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État de la santé psychologique au Québec

Crises multiples et santé mentale : un signal d’alarme chez les jeunes

De tous les changements observés entre 2021 et 2025, la hausse du sentiment de solitude est la plus frappante.
De tous les changements observés entre 2021 et 2025, la hausse du sentiment de solitude est la plus frappante.
Photo : Michel Caron - UdeS

Pour la première fois au Canada, une équipe de recherche s’est penchée sur les liens entre les migrations climatiques et la santé au Québec. Le projet Le triple nexus « changements climatiques – migration – santé publique » a pour objectif de mieux comprendre les besoins en matière de soins des personnes migrantes et d’évaluer les effets de ces migrations sur le système de santé québécois.

Le professeur Gabriel Blouin-Genest (Faculté des lettres et sciences humaines) et la professeure Mélissa Généreux (Faculté de médecine et des sciences de la santé) ont récemment diffusé les résultats d’un des volets de ce projet qui touche plus particulièrement aux impacts de l’immigration sur la santé de la population québécoise.

Une nouvelle enquête inscrite dans la continuité

Cette étude menée en décembre 2025 reprend plusieurs éléments d’une première enquête réalisée en 2021 par la même équipe de l’Université de Sherbrooke. À l’époque, elle examinait les attitudes de la population dans un contexte marqué par deux crises majeures : la pandémie de COVID‑19 et les changements climatiques. Cette fois, les recherches furent orientées vers les attitudes et les perceptions de la population face à la migration dans le but de mieux comprendre la polarisation politique relative à l’immigration. Le recours à des échantillons semblables permet aujourd’hui de comparer l’évolution de plusieurs indicateurs de santé mentale et de cohésion sociale sur ce volet.

Le professeur Gabriel Blouin-Genest de l'École de politique appliquée de la Faculté des lettres et sciences humaines.
Le professeur Gabriel Blouin-Genest de l'École de politique appliquée de la Faculté des lettres et sciences humaines.
Photo : UdeS

Nos constats nous démontrent que les perceptions sur la migration, le climat et la santé influencent la santé mentale ainsi que la polarisation au Québec.

Professeur Gabriel Blouin-Genest, chercheur principal de l’étude

Une détérioration marquée chez les 18‑29 ans

Si l’état de santé psychologique semble globalement stable entre 2021 et 2025 chez la population adulte dans les deux régions étudiées, soit en Estrie et en Montérégie, un constat ressort : la santé mentale des jeunes semble continuer de se détériorer depuis la pandémie. Dans un contexte de crises multiples, les symptômes anxieux sont ainsi passés de 21 % à 31 % chez les 18‑29 ans, et les symptômes dépressifs de 23 % à 30 %.

La professeure Généreux note que de tous les changements observés, la hausse du sentiment de solitude est la plus frappante. Chez les jeunes adultes, il est passé de 41 % à 58 % en quatre ans. Autrement dit, six jeunes sur dix se sentent actuellement seuls.

L’équipe de recherche constate également un impact sur le sentiment de cohérence – cette impression que la vie est compréhensible, gérable et porteuse de sens – qui diminue significativement chez les jeunes adultes. La proportion de 18‑29 ans présentant un sentiment de cohérence élevé passe de 27 % en 2021 à 20 % en 2025. La proportion de jeunes déclarant ressentir une telle cohérence est désormais deux fois moindre que celle des adultes (20 % contre 41 %).

La professeure Mélissa Généreux du Département des sciences de la santé communautaire de la Faculté de médecine et des sciences de la santé.
La professeure Mélissa Généreux du Département des sciences de la santé communautaire de la Faculté de médecine et des sciences de la santé.
Photo : UdeS

On observe un malaise générationnel face aux bouleversements sociaux et climatiques faisant en sorte que les jeunes ont de plus en plus de difficulté à donner un sens compréhensible à leur vie dans ce contexte de crises multiples.

Professeure Mélissa Généreux

Polarisation politique : une présence accrue aux deux extrêmes

L’enquête dévoile que l’amalgame de tous ces éléments accentue la polarisation de la population. Entre 2021 et 2025, les jeunes adultes se positionnent davantage aux deux pôles de l’échelle politique, une tendance moins marquée dans le reste de la population.

  • À gauche : 13 % (2021) à 20 % (2025)
  • À droite : de 5 % (2021) à 9 % (2025)

Les hommes demeurent par ailleurs deux fois plus nombreux que les femmes à se situer à droite, une constante observée en 2021 comme en 2025.

Cette polarisation influence également le niveau de confiance envers les gouvernements. Ce dernier chute fortement dans l’ensemble des groupes sociodémographiques. En 2021, seules 10,8 % des personnes répondantes déclaraient un faible niveau de confiance. En 2025, cette proportion grimpe à 22,1 %. Inversement, les niveaux de confiance élevés s’effondrent, passant de 36,9 % à 14,7 %.

Ce basculement témoigne d’un climat social plus tendu, dans lequel les crises successives semblent avoir érodé le lien de confiance entre l’État et la population.

Professeur Gabriel Blouin-Genest

Renforcer les facteurs de protection pour un mieux‑être collectif

Au-delà des facteurs de risque, les chercheurs et les chercheuses insistent sur la nécessité de miser sur des leviers de protection pour soutenir la santé mentale et la cohésion sociale :

  • Recréer des liens sociaux, communautaires et intergénérationnels;
  • Favoriser la connexion à la nature, à l’art et à la culture;
  • Encourager un dialogue social ouvert et respectueux;
  • Renforcer les compétences socioémotionnelles.

Le professeur Blouin-Genest et la professeure Généreux soulignent également que la quête de sens, le sentiment d’appartenance ou la lutte contre l’isolement ne peuvent se régler uniquement en clinique. Ils nécessitent des actions collectives, notamment pour garantir l’accès :

  • À un logement stable;
  • À une alimentation adéquate;
  • À des environnements sains et sécuritaires.

Les deux spécialistes sont d’avis que ces besoins fondamentaux constituent des conditions essentielles pour réduire la charge mentale des jeunes générations.

L’enquête Polarisation et santé mentale est un volet du projet Le triple nexus « changements climatiques – migration – santé publique », mené par le Centre interdisciplinaire de développement en santé (CIDIS) sous la direction du professeur Gabriel Blouin-Genest. Ce projet de recherche vise à comprendre, quantifier et anticiper les effets conjoints de ces trois dimensions, tant pour les personnes migrantes elles-mêmes que pour les systèmes sociaux et de santé du Québec.