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Simuler le réel, médiatiser le monde : infofiction et culture médiatique

Subvention FRQNT – Samuel-De-Champlain, 2025-2027

Chercheuse et chercheur principaux : Mélodie Simard-Houde (UQTR) et Matthieu Letourneux (U. Paris Nanterre)

Cochercheuses et cochercheurs : Loïc Artiaga (U. de Pau et des Pays de l’Adour), Harold Bérubé (U. de Sherbrooke), Aurélie Huz (U. Paris Nanterre), Marie-Pier Luneau (U. de Sherbrooke), Rachel Nadon (U. Laval), Will Straw (U. McGill), Marie-Ève Thérenty (U. Paul-Valéry-Montpellier), Yoan Vérilhac (U. de Nîmes)

La presse est très fortement associée, dans les représentations contemporaines, aux valeurs de vérité et d'éthique journalistique, qui se sont implantées progressivement au cours du XXe siècle. De cette association entre presse et vérité témoignent les vives inquiétudes actuelles à l'égard des fausses nouvelles et de la désinformation sur Internet. Or, tout un pan moins bien connu de la presse imprimée, de 1900 à aujourd'hui, a diffusé et diffuse encore des formes d'« infofiction » qui mettent à distance (et appellent à nuancer) l'association entre la presse et le vrai. En effet, certains magazines à caractère thématique (sentimentaux, policiers, de science-fiction, de pornographie, etc.) proposent à leur lectorat des contenus (articles, récits, images, lettres de lecteurs et lectrices) présentés comme étant véridiques, mais qui reposent souvent sur des identités, des personnages et des actions forgés de toutes pièces, et qui sont profondément colorés par des imaginaires fictionnels. À l'instar d'un roman qu'on lit pour le plaisir, ces publications tendent à faire primer le divertissement, le sensationnalisme et une lecture d'évasion sur la valeur factuelle des contenus journalistiques, tout en mettant en avant la véridicité simulée de ces contenus, comme pour mieux susciter l'intérêt, la curiosité ou l'identification du lectorat. 

Le projet « Simuler le réel, médiatiser le monde : infofiction et culture médiatique » propose d'étudier de pareils cas de brouillage entre discours de presse et imaginaires fictionnels, non pas pour les condamner, mais plutôt pour interroger leur histoire depuis 1900, comprendre les logiques médiatiques qui les fondent, les formes et les supports qui les véhiculent, de même que pour cerner les usages et les expériences esthétiques qu'ils induisent chez les lecteurs et lectrices. L'équipe franco-québécoise de 10 chercheur·ses et de 5 étudiant·es stagiaires réunie dans ce partenariat mènera des études de cas au sein de la presse française et québécoise de 1900 à nos jours, de manière à produire un premier panorama comparatiste de l'histoire de l'infofiction dans la culture médiatique francophone. Ce travail mènera à la publication d'un livre illustré accessible aux chercheur·ses comme au grand public, d'un dossier de revue scientifique et d'une cartographie de périodiques numérisés en libre accès. Il permettra de mieux comprendre un type de brouillage entre journalisme et fiction qui est encore aujourd'hui au cœur des productions médiatiques et de la culture populaire, comme l'illustre, pour n'en citer qu'un exemple, l'abondance des séries de « true crime » (fondées sur des crimes réels reconstitués) sur les plateformes audiovisuelles. 

Ce projet a plus largement pour objectif d’amorcer une recherche au long cours sur la manière dont la presse ainsi que les médias francophones engagent avec le « réel » un jeu d’écart et de reconfiguration, à travers des processus fictionnels, sensationnels ou ludiques.