Observatoire québécois de droit animalier
Lancement savant et première journée d’étude
Photo : Jessica Garneau, collaboratrice
Suivant sa création, l’automne dernier, l’Observatoire québécois de droit animalier (OQDA) lançait ses activités savantes en tenant une première journée d’étude, le 7 février 2025, au Campus principal de l’Université de Sherbrooke.
La doyenne de la Faculté, la professeure Marie-Pierre Robert, a d’entrée de jeu salué la naissance de cette nouvelle entité de recherche novatrice et dynamique. « Aucune structure ne regroupait les chercheuses et chercheurs intéressés par le droit animalier, qu’ils soient juristes ou philosophes. Le droit animalier, domaine émergeant, pose pourtant non seulement de nombreuses questions d’actualité, mais il s’agit d’un terreau fertile pour aborder des questions fondamentales liées aux titulaires de droits. Il ne fallait pas faire l’autruche par rapport à ce manque. »
La reconnaissance du champ d’étude
Conformément à l’objectif initial de la journée, les ateliers ont vraiment permis d’explorer des thématiques riches et de générer des échanges extrêmement intéressants sur de nombreuses questions touchant le droit animalier, y compris sa reconnaissance même comme domaine de recherche, objet du premier panel de la journée animé par le professeur Jean-Frédéric Ménard.
Photo : Jessica Garneau, collaboratrice
L’historienne Catherine Paulin a exploré la rareté de l’animal dans les archives, mettant ainsi en lumière son effacement au sein de la discipline historique. La philosophe Christiane Bailey a offert un tour d’horizon de l’évolution de l’éthique animale au sein de la philosophie. Elle remarque un tournant vers les théories politiques, les philosophes s’interrogeant de plus en plus sur les devoirs collectifs et les paramètres d’institutions politiques qui seraient sensibles aux intérêts des animaux. La juriste Daphnée B. Ménard a décrit l’effervescence de la recherche en droit animalier. Ce sujet de recherche étant de plus en plus considéré comme valable en raison de l’évolution sociale des sensibilités et de l’augmentation des préoccupations pratiques des justiciables, des besoins se font sentir dans tous les domaines de droit où se situe l’animal, dont le droit agroalimentaire, le droit de la famille, le droit du travail, etc. Ce panel a permis de faire le point sur l’état du milieu universitaire.
L’enseignement du droit animalier
Le second panel a proposé une réflexion sur le rôle de l’éducation dans la diffusion et l’évolution du droit animalier et de l’éthique animale. La politologue Alexia Renard a partagé le résultat de ses recherches sur les trajectoires de transition vers le véganisme, notant l’effet important d’images chocs et de vidéos YouTube de vulgarisation. Marie-Claude St-Amant a discuté de son expérience en tant que présidente de la SPCA de Montréal et avocate ayant souvent défendu les intérêts des animaux devant les tribunaux. Elle a noté une résistance de la part de quelques juges à prioriser les intérêts des animaux, en particulier quand les animaux ne sont pas des animaux de compagnie. La juriste Éva-Marie Cloutier a exposé les raisons motivant son engagement pour les animaux, a offert un résumé des activités menées par le Comité étudiant du droit animalier de l’Université de Sherbrooke et fait part des difficultés rencontrées lors de la mise sur pied du cours de droit animalier à la Faculté. L’activiste multisectoriel·le Nathe Perrone nous a parlé de son expérience militante auprès de plusieurs organismes communautaires et organisations politiques. Iel a fait le point sur le modus operandi et les retombées importantes de l’activisme antispéciste de rue. Ce panel, animé par Virginie Simoneau-Gilbert, a permis de mettre en lumière les avancées du mouvement en matière d’éducation.
Dans un troisième temps, Marie-Andrée Plante et Christiane Bailey ont animé un atelier de discussion où les personnes participantes ont mis la main à la pâte afin de réfléchir au droit animalier. En petit groupes de discussions, tout le monde a discuté de l’avenir du droit animalier en explorant quatre question :
- Quels devraient être les liens entre l’éthique animale et le droit animalier?
- Comment permettre un dialogue collectif sur les enjeux des droits des animaux?
- Quels sont les besoins à court, moyen et long termes du droit animalier par rapport à la recherche universitaire?
- Quels types de dossier/enjeux pourraient faciliter la mobilisation d’activistes, juristes et philosophes œuvrant dans d’autres luttes?
Photo : Jessica Garneau, collaboratrice
Toute l’équipe de l’Observatoire se réjouit du succès de la journée et des perspectives qui s’ouvrent pour le droit animalier. Elle tient à remercier le Groupe de recherche sur les humanités juridiques et la Faculté de droit de l’Université de Sherbrooke pour leur soutien financier et matériel. Un dîner végétal et des bouchées végétales du restaurant Saug.e ont été servis.
À propos de l’Observatoire
L’Observatoire québécois de droit animalier a été fondé afin d’offrir un espace pour réunir la communauté québécoise de juristes et philosophes qui souhaitent réfléchir au traitement des animaux en droit et à ses voies d’amélioration. En mobilisant des esprits passionnés par ce sujet, l’Observatoire a pour objectif de stimuler la recherche et l’enseignement en droit animalier ainsi que les initiatives liées à la protection des animaux.
En réunissant cette communauté, la notion de « droit animalier » est prise dans son sens le plus large. D’une part, elle inclut tant ce domaine de droit en particulier que la manière dont les animaux sont appréhendés par d’autres domaines de droit. D’autre part, elle englobe tant les règles de droit s’appliquant aux animaux que les fondements philosophiques sous-jacents. L’Observatoire souhaite enrichir la communauté du droit animalier d’une diversité de perspectives et de disciplines.