Des statistiques et deux documents pour s’outiller
Redéfinir la réussite en contexte de diversité étudiante
Que veut dire réussir son parcours universitaire en 2025? Est-ce de terminer tous ses cours avec des « A+ »? D’aller chercher le diplôme qui mènera à une promotion dans l’entreprise où l’on travaille déjà? D’acquérir une maîtrise pour reconstruire sa vie en immigrant au Québec? De compléter un certificat à temps partiel, tout en travaillant pour nourrir ses enfants? De persévérer jusqu’à la fin d’un bac malgré un trouble qui draine nos énergies au quotidien? Entre ambitions académiques, réalités professionnelles et défis personnels, chaque personne trace sa propre définition de la réussite. La définition retenue par le Ministère de l’Enseignement supérieur dans le Plan d’action sur la réussite en enseignement supérieur (PARES, 2021) avait été formulée dès 2010 par le Conseil supérieur de l’éducation, soit…
l’acquisition et l’intégration par l’étudiant ou l’étudiante de connaissances et de compétences en lien avec une formation de haut niveau s’inscrivant dans son projet personnel et contribuant tout à la fois à son développement sur les plans professionnel, artistique, scientifique, culturel, civique et personnel.
On comprend qu’on a désormais affaire à différentes réussites pour différentes personnes. Il devient donc plus que jamais essentiel de mieux connaitre celles et ceux qui prennent places dans nos salles de classe.
Quelques données sur la diversité étudiante à l’Université de Sherbrooke (UdeS)
Longtemps minoritaires dans les universités québécoises, les femmes y sont devenues majoritaires depuis les années 1990. À l’UdeS en 2023-20241
- 58 % des personnes étudiantes étaient des femmes, alors que 41,96 % étaient des hommes. On note que 0,04 % des personnes répondantes ne s’identifiaient ni à l’un ni à l’autre genre.
Cette situation minoritaire ou majoritaire variait néanmoins selon les disciplines. Ainsi, les hommes ne représentaient que 27,62 % des effectifs en éducation, en sciences infirmières, en éducation physique, en pharmacie et en relations humaines, tandis que les femmes ne constituaient encore que 22,23 % de l’effectif en génie et en informatique.
Diversité sexuelle et de genre
- Mentionnons qu’en 2018, selon l’Institut de la statistique du Québec, 3,1 % de l’ensemble des femmes et 3,4 % de l’ensemble des hommes de 15 ans et plus se déclaraient lesbiennes ou gaies, bisexuelles, pansexuelles ou d’une autre orientation non hétérosexuelle.
- En 2021, d’après la même source, on comptait 0,14 % de personnes transgenres et 0,09 % de personnes non-binaires au sein de la population québécoise.
Dans son dossier Diversité sexuelle et de genre en enseignement supérieur, le CAPRES (2020) rappelle que « [l]es communautés LGBTQ+ ont […] en commun de vivre différents obstacles pendant leur parcours scolaire, notamment de l’homophobie et de la transphobie » et que « [s]e sentir bien dans une classe a un impact sur la capacité à assimiler la matière enseignée ».
Origines, appartenances et perceptions
Toujours pour la même année 2023-2024,
- Près de 12 % des personnes étudiantes provenaient d’autres pays que le Canada, alors que 4,07 % avaient le statut de résidents permanents.
- Au premier cycle, les personnes étudiantes en provenance de l’international comptaient pour 4,58 % de l’effectif, avec 2,5 % de résidents permanents.
- Au second cycle, c’était 12,78 % de cet effectif qui provenaient de l’international et 5,4 % qui étaient résidents permanents.
- Au troisième cycle, ces proportions grimpaient respectivement à 40,12 % d’étudiantes et d’étudiants internationaux, ainsi qu’à 7,34 % de résidents permanents.
Dans une perspective d’inclusion, il est intéressant de réaliser que…
- 8,7 % des membres de la population étudiante étaient considérés comme appartenant à des minorités visibles, tandis que 6 % pouvaient être considérées comme des minorités ethniques.
- 0,18 % des personnes étudiantes étaient reconnues comme autochtones.
Rappelons qu’au Canada le terme « minorité visible » désigne les personnes qui ne sont ni blanches ni autochtones, en se basant sur des caractéristiques liées à l’apparence physique et à la perception raciale, notamment dans le cadre de politiques d’équité en emploi. Une personne de nationalité canadienne ayant la peau noire en fera donc partie. D’autre part, le terme « minorité ethnique » est fondé sur l’origine culturelle ou nationale, indépendamment de l’apparence physique. Par exemple, une personne d’origine italienne fera partie de cette catégorie.
Diverses situations de handicap
En 2023, la proportion des personnes étudiantes en situation de handicap pour l’ensemble des établissements universitaires du Québec était de presque 7 %.
- À l’UdeS, la même année, cette proportion était de 7,24 %, un peu au-dessus de la moyenne provinciale.
- En 2024-2025, on enregistre une légère hausse, alors que cette proportion s’établit à 7,46 %.
