Allocution du professeur Bruno-Marie Béchard,
recteur de l'Université de Sherbrooke,
à l'occasion de la journée de
perfectionnement de l'APAPUS

Le 9 mai 2006

Chères et chers professionnels,

La vision 2005-2010 Sherbrooke : Université leader, Université de leaders s'inscrit dans le courant émergeant du « leadership coopératif », où les membres d'une équipe, d'un groupe ou d'une organisation exercent à différents moments des rôles déterminants de leadership.

Dans ce processus collectif à la portée de tous, l'adjectif « coopératif » fait ressortir qu'on peut créer ensemble quelque chose de mieux pour tout le monde. Au lieu d'attendre que la direction trouve les solutions, on fait appel à tous les membres de l'institution.

Aussi, on reconnaît que les porteurs d'une idée ou d'une innovation s'appuient sur un réseau de pratiques de leadership exercées par un grand nombre. Il n'y a pas de réponse simple, venant d'un individu unique, à des questions complexes, de sorte que la complexité implique la coopération.

En se regroupant autour d'intérêts et de besoins communs, les leaders acquièrent une grande force. Ce leadership de groupe devient coopératif quand le succès de l'un dépend du succès de l'autre. Un tel leadership est la voie royale pour la mise en œuvre des différentes intelligences dans la recherche des solutions à nos défis collectifs, ceux de nos équipes, départements ou services, de notre communauté universitaire, voire de la société.

Tout en reconnaissant l'importance de l'ordre hiérarchique pour assurer l'imputabilité des résultats, le leadership coopératif invite tous les acteurs à se mobiliser pour un mieux-être collectif. Ainsi, notre institution renforce sa compétence collective en unissant les forces de ses membres qui travaillent en interdépendance, une composante essentielle de la coopération.

Le niveau élevé des expertises est dorénavant associé à un plus grand besoin d'apporter sa contribution et d'être reconnus, et à la nécessité de mettre en commun les savoirs et les différentes spécialités pour résoudre une problématique. Ainsi, l'hétérogénéité est une deuxième composante de la coopération.

Le leadership coopératif accorde une place prépondérante à la collaboration de chacun et de tous dans la recherche et la mise en œuvre de solutions. C'est ici que votre rôle créativité dans la proposition d'idées nouvelles prend toute son importance : une idée n'est vraiment bonne que si elle est mise en œuvre; et il n'y a pas de mise en œuvre à moins de rallier des gens autour de son idée. En plus de l'interdépendance et de l'hétérogénéité, la responsabilité personnelle et mutuelle constitue donc une troisième composante de la coopération.

Par ailleurs, trois principes majeurs sont à la base du leadership coopératif : Ce leadership fait appel à des initiatives de tous les niveaux, dans un but collectif, avec différentes perspectives.

Premièrement, des initiatives à la portée de tous et chacun. Le leadership coopératif se veut un ensemble de pratiques exercées par tous, à tous les niveaux, plutôt que conçues uniquement par les personnes en autorité. Ces comportements sont multiples : définir un but, rallier les personnes, prévenir les conflits, valoriser l'équipe, exercer une influence significative dans sa sphère personnelle et professionnelle, etc. Par exemple, quelques-uns émettront une première idée, certains la développeront et d'autres convaincront de nouveaux interlocuteurs de sa pertinence, et ainsi de suite jusqu'à sa mise en œuvre réussie.

Deuxièmement, un but collectif. Pour qu'il y ait leadership coopératif, il doit y avoir un but collectif défini, compris et partagé par les différents acteurs du groupe. Un des comportements de leadership consiste donc à travailler ensemble à la définition, à la compréhension et à la mobilisation autour de ce but.

Troisièmement, un dialogue coopératif. Un troisième principe fondamental réside dans la qualité du dialogue entre les différents acteurs, qu'ils soient membres de l'équipe, collègues d'un autre département ou service, supérieurs hiérarchiques ou partenaires externes. Ce dialogue est centré sur l'intérêt à résoudre un problème ou à relever un défi au profit de l'équipe immédiate, de la communauté universitaire ou de toute autre collectivité. L'écoute doit être réelle, chaque personne faisant l'effort de comprendre le point de vue de l'autre et de s'ouvrir à de nouvelles perspectives.

Personne ne nie les défis qu'une nouvelle idée peut susciter. Par contre, les chances de réussite augmentent lorsque l'intérêt de la collectivité est au centre du dialogue et qu'il y a ouverture à intégrer d'autres vues même si elles s'opposent au départ aux propositions nouvelles. Vous serez alors plus à même d'en tenir compte, soit dans l'élaboration de la solution, soit dans la stratégie d'implantation.

En somme, le leadership coopératif est non seulement un levier au service d'une collectivité, mais aussi un puissant moyen d'épanouissement personnel grâce à la mobilisation, au dialogue et à l'intégration de perspectives diverses autour d'un but collectif. Cet épanouissement implique d'actualiser et de développer votre propre capital de leadership, du type qui vous est naturel.

Comme le dit Albert Jacquard, « c'est en groupe que les humains se construisent ». Ensemble, on peut améliorer notre société et le Monde!