Allocution du professeur Bruno-Marie Béchard,
recteur de l'Université de Sherbrooke,
à l'occasion du colloque de la Faculté d'éducation sur la réussite scolaire

1er février 2006

Madame la Doyenne,
Distingués invitées et invités du milieu scolaire,
Chères et chers collègues,
Chers étudiantes et étudiants,

Au nom de la Table estrienne de concertation interordres en éducation (TECIE), je vous souhaite la plus cordiale bienvenue et vous remercie de participer à ce colloque organisé en collaboration avec la Faculté d'éducation.

Je salue cette initiative de la Faculté pour étudier les particularités régionales du décrochage scolaire en engageant activement son expertise dans l'analyse de ce fléau et dans la mise en place de solutions efficaces.

La réussite scolaire et son corollaire, la problématique du décrochage, sont tellement importants que l'enjeu de la qualification-diplomation de nos enfants suscite une mobilisation sans précédent en Estrie. Dans ce contexte de prise de conscience, le présent colloque fait suite à celui qui a réuni, le 28 novembre dernier, plus de 250 personnes : parents, enseignants, représentants du milieu social et économique, partenaires du réseau de l'éducation, de la santé, des services sociaux et de l'emploi et, bien sûr, le personnel de direction scolaire, collégial et universitaire.

Les statistiques sont carrément alarmantes :

  • L'Estrie se classe au 14e rang sur les 17 régions administratives du Québec en ce qui concerne la réussite des jeunes, presque en tête des régions ayant le plus haut taux de décrochage.
  • Après cinq ans au secondaire, seulement un jeune sur deux obtient son diplôme d'études secondaires.
  • Après sept ans au secondaire, le taux d'obtention atteint à peine deux sur trois.
  • Nous perdons, chaque année, approximativement 1 000 jeunes qui quittent l'école secondaire avant d'obtenir une qualification ou leur diplôme d'études secondaires ou professionnelles.

L'ampleur de la problématique, et sa complexité, interpellent donc l'ensemble des acteurs de la région pour relever le défi de la réussite de nos jeunes.

Il en va non seulement de l'épanouissement personnel des nouvelles générations de Sherbrookois et d'Estriens, mais aussi du maintien de notre qualité de vie en région. En effet, l'impact combiné du déclin démographique et de la chute de scolarisation menace gravement la survie même de nos organisations et entreprises.

Toutes et tous conviennent donc de l'urgence d'agir et d'agir judicieusement pour augmenter de façon radicale le taux de succès à la sortie du secondaire. Le présent colloque s'inscrit dans cette extraordinaire mobilisation, qui inclut des dizaines d'organisations au cœur desquelles la Faculté d'éducation peut et veut jouer un rôle de premier plan.

L'Estrie doit utiliser ses forces, c'est-à-dire ses structures d'éducation solides et multiples qui sont exemplaires à bien des égards, de même que ses entreprises particulièrement dynamiques pour assurer sa croissance économique et l'épanouissement de sa population.

Notre positionnement survient dans un contexte où plusieurs emplois, en particulier ceux reliés à la production et requérant peu de qualifications techniques, sont transférés dans d'autres régions du Monde où les coûts sont beaucoup plus faibles et la main-d'œuvre plus abondante. Ces emplois en voie d'extinction partout au Québec font place à des besoins grandissants de qualification supérieure, phénomène paradoxalement opposé à la chute du nombre de jeunes qui se scolarisent.

Dans ce contexte, notre région a pourtant besoin de se démarquer par des ressources humaines motivées et qualifiées pour des emplois de qualité. Il faut donc accroître radicalement la qualification et la diplomation des jeunes estriens, tout en attirant des entreprises qui embauchent du personnel aux compétences plus poussées.

La Table interordres est issue de la volonté des décideurs des commissions scolaires, des collèges, des universités et du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, de se concerter, avec les organismes de développement régional, sur les priorités en matière d'éducation dans une optique d'harmonisation et d'intégration économique, sociale et culturelle.

