Les échanges ont été particulièrement riches avec la Pre Catherine Malbœuf-Hurtubise qui a présenté son approche mêlant art et psychologie pour aborder la mort avec les enfants. Me Fedor Jila a décodé le dédale juridique des règlements hospitaliers, tandis que Catherine Isadora Côté a mis en lumière l'expertise unique des patients atteints de maladies rares. Dominique Nguyen a conclu en montrant l'importance de l'intégration des valeurs spirituelles dans les soins. Chaque intervention a révélé la créativité nécessaire pour naviguer dans cette pluralité normative.
Entre droit, politique et organisation
Le Pr Jean-Frédéric Ménard a orchestré une session qui a mis en lumière les enjeux structurels de la relation soignante. La Pre Christelle Landheer-Cieslak et le Pr Andrew Freeman ont démontré la richesse des collaborations entre professions de santé et du droit face aux dilemmes éthiques. Alexia Argiolas a analysé les interactions complexes entre normes juridiques, médicales et éthiques autour de l'aide médicale à mourir au Québec. Le Dr David-Martin Milot, fort de son expérience de médecin, chercheur et président de Médecins du Monde Canada, a identifié les obstacles structurels de la relation soignante. Enfin, le Pr Pierre Noël a livré une analyse approfondie des jugements impliquant les témoins de Jéhovah, révélant leurs fondements parfois ambigus.
Vers l'amélioration des pratiques
La dernière table-ronde a ouvert des perspectives d'action concrètes autour de trois expertises complémentaires. La Dre Nathalie Gaucher a présenté l'élaboration d'un protocole de priorisation pour les soins intensifs pédiatriques en contexte de pandémie, un défi éthique majeur. Me Sophie Brisson a éclairé le rôle essentiel du commissaire aux plaintes dans la défense des droits des usagers. Jean-François Thérien a conclu en abordant l'intégration du pluralisme spirituel dans l'accompagnement des personnes en milieu de santé. Ces questions, loin d'être théoriques, ont nourri des débats passionnés qui se sont prolongés bien au-delà des sessions officielles.
L'ensemble de ces deux journées a confirmé la pertinence de croiser les regards disciplinaires pour mieux comprendre et améliorer la relation soignante. Les échanges soutenus et la qualité des débats témoignent de la vitalité de cette communauté de recherche et de pratique et l’intérêt de provoquer de telles occasions de rencontres.