Quand Hollywood mise sur un biologiste moléculaire pour sauver l’humanité
Une équipe de biologistes moléculaires et cellulaires de l’Université de Sherbrooke a fait une sortie au cinéma pour visionner le blockbuster du moment. Pour la science! (Et le popcorn!)
Photo : Fournie
Dans la fiction Projet Dernière Chance (Project Hail Mary) réalisée par Phil Lord et Christopher Miller, le sort de l’humanité repose sur un biologiste moléculaire. C’est autour de cette idée délicieusement décalée qu’un groupe d’étudiantes et étudiants et de professeurs en biologie moléculaire et cellulaire de l’Université de Sherbrooke s’est réuni hier soir pour une sortie au cinéma consacrée à la superproduction mettant en vedette Ryan Gosling.
Adapté du roman d’Andy Weir, le film suit Dr. Ryland Grace (Ryan Gosling), un professeur de science devenu astronaute malgré lui, qui tente de sauver la Terre d’une extinction imminente… avec, au passage, une amitié aussi inattendue qu’essentielle. Une prémisse spectaculaire, où la science se retrouve propulsée au cœur du récit quitte à prendre quelques libertés avec la réalité. Cela dit, le Dr. Grace a été apprécié de tous. En tant que personnage coloré et expressif, il déconstruit l'éternel mythe du savant terne et austère, tout en faisant preuve d'une vivacité d'esprit extraordinaire.
Une scène du film a d'ailleurs fait sursauter littéralement tout le groupe : lorsque Ryan Gosling a déposé deux tubes du même côté de la centrifugeuse! Explication: une centrifugeuse doit absolument être équilibrée pour fonctionner de façon sécuritaire.
Allons voir en coulisses ce qu’en a pensé notre équipe de scientifiques.
Explications par ceux et celle qui font de la science
Un doctorat en biologie moléculaire est une formation de 3e cycle axée sur la recherche fondamentale ou appliquée, consistant à mener un projet de recherche pour comprendre les mécanismes moléculaires du vivant. C'est un apprentissage autonome incluant la planification expérimentale, l’utilisation de technologies de pointe, l'analyse des résultats et la communication scientifique.
J’ai particulièrement apprécié l'illustration de la démarche scientifique utilisée par le chercheur, en formulant des hypothèses et en multipliant les expériences pour les affiner progressivement jusqu’à percer les mystères des « astrophages ». Pierre-Étienne Jacques, professeur à la Faculté des sciences
Le Projet Dernière Chance est chargé en science sans jamais donner l’impression au spectateur d'être assis dans une classe! De la mitose aux chaines trophiques en passant par l'évolution orientée en laboratoire et la migration des espèces: tout autant de concepts clé de la biologie auxquels le film nous expose. L'application parfois un peu approximative est inévitable lorsqu'on tente de porter à l'écran des réalités qui sont a priori invisible à l'œil nu, que ce soit les microbes ou des concepts plus abstraits comme l'adaptabilité. Devant les compromis entre science et fiction qui ont été fait dans ce cas-ci sans nuire à la plausibilité apparente de l'aventure, on est rapidement prêt à pardonner. En revanche je serais très curieux d'entendre nos collègues de physique se prononcer! Simon Jeanneau, candidat au doctorat et chargé de cours.
J'ai trouvé le film excellent! Le contenu scientifique était quelque peu léger, mais je trouve que le film a très bien démontré l'importance de la communication et de la collaboration scientifique. C'est en partageant nos connaissances et notre expertise qu'on fait de grandes découvertes! Antoine Pelletier, candidat au doctorat
En biologie moléculaire, on passe notre temps à tenter de comprendre comment la nature fonctionne, et surtout comment l'utiliser pour résoudre des problèmes concrets. La boucle narrative au cœur du film (Problème → organisme qui le résout naturellement → adaptation pour application humaine) n'est pas si éloignée de notre quotidien au laboratoire. Quand le Soleil se fait « dévorer » par les astrophages dans le film et qu’on utilise un prédateur naturel pour s’en débarrasser, cela fait écho à des stratégies bien réelles : lutter contre des pucerons grâce à des coccinelles, ou utiliser des plantes génétiquement modifiées pour dépolluer des sols contaminés. Dans tous les cas, le réflexe du biologiste est le même, chercher dans la nature une solution. » Antoine Champie, Ph. D., stagiaire postdoctoral
J’ai beaucoup apprécié le film, que j’ai trouvé à la fois divertissant et original. Malgré quelques libertés scientifiques, comme une centrifugeuse non balancée et certains raccourcis dans le raisonnement, l’ensemble demeure très plaisant à regarder. J’ai aimé que plusieurs concepts de biologie soient mis de l’avant, notamment les mécanismes de reproduction, certains outils de laboratoire ainsi que les relations de proie et de prédateur. J’ai aussi particulièrement apprécié le clin d’œil au fait que même les meilleurs scientifiques peuvent parfois se tromper sur des idées auxquelles ils croient fermement. Félix Racine-Brassard, candidat au doctorat
J’ai particulièrement apprécié la rencontre avec l’extraterrestre, qui vient appuyer le personnage de Ryan Gosling dans sa mission scientifique visant à sauver le monde. Cette rencontre met en lumière une collaboration et un travail d’équipe, des aspects fondamentaux de la science sans lesquels aucune avancée ne serait réellement possible. Amélie Taschereau, candidate au doctorat
Project Hail Mary nous montre bien que la science peut devenir une vraie forme de salut. Non pas au sens spirituel, mais plutôt dans le sens qu’elle permet de comprendre, d’agir et de trouver une solution là où tout semble bloqué et sans issue. C’est une belle façon de nous rappeler que la science n’est pas juste du savoir froid et rigide mais qu'elle peut bel et bien être un moteur de prospérité dans nos vies et notre avenir. Mathias Martin Silva, candidat au doctorat
J’ai particulièrement apprécié la collaboration entre le Dr Grace et Rocky, (l'extraterrestre). Elle illustre bien comment la recherche scientifique s’inscrit dans une communauté de chercheurs multidisciplinaire et internationale, un aspect fondamental du travail scientifique contemporain. Les connaissances acquises sur la machinerie moléculaire de la vie ont d’ailleurs profondément transformé la médecine et la société, en permettant notamment le développement de vaccins, d’antibiotiques, de thérapies contre le cancer et d’autres maladies, ainsi que la mise au point de cultures agricoles plus productives et plus résilientes. Peter Moffett, professeur à la Faculté des sciences
Ce qu’on retient
Contrairement aux clichés, les biologistes ne travaillent pas seuls dans l’ombre. Ils et elles sont au cœur des grandes crises contemporaines, qu’il s’agisse de pandémies, de changements climatiques, de sécurité alimentaire ou de santé humaine. La biologie moléculaire et cellulaire contribue ainsi, jour après jour, à « sauver le monde », à son échelle, en s’attaquant à des problèmes complexes et bien réels.
Le groupe a adoré le film et le recommande à quiconque ayant un intérêt pour la science-fiction… ou la biologie moléculaire! Cette soirée au cinéma a été bien plus qu’un simple divertissement, elle a été une occasion ludique et rassembleuse de rappeler que, parfois, la science la plus fascinante se trouve déjà… ici-bas.
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Clin d'oeil du Pr Pierre-Étienne Jacques. La nouvelle maîtrise en sciences omiques appliquées permet de former des chercheuses et des chercheurs capables de mobiliser les technologies les plus avancées. D'ailleurs, dans un contexte réel, le Dr Grace aurait vraisemblablement séquencé le génome de ce nouveau microorganisme dès les premières étapes de sa caractérisation.