- Surtout, par rapport à des situations plus traditionnelles de handicap (déficiences visuelles, auditives, motrices, etc.), plus de 90 % de ces situations sont dites « invisibles » (troubles d’attention, d’apprentissage, de santé mentale, etc.), et ne seront comptabilisées que si elles sont déclarées. Puisque certaines personnes font le choix de ne pas déclarer une incapacité, il est tout à fait possible qu’il y ait davantage de personnes en situation de handicap dans nos salles de classe.
Au sens de la Loi assurant l’exercice des droits des personnes handicapées en vue de leur intégration scolaire, professionnelle et sociale (2004), une personne se trouve en situation de handicap lorsque les obstacles dans son environnement – autant les préjugés que les difficultés d’accès, en passant par le manque de ressources – ne lui « permettent pas d'exercer pleinement une activité courante ou un rôle social », notamment en raison de l'absence de facilitateurs. Puisque « [l]a situation de handicap est le résultat d’une interaction entre les incapacités d’une personne, ses activités et son environnement », cette définition rappelle l’importance de chercher à adapter l’environnement de la personne. « Selon ce concept, si l’environnement physique et social est adapté, il n’y a pas de situation de handicap. »
Parentalité, emploi, revenus et dépenses
Enfin, la situation économique et familiale avec lequel compose une personne étudiante aura forcément un impact sur sa réussite. À l’UdeS (toujours pour 2023-2024),
- 0,31 % de l’effectif étudiant se déclarait comme parents.
- Fait à noter, la proportion de personnes étudiantes se déclarant comme parents était plus importante au premier cycle (0,34 %) qu’au second ou au troisième cycle (respectivement 0,29 % dans les deux cas).
À noter, cette statistique est basée sur l’auto-déclaration des étudiantes et étudiants qui sont parents et qui souhaitent se prévaloir de certains programmes spécifiques. Tous et toutes ne le feront évidemment pas. Il est donc vraisemblable qu’ils soient plus nombreux.
Il a été plus difficile de trouver des données récentes sur la proportion de personnes étudiantes qui travaillent pendant leurs études. Dans le recueil Regard statistique sur la jeunesse, édition 2019, on indique que…
- Le taux d’emploi des étudiantes et étudiants à temps plein de 15 à 29 ans était de 47,1 % en 2018, avec approximativement 14,9 heures travaillées par semaine. Ce taux d’emploi aux études avait progressé de 17,7 % entre 1996 et 2018.
- Les personnes étudiantes de 20 à 24 ans étaient en moyenne 54,8 % à occuper un emploi pendant leurs études et à y travailler en moyenne 15,8 heures par semaine.
- Environ 56,1 % de celles de 25 à 29 ans conciliaient travail et études, avec une moyenne de 20,5 heures travaillées par semaine.
Selon une étude de Tchokouagueu et al. (2023) sur le financement et l’endettement des universitaires du Québec, menée auprès de 12 216 personnes étudiantes de 13 établissements québécois (dont l’UdeS),
- Le revenu annuel moyen des personnes participantes s’élevait à 31 899 $, dont un peu moins de 70 % provenaient d’un emploi principal, avec 20,6 % du revenu en bourses (dont 6,4 % provenaient de l’Aide financière aux études (AFE) du Québec) et 9,5 % d’autres revenus (un second emploi, par exemple).
- Du côté des dépenses, on calcule une moyenne de 31 566 $ avec – dans les grands centres autres que Montréal et Québec – 28 % du budget consacré à l’habitation, 20 % pour l’alimentation, 14 % aux frais de scolarité et 10 % pour le transport. Les dépenses restantes se répartissent entre personnes à charge, divertissement, santé, matériel scolaire, vêtements et frais d’immigration.
- Enfin, selon une récente étude intitulée L’insécurité alimentaire en milieu d’enseignement supérieur (2024), 40 % de l’échantillon de 501 étudiantes et étudiants au niveau universitaire et collégial aurait été confronté à au moins une situation d’insécurité alimentaire dans les douze mois précédents l’étude.
Que retenir d’un tel portrait? Sans doute que, pour mieux soutenir les étudiantes et étudiants en 2025, il sera nécessaire de repenser nos définitions de la « réussite », du « handicap » ou de la « minorité ». Mieux connaître la composition des groupes auxquels nous enseignons constitue certainement une étape importante dans cette direction.
Le Service de soutien à la formation (SSF) a publié cette année deux documents importants sous forme de ressources éducatives libres, afin d’aider le personnel enseignant à accompagner vers la réussite une population étudiante toujours plus diversifiée.
D’abord, le Document-cadre sur la réussite étudiante de Simon Bolduc, Maryse Beaulieu et Esther Dubé vise à développer une compréhension commune des enjeux entourant la réussite étudiante, à appuyer le développement d’axes de travail au SSF et à favoriser la mutualisation des initiatives pour en faire un projet collectif.
