Le programme double de la femme tuée : du fait divers au féminicide, quand se tourner vers la littérature ne suffit plus
Carole David
Dans ce texte, je fais la genèse de mon recueil Le programme double de la femme tuée écrit à la suite d’un séjour à Rome. Durant mes déambulations quotidiennes, j’ai été confrontée à des images entre mon passé et celui des femmes qui ont fait la grande et la petite histoire de cette capitale. Subjuguée par les déesses, les muses, les muselées, les artistes, les sacrifiées côtoyées quotidiennement, j’ai voulu les rendre éternelles en rappelant les violences qu’elles avaient subies. Grâce à des images et des récits incomplets, j’ai déployé leur existence réelle et imaginaire. L’écriture sur le corps des femmes violentées nous rappelle que leur vie perdue est aussi un fait social. Nous sommes hantées et hantés aujourd’hui autant par leur silence que par leur absence. Je souhaite que cette lecture à rebours puisse changer le regard tant sur des oeuvres iconiques célébrées qui sont évoquées dans le recueil que sur le quotidien des femmes anonymes hanté par la violence banale et domestique. Le féminicide n’est désormais plus un fait divers.