Mémoire - Xavier BISSONNETTE
« Choses vues » (1930-1935) de Plon : étude idéologique d’une collection au croisement du tourisme, de la politique et de la nostalgie
Xavier BISSONNETTE
Ce mémoire de maîtrise a pour objet la première livraison (1930-1935) de la collection « Choses vues », dirigée chez Plon par Robert de Saint Jean. Il y est question de la dimension idéologique de la collection, c’est-à-dire à la représentation politique qui transparaît de l’ensemble hétérogène des dix-sept textes qui forment le corpus. Mon travail porte d’abord sur la genèse de la collection « Choses vues », sur son contexte de création (éditorial, intellectuel et biographique) et sur ses dimensions paratextuelle et thématique. Au terme du premier chapitre, j’identifie les trois pôles thématiques dominants de « Choses vues » : le touristique, le politique et le nostalgique. Dans les chapitres qui suivent, ces pôles thématiques sont tour à tour mis en contexte et analysés à l’aide de la lecture rapprochée. Les textes touristiques défendent la « mission civilisatrice » française. Les textes politiques mettent en garde contre les totalitarismes allemand et soviétique et brossent un portrait favorable des États-Unis de Roosevelt. Les textes nostalgiques rappellent la grandeur culturelle et militaire de la France. Dans l’ensemble, « Choses vues » est une collection patriotique et impérialiste : Paris porte encore le flambeau des arts, en plus de commander à un empire colonial, qui est alors à son apogée. Cette puissance culturelle et militaire destine le pays à jouer le rôle du gendarme de l’Europe, pour tenir en échec l’Allemagne et l’URSS. Il se dessine pourtant, dans les ouvrages de Faÿ et de Maurois, une critique en creux de l’inaction économique et militaire des gouvernements qui se succèdent. Il ne s’agit pas de pessimisme, mais d’un sentiment d’urgence : la France doit redresser la barre avant qu’il ne soit trop tard. Le contraste entre les figures d’Hitler et de Staline, qui font office de repoussoirs, et celles de Roosevelt et de Lyautey, qui sont présentés comme des hommes providentiels, rend compte de l’hostilité de « Choses vues » envers l'extrême droite et l'extrême gauche, auxquelles de plus en plus de Français adhèrent dans les années 1930. Les textes politiques de la collection postulent plutôt que la Troisième République serait capable de se réformer, sous l'impulsion d'un politicien d'exception, pour sortir de la crise de 1929 et tenir tête à l’Allemagne.