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Création d'un nouveau champ d'études unique au Québec

En 1974, lorsque l’Université de Sherbrooke inaugure sa maîtrise en environnement, elle se montre une fois de plus pionnière et doit bâtir de toutes pièces un programme novateur dans un domaine d’études inédit. 

Grande première dans le monde de l’éducation au Québec, deux facultés s’allient pour rassembler des connaissances de différentes disciplines des sciences et des sciences appliquées (maintenant le domaine du génie) et les mettre à profit dans un programme interdisciplinaire visant à répondre à des enjeux environnementaux émergents. Il a donc fallu toute la ténacité et l’esprit visionnaire d’une équipe de professeurs convaincus pour que cette maîtrise, qui englobe aujourd’hui toutes les facultés de l’UdeS, prenne forme. Depuis 50 ans, l’innovation et l’adaptation sont portées par des équipes multidisciplinaires aguerries — professionnels, cadres, chargés de cours, professeurs — appuyées par du personnel de soutien dévoué.

Les années 1970 : l’émergence de défis nouveaux en matière d’environnement

Pour se donner une idée du contexte de l’époque, en 1971, le Canada est le 2e pays au monde à se doter d’un ministère de l’Environnement. Le Québec suivra en 1979. La notion de protection de l’environnement en est encore à ses balbutiements. À titre d’exemple, la gestion des « déchets » pose des défis sans précédent pour notre société de consommation en croissance, et les méthodes mises en place s’avèrent, avec le recul, le plus souvent insuffisantes, comme l'explique Michel Montpetit, biologiste, diplômé de la maîtrise en environnement et ancien directeur du CUFE (2001-2014).

Puis, la technologie a semblé être la solution miracle. C’est alors qu’on a mis sur pied les dépotoirs et les usines d’épuration des eaux usées, notamment. Cependant, il est vite apparu que les modèles économiques existants se développaient à une vitesse beaucoup plus grande que la réflexion sur les conséquences de la croissance de la consommation. 

Il fallait essayer d’aborder la façon de régler le problème de l’environnement d’une autre manière.

Michel Montpetit

C’est dans ce contexte qu’au début des années 1970, la nécessité de former des personnes qui sauraient répondre adéquatement aux enjeux environnementaux grandissants est apparue comme une évidence pour plusieurs professeurs de l’UdeS. Et une idée maîtresse a rapidement émergé : une telle formation nécessitait la conjugaison de plusieurs disciplines. Ainsi, ingénieurs, biologistes et géographes ont travaillé de concert au développement de cette maîtrise nouveau genre, avec les connaissances de l’époque.

L’interdisciplinarité : la clé de voûte de la maîtrise en environnement

Les premiers étudiants et étudiantes de la maîtrise en environnement suivent des cours offerts dans différents programmes, se mêlant notamment aux futurs ingénieurs de la Faculté des sciences appliquées et aux personnes étudiantes de la Faculté des sciences. 

Le droit, la photo aérienne, les microbes, les usines de traitement des eaux usées… On voyait tous ces sujets et on pouvait ensuite faire des études d’impact et s’occuper vraiment de l’ensemble des composantes de la question de l’environnement en entreprise. Il fallait que tu saches un peu tout faire et tout comprendre.

Diane Legault, diplômée de la troisième cohorte du programme

Au bout de 20 ans, l’évolution de la compréhension des enjeux en environnement pousse la direction du programme à élargir davantage l’interdisciplinarité. C’est alors que certaines disciplines des sciences humaines viennent s’ajouter au tableau des sciences « pures » et au domaine du génie, non sans créer une certaine résistance au départ.

« Il était devenu indispensable d’intégrer des cours de droit et de philosophie dans notre cursus, explique Denis V. Gravelle, professeur de génie chimique maintenant à la retraite et ancien directeur de la maîtrise en environnement (1982-1987). En effet, les enjeux environnementaux soulevaient de plus en plus de questions légales, et aussi éthiques » 

« Les gens en sciences devaient bien comprendre les préoccupations des gens en sciences humaines et des relations entre les sciences et la société devaient se développer car finalement, le but était de travailler pour la société, pour la qualité de vie des citoyens. Inversement les gens de sciences humaines, devaient aussi bien comprendre les aspects scientifiques reliés au domaine de l’environnement », ajoute Michel Montpetit. 

