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Une quête pour l’indépendance éditoriale en contexte francophone: discours et pratiques

Sous la direction de Julien Lefort-Favreau (U. Queen's)

Subvention CRSH – Savoir, 2019-2023

En novembre 2018, au Québec, la commandite par Amazon du Prix littéraire des Collégiens a provoqué des réactions outrées; en France, à l’automne 2017, de nombreux libraires ont protesté devant la mise en nomination de Bande de Français de M. Koskas, livre autoédité et diffusé sur Amazon. Ce qui est mis en cause, c’est la précarité de l’écosystème du livre, plus particulièrement son indépendance par rapport aux conglomérats médiatiques qui menacent la propriété et la diffusion des contenus intellectuels. Dans le monde éditorial, l’indépendance apparaît comme une valeur cardinale. Elle est utilisée de manière indistincte pour désigner des réalités économiques, des positions politiques, ou des valeurs esthétiques d’éditeurs de taille et de statut variables. La notion d’indépendance se caractérise par ses usages variés, voire contradictoires. Ce problème de définition a des impacts négatifs sur la gouvernance du secteur culturel. Mon objectif principal est de définir la notion d’indépendance éditoriale et d’identifier les effets de la mondialisation et du néolibéralisme sur les conditions sociales de circulation nationale et internationale des livres.

À l’aide d’assistants de recherche provenant de disciplines diverses, je mettrai au point une définition de la notion d’indépendance qui tient compte de sa construction par les discours et par les pratiques professionnelles qu’ils engagent. Ce projet exige des outils interdisciplinaires afin de saisir les tensions entre hégémonie et résistance culturelle, car il provoque le contact entre la sociologie de l’édition et de la culture, le domaine juridicopolitique (liberté d’expression, censure étatique, législations commerciales) et les développements technologiques (transformations numériques de la production, de la commercialisation et de la circulation de l’objet livre). Sa méthodologie se base sur l’analyse de discours produits par les éditeurs, de discours médiatiques sur l’industrie culturelle, et sur de la recherche en archives. Elle utilise à la fois des données quantitatives (nombre d’employés, chiffres de ventes) et qualitatives (les discours et les valeurs éthiques, politiques et morales qu’ils véhiculent).

Les résultats de cette recherche intéresseront 1) les spécialistes en sociologie des industries culturelles, plus particulièrement du secteur du livre, 2) les professionnels du livre et les institutions de gouvernance culturelle qui réclament des outils pour saisir les transformations de l’univers matériel du livre, 3) le grand public intéressé par le débat qui concerne les rôles et responsabilités des médias dans une démocratie pluraliste.

Ce projet fait le pont entre le passé et le présent, entre un moment où l’indépendance était exclusivement définie en termes politiques, et l’époque contemporaine, où le néolibéralisme a changé la signification de l’autonomie artistique. Il trouvera sa pertinence dans le regard critique qu’il pose sur la production et la circulation de biens culturels.

Publication :

Luxe de l'indépendance

Le luxe de l'indépendance. Réflexions sur le monde du livre

Julien Lefort-Favreau

Lux éditeur, coll. « Futur proche », 2021