On y présente un état des lieux non exhaustif de ce que nous apprend la recherche relativement à la réussite étudiante en enseignement supérieur, à partir de cinq principes d’action (prévention, intervention systémique, engagement, appartenance et autodétermination).
On y retrouvera aussi plusieurs indicateurs permettant de documenter l’impact de diverses mesures de soutien à la réussite. Ces indicateurs – appuyés par la littérature scientifique sur le sujet – sont organisés selon quatre axes : soutien aux transitions inter-ordres, soutien aux groupes minoritaires, structures d’intégration sociale et académique et conditions de réussites reconnues en lien avec le personnel enseignant et l’institution.
De même, neuf constats tirés de la littérature scientifique sont mis de l’avant, notamment la pertinence d’une pédagogie spécifique à la première année d’études.
Justement, Soutenir la réussite : la pédagogie de la première session d’Alex Boudreau, se veut un guide permettant d’opérationnaliser certains principes et indicateurs du document-cadre. De manière schématique, on y résume les principaux enjeux relatifs à la réussite, les principales mesures pour la soutenir, des facteurs personnels déterminants, ainsi que des compétences déterminantes que les personnes étudiantes gagnent à acquérir.
Sous forme de listes de vérification à cocher, on y retrouve des actions à privilégier afin d’intervenir lors de six moments-clés de la première session d’études universitaires. On sait que ce moment de transition s’avère cruciale pour la réussite étudiante.
Sources
Bureau de la registraire (3 novembre 2025). Extraction tirée des statistiques et données étudiantes. Université de Sherbrooke.
Bureau de la registraire (2025). Rapport détaillé de l’ÉDI (document de travail interne). Université de Sherbrooke.
Consortium d'animation sur la persévérance et la réussite en enseignement supérieur (CAPRES ; 2020). Diversité sexuelle et de genre en enseignement supérieur. http://www.capres.ca/dossiers/diversite-de-genre
El Haddioui, A., Salgado, I. et Grandmaison, C. (2024). L’insécurité alimentaire en milieu d’enseignement supérieur – Une étude auprès de la population québécoise (rapport détaillé), Léger – Union étudiante du Québec.
https://unionetudiante.ca/Media/publicDocuments/c38f0b6b-8a6d-4b20-bc07-83ec796948bd.pdf
Fougeyrollas, Patrick (2010). La funambule, le fil et la toile. Transformations réciproques du sens du handicap. Québec : Les Presses de l’Université Laval, 315 p.
Henry, C., Dommaget, F. et Paré, É. (18 septembre 2025). La précarité financière étudiante : portrait national et spécificités régionales, Acfas Magazine. https://www.acfas.ca/publications/magazine/2025/09/precarite-financiere-etudiante-portrait-national-specificites
Institut de la statistique du Québec (2019). Regard statistique sur la jeunesse – État et évolution des Québécois âgés de 15 à 29 ans 1996 à 2018. (Édition 2019, mise à jour). [En ligne], Québec, Institut de la statistique du Québec.
https://statistique.quebec.ca/fr/fichier/regard-statistique-sur-la-jeunesse-etat-et-evolution-de-la-situation-des-quebecois-ages-de-15-a-29-ans-1996-a-2018-edition-2019.pdf
Institut de la statistique du Québec (dernière mise à jour 13 mai 2024), Personnes de minorités sexuelles et de genre, Vitrine statistique sur l’égalité entre les femmes et les hommes. https://statistique.quebec.ca/vitrine/egalite/dimensions-egalite/demographie/personnes-minorites-sexuelles-et-genre
Loi assurant l’exercice des droits des personnes handicapées en vue de leur intégration scolaire, professionnelle et sociale, LQ, c. e-20.1, 2004, c.31, a.2. Gouvernement du Québec. https://www.legisquebec.gouv.qc.ca/fr/document/lc/E-20.1
Ministère de l’Enseignement supérieur (2021), Plan d’action sur la réussite en enseignement supérieur (PARES). Gouvernement du Québec.
Programme pour l’inclusion des personnes étudiantes en situation de handicap (PIPESH), (1er juin 2025). Portrait statistique des personnes étudiantes en situation de handicap inscrites à l’Université de Sherbrooke 2024-2025 (document interne). Services à la vie étudiante, Université de Sherbrooke.
Tchokouagueu, F. A., Vallée, L., Bouchard St-Amant, P.-A. Lemieux-Bourque, A. et Bolduc, N. (2023). Rapport sur le financement et l’endettement des étudiant.e.s unviersitaires du Québec. Groupe de recherche en économie politique appliquée. https://unionetudiante.ca/Media/publicDocuments/Rapport-sur-le-financement-et-lendettement-etudiantUEQ.pdf
1 L’auteur tient à remercier pour leur aide précieuse M. Marc-André Allard et son équipe de la section Statistiques et données étudiantes du Bureau de la registraire, ainsi qu’à l’équipe, du Programme pour l’inclusion des personnes étudiantes en situation de handicap (PIPESH) des Services à la vie étudiante.