Ainsi, les étudiants et étudiantes pouvaient acquérir une formation plus large et complète, qui leur permettait d’avoir une vue d’ensemble des problèmes à étudier et des solutions à envisager.

Les années 1990 : de la réparation à la prévention

Au début des années 1990, le programme de maîtrise était encore très axé sur la « réparation des dégâts » causés par la pollution, pour reprendre l’expression d’un étudiant d’alors, Jean-François Comeau, maintenant directeur du projet d’intégration du développement durable dans la formation :

La vision de l’environnement était plus technique : on apprenait comment réparer les dégâts environnementaux, traiter les eaux usées, décontaminer les sols… 

Jean-François Comeau, diplômé de la maîtrise en environnement

La maîtrise est désormais davantage axée sur la prévention. « Ça s’est vraiment transformé aujourd’hui, avec une vision beaucoup plus large des grands enjeux, ajoute M. Comeau. Nous sommes beaucoup plus en mode prévention aussi. On veut que les étudiants développent leur capacité d’anticipation et cherchent à éviter que des problématiques environnementales n’apparaissent à la source. Par exemple, on travaille à l’aménagement de quartiers dans l’optique que ce soit des milieux plus viables, qui auront moins d’impacts sur l’environnement. On aborde les enjeux liés à l’alimentation et aux impacts environnementaux des chaînes de production, de la terre à l’assiette. La perspective est aujourd’hui beaucoup plus globale, en amont, avec une vision systémique. »

1994 : L’interdisciplinarité prend un nouvel envol et la liste des facultés partenaires du CUFE s’allonge encore

En 1994, la liste des facultés partenaires du CUFE s’allonge encore jusqu’à atteindre le nombre de huit en 2022, toujours dans l’optique d’enrichir les champs d’études et d’application de la maîtrise en environnement. Aussi, à compter de 1994, le programme accueille désormais des personnes étudiantes des programmes de sciences humaines, des sciences de l'administration et études légales.

« Pour qu’un programme fondé sur l’interdisciplinarité puisse s’épanouir pleinement, les apports des facultés et des connaissances disciplinaires demeurent essentiels », explique Michel Lafleur, directeur actuel du CUFE. 

Et cela repose sur une alliance forte entre ces disciplines par une implication plus grande des différentes facultés de l’Université de Sherbrooke. Ce sont les besoins du milieu qui l’exigent, pour être un professionnel de l’environnement, cette approche interdisciplinaire de haut niveau est incontournable.

Michel Lafleur

Les années 2000 : des personnes étudiantes de partout

Avec le développement de cette interdisciplinarité de haut niveau et la participation des huit facultés, les programmes de formation de 2e cycle en environnement attirent désormais une grande diversité de profils de personnes étudiantes venant enrichir leur regard sur les enjeux environnementaux et acquérir une vision et une capacité d’analyse interdisciplinaires.

Denyse Rémillard, professeure, directrice du CUFE de 2014 à 2017 et maintenant vice-rectrice à l’administration et au développement durable, se remémore ces années : 

Une évolution constante avec le milieu de la pratique

Ainsi, tout comme les enjeux de l’environnement évoluent rapidement, l’équipe derrière le programme de maîtrise a toujours su suivre la cadence et adapter les cours en fonction des nouvelles réalités. 

Des contenus avant-gardistes se sont greffés au programme : pratique de facilitation en environnement, cours d’économie circulaire, approches participatives en environnement, etc., tout cela dans l’optique d’une grande proximité avec le milieu de la pratique. 

Cette proximité a été facilitée grâce à la mise sur pied de la Clinique en environnement en 2017, dans l’objectif de permettre aux citoyens et citoyennes, aux organismes, aux municipalités et à toute autre organisation d’obtenir du soutien dans leurs projets en environnement et développement durable. 

La maîtrise a beaucoup évolué entre 1993, date à laquelle j’ai obtenu mon diplôme, et aujourd’hui. Ça a l’air encore plus l’fun maintenant, encore plus intéressant, et je dois vous avouer que j’ai déjà rêvé que je refaisais la maîtrise!

Nancy Choinière, diplômée de la maîtrise en environnement et directrice adjointe au CUFE