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Point de vue d’une étudiante neurodivergente

Repensons l’université comme un espace qui s’adapte aux personnes étudiantes

Mathilde Chagnon, chargée de cours et future doctorante.
Mathilde Chagnon, chargée de cours et future doctorante.

Chargée de cours à l’École de réadaptation, Mathilde conjugue enseignement, recherche et engagement communautaire. Ergothérapeute de formation, elle est cofondatrice d’Autisme Soutien, un organisme offrant du soutien social par clavardage. Mathilde est également à l’origine des Dîners-causeries pour personnes autistes, un projet primé au Gala Forces AVENIR pour son impact sur le sentiment d’appartenance. Lauréate de nombreuses bourses d’excellence, elle débutera en 2026 un doctorat visant à harmoniser les mesures d’accommodement pour les personnes étudiantes neurodivergentes. À travers ses publications et ses initiatives, elle milite pour une université où la diversité cognitive est reconnue comme une richesse.

L’université se veut un lieu de savoir, d’ouverture et de transformation sociale. Toutefois, pour de nombreuses personnes étudiantes, elle demeure un espace où l’on doit sans cesse s’ajuster à des normes implicites. Cette réflexion s’appuie sur mon parcours personnel et mes recherches en ergothérapie, notamment sur les freins et les facilitateurs de l’environnement bâti universitaire pour les personnes étudiantes neurodivergentes. Mais les questions que je soulève dépassent largement cette seule réalité : elles concernent aussi les personnes étudiantes internationales, celles vivant avec un handicap, les parents-étudiants, les personnes racisées, et bien d’autres encore.

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Au fil de mon mémoire de maîtrise, j’ai constaté que l’environnement physique et organisationnel des campus joue un rôle déterminant dans le sentiment d’appartenance et la réussite des personnes étudiantes. L’éclairage, le bruit ambiant, la signalisation, l’accessibilité des salles ou encore la disposition de la classe et des espaces communs peuvent faciliter ou nuire à la participation étudiante. Les enjeux sensoriels, de concentration, d’attention, de coordination, de mobilité ou de langue sont bien réels et méritent d’être pris en compte dans la conception même de nos environnements d’apprentissage. Au-delà du bâti, ce sont les attitudes, les politiques et les pratiques institutionnelles qui gagnent à être réfléchies sous l’angle de l’inclusion.

Certains établissements nord-américains sont en action et adoptent des politiques d’
Universal Design for Learning (UDL), qui offrent des options variées pour démontrer les compétences : travaux écrits, présentations orales, projets multimédias. Ces approches favorisent la réussite sans compromettre les standards académiques, tout en réduisant les barrières pour les personnes étudiantes.

Comment soutenir toutes les personnes étudiantes qui ne correspondent pas aux critères diagnostiques, mais qui se retrouvent désavantagées par rapport à la majorité? Dans une ère où l’inclusion est mise de l’avant, comment pourrions-nous faire preuve de créativité pour évaluer équitablement celles et ceux qui se retrouvent en minorité? Il m’est arrivé que l’on me refuse des mesures d’accommodement pour certains examens pratiques. Une personne pourrait-elle utiliser des outils (coquilles, paravents, espaces calmes, etc.) pour mieux réaliser son travail en fonction de ses besoins? Une autre piste intéressante pourrait être de permettre à une personne ayant des difficultés de coordination motrice de présenter un travail à l’oral plutôt qu’à l’écrit, lorsque l’écriture constitue une barrière importante. Si cette flexibilité respecte les exigences du programme et les compétences à développer, pourrions-nous adapter nos façons d’enseigner et d’évaluer?

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Et si nous repensions l’université comme un espace qui s’adapte aux personnes qui la fréquentent? Et si l’accessibilité devenait un principe transversal, intégré à toutes les sphères de la vie universitaire – de l’enseignement aux services, en passant par la recherche et la vie étudiante? Ce changement se produit progressivement grâce à des initiatives qui démontrent une volonté institutionnelle d’inclusion – par exemple, lorsque le SSF offre des formations sur la neurodivergence au personnel enseignant ou lorsque que les SVE offrent des espaces sécuritaires comme les dîners-causeries sur l’autisme – et à un meilleur dialogue avec celles et ceux qui vivent ces réalités.

Ces questions, je les pose avec humilité, mais aussi avec espoir. Car je crois profondément que l’université peut être un lieu de transformation sociale et de dialogue. Un dialogue où seraient inclues les voix des personnes marginalisées, au même titre que celles de tous les membres de la communauté universitaire.