Réinventer la détection et le suivi du cancer du sein

Le Pr Elijah Van Houten, chercheur principal, travaille sur le projet de soutien-gorge intelligent depuis une vingtaine d'années déjà.
Le Pr Elijah Van Houten, chercheur principal, travaille sur le projet de soutien-gorge intelligent depuis une vingtaine d'années déjà.
Photo : Michel Caron - UdeS

Développer un soutien-gorge intelligent facilitant la détection et le suivi du cancer du sein, voilà le projet d’Elijah Van Houten, professeur à l’Université de Sherbrooke (UdeS) et chercheur au Centre de recherche du CHUS (CRCHUS), et de son collègue Alexis Lussier Desbiens de l’Institut interdisciplinaire d’innovation technologique (3IT). Cette nouvelle technologie portative permettrait de suivre l’évolution de masses cancéreuses en temps réel : une avancée majeure dans le domaine.

Les chercheurs pourront aller de l’avant avec ce projet grâce à une subvention de près de 150 000 $ sur un an de la part de la Société canadienne du cancer (SCC), qui récompense chaque année des « innovations à impact ».

« Nous sommes vraiment fiers d’avoir reçu cette subvention, mais nous sommes surtout très enthousiastes face à ce défi », avance Elijah Van Houten du Département de génie mécanique de l’UdeS, qui travaille depuis très longtemps sur le développement d’une telle invention.

En effet, une vingtaine d’années de recherches, de prototypage, et d’expérimentation ont été nécessaires avant que le Pr Van Houten en arrive au résultat actuel.

« Avec l’ancien prototype, c’était compliqué de prendre les données, et en plus, les femmes devaient se déplacer. On a donc pensé à développer quelque chose de portatif afin d’être capable de suivre les développements à distance », explique celui qui a commencé à s’intéresser au cancer du sein lors de son doctorat aux États-Unis.

Multiples avantages

Les femmes qui l’ont vécu le savent : la mammographie est très inconfortable, mais à un certain âge, le dépistage et le suivi du cancer du sein sont des étapes nécessaires.

« Certaines femmes refusent de faire la mammographie, car c’est trop douloureux, mais c’est tellement important. C’est vraiment une maladie affreuse et vicieuse, qui peut se développer très rapidement si aucun suivi n’est effectué », explique Elijah Van Houten, également chercheur de l’Axe Imagerie médicale du CRCHUS.

La technologie qu’il veut développer est pour sa part confortable, en plus d’être portative. « Les femmes n’auraient plus besoin d’aller à l’hôpital. On serait en mesure de capter les données en temps réel, ce qui augmenterait les chances de détecter les cellules cancéreuses rapidement. Dès que quelque chose se mettrait à changer, on le saurait et on serait capable d’agir. »

Ce suivi à distance faciliterait grandement la vie des personnes vivant dans les communautés éloignées, ou encore de celles qui nécessitent des suivis plus réguliers. Grâce à sa petite taille, le soutien-gorge pourrait en plus être envoyé par la poste, contrairement aux gros appareils d’imagerie médicale utilisés actuellement.

Finalement, le dispositif n’utiliserait pas de rayon X, donc il ne transmettrait pas d’énergie ionisante.

Le projet novateur du Pr Van Houten pourrait devenir un nouvel outil important dans la détection précoce du cancer du sein. »

Stuart Edmonds, Ph. D., vice-président principal - mission, recherche et défense de l’intérêt public à la SCC.

« En exploitant la puissance d’une technologie portable pour détecter le cancer du sein tôt, au moment où le traitement a plus de chances d’être efficace, ces travaux sont susceptibles d’avoir un impact considérable pour les Canadiennes qui recevront un diagnostic de cancer du sein au cours de leur vie, soit une sur huit », a-t-il ajouté.

Le Pr Van Houten, le chercheur principal, et son coéquipier, le Pr Lussier Desbiens, forment une équipe complémentaire.
Le Pr Van Houten, le chercheur principal, et son coéquipier, le Pr Lussier Desbiens, forment une équipe complémentaire.
Photo : Université de Sherbrooke

Une équipe complémentaire

Elijah Van Houten et Alexis Lussier Desbiens n’en sont pas à leur première collaboration, même si leurs intérêts de recherche sont complètement différents.

En effet, le directeur de la plateforme de robotique du 3IT, le Pr Lussier Desbiens, se passionne pour le sport de haute performance, tandis que le Pr Van Houten s’intéresse aux comportements de matériaux complexes.

« On fait une bonne équipe. Je pense qu’on est très complémentaires. Il est vraiment bon pour capturer des données, et moi, pour les traiter, donc on se rejoint bien pour ce genre de projet. C’est très collaboratif », souligne le chercheur principal, très confiant que l’équipe a le potentiel de relever le défi.

« On développe depuis des années des techniques inspirées de la robotique pour mesurer les propriétés de l’équipement sportif (ski, bâtons de hockey, chaussures) et rendre ces équipement “intelligents”. Au travers d’une collaboration avec le Pr Van Houten, on a réalisé que certaines de ces techniques pourraient être adaptées à la détection précoce du cancer du sein, renchérit Alexis Lussier Desbiens. On est bien heureux de cette collision de cerveaux et que la force de frappe du 3IT puisse contribuer à ce projet d’impact pour de nombreuses femmes. »

Parce que même si le soutien-gorge est bien réel dans l’esprit des chercheurs, il n’est pas encore réalisé. « Si on arrive à faire fonctionner le dispositif comme je veux qu’il fonctionne et comme je crois qu’il peut fonctionner, le processus de dépistage et le suivi du cancer du sein pourront changer radicalement », affirme Elijah Van Houten.

L’équipe va donc développer et valider le prototype avant de construire des faux seins pour vérifier s’ils réagissent comme voulu de manière contrôlée en laboratoire. « On vise des essais in vivo vers la fin du projet », conclut-il.