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« Et putes et soumises » : la chanson réaliste, un genre misogyne?

Audrey Coudevylle

Dans cet article, il s’agira de présenter un genre chansonnier du début du 20e siècle, la chanson réaliste, qui, au coeur des années 1930, contribua à l’apologie de la domination viriarcale. Genre écrit et composé par des hommes mais exclusivement interprété par des femmes, la chanson réaliste déploya une partie de son répertoire dans les clichés romantisés de relations violentes prétendument passionnelles entre hommes et femmes. Déclinant les souffrances subies par ces femmes, souvent issues de milieux populaires, voire miséreux, la chanson réaliste, bien que stéréotypée, n’en décrivit pas moins les processus de l’emprise et de la mise en place de la violence au sein des relations intimes. Mettant en scène des femmes humiliées, dénigrées, battues, prostituées, la chanson réaliste, si elle peut être entendue comme un genre misogyne, permit toutefois – et pour la première fois – aux femmes de la marge d’être incarnées en chanson, d’y faire entendre leur voix, fût-elle dolente, mais également de rendre compte d’une réalité terrible : le féminicide.