Mémoire - Alexine BLOUIN
La mise en parc de la Gaspésie : identité, tourisme et mémoire chez la population gaspésienne (1960-2019)
Alexine BLOUIN
Ce mémoire propose une analyse des discours et contre-discours de la population gaspésienne et de l’État québécois, en ce qui concerne les différentes modifications apportées au territoire gaspésien depuis les années 1960. En nous appuyant sur des rapports d’organismes étatiques, des articles de journaux et un corpus d’entrevues récoltées auprès de Gaspésiens et de Gaspésiennes, nous souhaitons démontrer comment la création de parcs ainsi que la fermeture de villages furent perçus d’un point de vue étatique et local. La Gaspésie était vue comme un « terrain de jeu » par les organismes étatiques qui, poussés par la Loi sur l’aménagement rural et le développement agricole (ARDA) souhaitaient développer le potentiel économique, agricole et touristique des régions du Québec. Après l’élection de Jean Lesage en 1960 ainsi que l’avènement de la Révolution tranquille, le désir étatique de remédier à la grande disparité entre les centres urbains et les villages régionaux se manifesta par la mise sur pied de projets de rentabilisation des régions du Québec, comme le Bureau d’aménagement de l’Est du Québec (BAEQ). Cet organisme constitué de fonctionnaires avait donc pour but d’évaluer le potentiel de la région. La vision étatique était donc centrée autour des revenus possibles et non de la population du territoire. L’identité de la population gaspésienne est étroitement liée à son territoire. En effet, l’analyse des discours des habitants de la région permet de comprendre que l’ancestralité du lien unissant les Gaspésiens à la terre et à la mer, constitue un facteur identitaire important dans leur personnalité. La même chose peut être dite en ce qui concerne le sentiment d’appartenance à un village précis. Les modifications du territoire qui causèrent les expropriations de plusieurs habitants de la région menèrent non seulement à des pertes matérielles substantielles, mais aussi à une perte identitaire profonde. La perception des effets positifs et négatifs du tourisme de la population gaspésienne demeure, encore aujourd’hui, mitigée. D’un côté, la grande augmentation du tourisme en Gaspésie, conséquence reliée aux projets d’aménagement territoriaux des années 1960, est perçue comme bénéfique économiquement. D’un autre côté, l’histoire démontre qu’une certaine identité « figée dans le passé » fut imposée aux Gaspésiens des années 1960 et d’avant. Enfin, les comportements néfastes de certains touristes sont vus comme un aspect négatif de cette industrie. Les Gaspésiens et les Gaspésiennes interviewés pour les besoins de ce travail proviennent de trois générations différentes, permettant ainsi une analyse de la mémoire des évènements de modification du territoire multigénérationnel. Ainsi, les membres des deux premières générations ressentent encore les effets de ces événements, la seconde ayant une plus grande facilité à se distancier, tout en conservant la mémoire de la douleur découlant des expropriations. Les membres de la troisième génération, quant à eux, se remémorent les aspects négatifs de la création du parc Forillon et du BAEQ dans une perspective plus centrée autour des droits humains fondamentaux.