Lancement de la Grande interaction pour rompre avec l'âgisme

Et si on avait hâte de vieillir?

Accueil du site La Grande interaction pour rompre avec l'âgisme.
Accueil du site La Grande interaction pour rompre avec l'âgisme.
Photo : Fournie

Les Québécoises et les Québécois forment l’une des sociétés les plus vieillissantes au monde. Cette réalité nous est souvent présentée comme triste et préoccupante. Mais pour un nombre grandissant de personnes, jeunes ou âgées, cette force tranquille que forment les personnes aînées, riche de compétences, d’expériences et de savoir, a encore beaucoup à offrir et à vivre.

À les entendre, on a presque hâte de vieillir.

Aborder le vieillissement comme une étape positive de la vie suscite d’emblée la recherche de solutions innovantes. Mais pour changer nos perceptions, nos attitudes et nos comportements discriminatoires envers les personnes aînées, il faut commencer par en parler, du vieillissement.

C’est la mission que s’est donnée GIRA, la Grande interaction pour rompre avec l’âgisme, en lançant, en ce 1er octobre, Journée internationale des personnes aînées, un dialogue intergénérationnel entre le grand public, les aînés et les scientifiques.

La pièce maîtresse de GIRA, c’est la plateforme interactive rompreaveclagisme.ca – coconstruite par des étudiants en communication, des chercheurs et des aînés – qui présente des fiches d’information sur les causes, les effets et les enjeux de l’âgisme (tirées des résultats d’une recherche-action) et des quiz interactifs. Les aînés comme les plus jeunes sont ainsi invités à comprendre l’âgisme, en vue de changer leurs attitudes, leurs perceptions et leurs comportements face au vieillissement. Les médias sociaux sont évidemment mis à contribution pour alimenter la discussion.

Au début de 2022, les échanges seront nourris aussi par l’installation d’une place éphémère itinérante exposant des photos de l’artiste Arianne Clément, qui présente l’hétérogénéité du vieillissement et qui brise certains stéréotypes autour de l’amour, de l’amitié, de l’identité du corps et de la sexualité. Ces photos seront accompagnées de citations provenant d’une discussion organisée avec des personnes aînées.

La professeure Mélanie Levasseur pilote la Grande interaction pour rompre avec l'âgisme et en est la chercheuse principale.
La professeure Mélanie Levasseur pilote la Grande interaction pour rompre avec l'âgisme et en est la chercheuse principale.
Photo : Université de Sherbrooke

En somme GIRA est une rencontre interactive et intergénérationnelle entre la science, les personnes aînées et le grand public afin de changer les perceptions face au vieillissement et d’engendrer des comportements inclusifs. GIRA utilise les résultats de la recherche  Rupture avec l’âgisme : co-construction d’un plan d’action intersectoriel favorisant une santé, une valorisation et une participation sociale accrues des Québécois vieillissants, dont Mélanie Levasseur, professeure à l’École de réadaptation de la Faculté de médecine et des sciences de la santé, est la chercheuse principale.

Pour rompre avec l’âgisme, il est essentiel d’être conscient de notre façon de penser, de ce qu’on ressent et de notre manière d’agir en fonction de l’âge, croit la professeure Mélanie Levasseur. Nous souhaitons que cette grande interaction soutienne les gens dans cette prise de conscience et nous permettent de coconstruire une nouvelle vision et de redéfinir la place des aînés dans la société.

Mélanie Levasseur, professeure-chercheuse à l’École de réadaptation de la Faculté de médecine et des sciences de la santé et au Centre de recherche sur le vieillissement

En parler. Mais comment?

Le simple fait de rédiger une nouvelle sur le sujet de l’âgisme nous place immanquablement devant un défi : comment fait-on pour parler d’âge, de vieillesse, de vieillissement, de personnes aînées sans tomber dans les clichés et commettre une faute d’âgisme en voulant justement prôner le contraire?  Comment montrer le vieillissement, sans diriger sa lentille sur les stéréotypes que sont les cheveux blancs, les marchettes, les rides…?

