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L'arme de construction pédagogique d'une biologiste

Une pandémie d'influenza pour vaincre les conceptions non scientifiques

Nancy Dumais, spécialiste en microbiologie, a trouvé un moyen original de fournir aux élèves du secondaire des notions scientifiques sur le virus influenza.
Nancy Dumais, spécialiste en microbiologie, a trouvé un moyen original de fournir aux élèves du secondaire des notions scientifiques sur le virus influenza.
Photo : Michel Caron

«Un virus… C'est méchant!» Cette édifiante réponse d'une élève de secondaire 4 a déclenché une recherche presque fortuite menée par Nancy Dumais, professeure au Département de biologie.

Comme cela arrive fréquemment, Nancy Dumais, spécialiste en microbiologie, a été invitée par une école de la région à donner une conférence à un groupe de 35 filles. Avant de l'offrir, elle a eu l'idée d'en parler lors d'une rencontre du Centre de recherche sur l'enseignement et l'apprentissage des sciences de Sherbrooke (CREAS) dont elle est membre. Avec le professeur Abdelkrim Hasni, directeur du CREAS, ils ont transmis aux filles un questionnaire d'évaluation pour savoir ce qu'elles connaissaient déjà sur le virus influenza.

«Malgré les nombreux reportages dans les médias, elles confondaient le virus et la maladie et avaient très peu de notions scientifiques sur le sujet, dit Nancy Dumais. Ça fait peur, car la grippe touche tout le monde, ce qui pourrait signifier qu'adultes elles n'auraient pas la culture scientifique de base pour choisir en toute connaissance de vacciner leurs enfants ou non.»

Au-delà de l'apprentissage

Partant de ce constat, les chercheurs ont préparé une formation de 75 minutes sous forme d'activités pour que les filles se posent elles-mêmes des questions sur le sujet. «Dans la classe, on a dispersé certaines filles qui jouaient le rôle de différents virus, comme l'influenza ou le VIH, alors que d'autres étaient des cellules vulnérables à certains virus selon un code de couleurs, raconte la chercheuse. Lorsqu'elles se rencontraient, elles discutaient de leurs interactions pour savoir lesquelles seraient infectées.» Pour compléter cette mise en scène virale, la professeure Dumais répondait aux questions que se posaient les élèves.

Six semaines après cette intervention, les résultats de cet apprentissage ont été évalués auprès de ces mêmes élèves sans qu'elles en soient prévenues. «Elles étaient capables d'expliquer ce qu'est un virus, ce qui représente un véritable changement conceptuel au-delà de l'apprentissage», explique Nancy Dumais.

Cette démarche pédagogique, publiée dans le magazine Life Sciences Education du printemps 2009, pourrait être intégrée dans les nouveaux programmes d'éducation à la santé et contribuer à bâtir des projets éducatifs significatifs en lien avec le VIH ou d'autres infections.

De plus, la professeure Dumais pense adopter une démarche pédagogique similaire pour le premier cours de microbiologie de la prochaine rentrée universitaire. Parions que pour ces étudiants, la passion de la biologie l'emportera alors sur les sentiments qu'ils pourraient prêter aux virus…


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