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Mémoire - Joshua DUQUETTE

« La police n’échappe pas à l’évolution essoufflante des masses » : policer les manifestations politiques montréalaises à l’ère de la contestation (1962-1970)

Joshua DUQUETTE

Ce mémoire s’intéresse à la mise en ordre policière des manifestations politiques qui ont lieu à Montréal de 1962 à 1970, soit une période d’effervescence du militantisme québécois. Ancrée dans la métropole, la recherche examine les mécanismes, les représentations et les discours du Service de police montréalais entourant le phénomène manifestant. À l’entrée des années 1960, l’acte manifestant représente un défi considérable à l’autorité et au statut d’une police qui subit encore les répercussions de la Commission Caron. De fait, elle fait preuve de sévérité envers le désordre manifestant, mais devient plus tolérante à l’égard de certains comportements avec les années et à mesure que les nouveaux mouvements sociaux font leur place dans la vie politique québécoise. Cependant, les forces de l’ordre sont beaucoup plus dures et intransigeantes auprès des manifestants indépendantistes, ce qui entraine une escalade des violences entre les deux groupes et explique en partie les événements du 24 juin 1968. La police de Montréal profite du support de l’administration Drapeau-Saulnier pour réagir aux contrecoups politiques et implanter des réformes et une escouade antiémeute qui réorienteront le maintien de l’ordre vers la prévention, l’intimidation et la préservation du statut policier. L’instrumentalisation des violences politiques, du radicalisme de certains mouvements et des désordres manifestants, auxquels la police participe, permet aux forces de l’ordre de capitaliser sur une insécurité urbaine et, de ce fait, d’acquérir plus de ressources et de rehausser son prestige. Alors qu’il représente avant tout un défi au début de la période et continue de l’être pendant l’ensemble des années 1960, le phénomène manifestant devient, à partir de l’été 1968, une opportunité pour la police de Montréal d’augmenter son pouvoir et d’acquérir un statut prédominant au sein de la métropole.