Le professeur Dany Baillargeon pilote la Grande interaction pour rompre avec l'âgisme.
Le professeur Dany Baillargeon pilote la Grande interaction pour rompre avec l'âgisme.
Photo : Michel Caron UdeS

Pour le professeur Dany Baillargeon, qui dirige GIRA, il faut d’abord prendre conscience que l’âge est une donnée culturelle, socialement construite. « Pour rompre avec l’âgisme, il nous faut reconnaître la multitude de façons de vieillir, la complexité de ce qu’évoque l’âge et les représentations des personnes aînées! Il n’existe pas une telle chose que “les aînés”, un groupe homogène. »

Autrement dit, " vieillir ", être une " personne aînée ", voire être " vieux " ou " vieille ", sont des termes connotés négativement à partir du moment où ils sont associés à des perceptions, à des attitudes et à des comportements négatifs. Attelons-nous, donc, pour rompre avec ces connotations et leur en associer de plus réalistes et diversifiées!

Dany Baillargeon, professeur-chercheur au Département de communications de la Faculté des lettres et sciences humaines et au Centre de recherche sur le vieillissement.

L’âgisme fait toujours des dommages

Plusieurs recherches montrent que les conséquences de l’âgisme sur les personnes qui en sont la cible sont bien réelles. À la fois individuelles et sociales, ces conséquences peuvent être courantes et communes ou, encore, spécifiques aux différents milieux où l’âgisme se manifeste : au travail, dans les soins de santé et dans les médias, par exemple.

« Sur le plan physique, l’âgisme peut accentuer certains troubles et la perte d’autonomie, et même être à l’origine d’une mortalité précoce, explique la professeure Levasseur. L’âgisme a un impact sur la santé mentale et mène parfois à la dépression ou au développement de comportements à risque comme l’abus d’alcool ou de drogue. Il peut aussi provoquer l’autoexclusion, c’est-à-dire la diminution de la participation sociale et de l’engagement dans la communauté. »

– Vous ne faites pas votre âge!

– Ah bon… C’est dommage!

Comment en sommes-nous arrivés à avoir si honte et si peur de vieillir? D’abord, le culte de la jeunesse, de la beauté et de la performance contribue à alimenter dès l’enfance notre perception négative du vieillissement, qu’on associe dans nos sociétés nord-américaines à des « pertes » : perte de beauté, de performance, de santé. À force d’être confrontés aux stéréotypes âgistes, nous pouvons en venir à les intérioriser. C’est ce que l’on appelle l’autoâgisme, un phénomène nourri par les représentations, les discours et les interactions entre les individus et les groupes sociaux. En fait, l’âgisme serait le préjugé social le plus toléré. Et l’autoâgisme, le carburant du marché prospère de l’éternelle jeunesse.

Pour toutes ces raisons, et d’autres encore, GIRA invite l’ensemble de la société à changer son discours, ses perceptions et ses comportements. Vous voulez en parler? C’est le bon moment.

La Grande interaction pour rompre avec l’âgisme est le résultat d’une démarche intergénérationnelle et intersectorielle. Ce travail collaboratif est piloté par le Pr Dany Baillargeon et la Pre Mélanie Levasseur, avec la collaboration au contenu de Karine Bellerive et Carine Bétrisey, chercheuses postdoctorales. Le projet implique 38 étudiantes et étudiants du baccalauréat en communication appliquée, 6 étudiantes et étudiants de la maîtrise en communication stratégique, 7 professeures et professeurs provenant de 4 universités (UdeS, ULaval, UdeM et UOttawa) et 7 personnes aînées.

Cet article est le premier de la série « Vieillir, sous la loupe », un dossier qui montre comment la recherche à l’UdeS contribue au mieux-être des personnes aînées. C’est notre façon de prendre part à la mobilisation planétaire qui s’amorce pour protéger cette population vulnérable.