La Table mobilise donc le monde de l'éducation et en fait la promotion auprès des instances régionales. À ce titre, la Table agit comme porte-parole sur tout enjeu régional et sur toute question interordres, auprès de la Conférence régionale des élus de l'Estrie, du ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport, et des autres ministères et partenaires sociaux, économiques et culturels.

Plus spécifiquement, par rapport au projet de mobilisation régionale contre le décrochage scolaire, la Table joue un rôle d'éveilleur et de rassembleur pour l'ensemble de la communauté estrienne. Elle ne se substitue pas aux institutions ou organisations qui ont des mandats et des responsabilités propres au regard de la réussite des jeunes. La Table appuie plutôt les démarches déjà entreprises, celles résultant du colloque du 28 novembre et celles qui découleront du colloque d'aujourd'hui, soit en mettant à contribution l'expertise des organismes membres de la Table et des autres partenaires de la communauté, soit en offrant du soutien pour la recherche de données et de statistiques, pour l'identification de ressources spécialisées ou pour la mise en contact.

L'objectif à long terme de la Table estrienne de concertation est de doter la région d'un plan d'action quinquennal, qui sera mis en œuvre dès la rentrée scolaire 2006. Ce plan d'action, en plus de proposer de nouvelles voies, va tenir compte des actions initiées par chacun des partenaires.

Déjà, l'automne dernier, nous avons mis de l'avant différentes actions :

  • La nomination d'un coordonnateur régional pour piloter ce projet de mobilisation contre le décrochage : M. Camille Gendron, auparavant directeur général adjoint de la Commission scolaire des Sommets.
  • La sensibilisation des écoles, des familles et de l'ensemble de la communauté estrienne.
  • Le portrait multidimensionnel régional pour cerner la problématique et bien voir là où on peut agir avec des résultats, comprenant le recensement des principales données disponibles sur le sujet et une meilleure compréhension des causes et des déterminants du décrochage scolaire.
  • L'identification des pratiques prometteuses et efficaces qui ont fait leur preuve ailleurs ou qu'on créera ici, de même que les conditions favorables pour intervenir efficacement chez nous.

Alors que le taux de décrochage des jeunes du secteur public pour l'ensemble du Québec a crû de 1,3 point au cours des cinq dernières années, celui de l'Estrie a connu une hausse de 4,4 points. Nous devons contrer cette escalade. Nous avons perdu 4 740 élèves depuis cinq ans, dont 3 034 garçons. Ce décrochage affecte tous les secteurs de notre communauté.

L'appropriation du portrait du décrochage par tous les intervenants constitue pour notre coalition une étape essentielle. Les causes du décrochage diffèrent selon le milieu familial, les structures d'éducation et d'emploi et même selon la MRC. Lorsqu'on prend conscience de cette complexité, on comprend que les solutions aux problèmes ne seront ni simples ni communes à tous les milieux.

L'éducation, c'est à mes yeux la priorité des priorités, l'investissement le plus rentable qu'une société puisse faire de façon permanente, autant sur le plan individuel pour chaque personne que collectif comme société. Condition essentielle à une véritable démocratie, l'éducation est la meilleure clé pour assurer dans l'avenir une qualité de vie adéquate à nos enfants. C'est pourquoi l'Estrie mobilise tous ses leaders et toutes ses compétences pour intervenir efficacement en favorisant la persévérance et la réussite scolaire de nos jeunes.

Je compte particulièrement sur la Faculté d'éducation de l'Université de Sherbrooke, qui forme les professionnelles et professionnels actuels et futurs à tous les ordres d'enseignement, pour jouer un rôle majeur dans ce grand projet prioritaire pour notre collectivité. Le présent colloque constitue donc à mes yeux une occasion en or pour mettre en valeur ses précieuses expertises et pour mobiliser ses ressources compétentes pour la réussite de nos élèves, de nos écoles et de notre communauté.

C'est en unissant nos forces que nous développerons le plein potentiel de nos jeunes! Je suis convaincu qu'ensemble, nous saurons relever cet important défi de manière exemplaire comme l'Estrie a toujours su le faire!

Je vous souhaite à toutes et tous une enrichissante journée remplie d'échanges fructueux et porteurs d'actions qui feront la différence! Merci à l'avance au nom de la Table interordres et au nom des générations à venir.