Un des textes gagnants du Concours de vulgarisation scientifique 2020

Un breuvage cétogène au service de la science

Marjorie Rolland, étudiante à la maîtrise en biologie cellulaire
Marjorie Rolland, étudiante à la maîtrise en biologie cellulaire

Photo : fournie par Marjorie Rolland

Prévenir certaines maladies du cerveau à l’aide de suppléments alimentaires? Cela semble un peu farfelu, voire irréaliste, mais c’est pourtant ce qu’essaient de faire Mélanie Fortier et l’équipe du laboratoire de Stephen C. Cunnane au Centre de recherche sur le vieillissement. Il s’agit de la  première fois qu’une étude de ce genre démontre qu’un breuvage, fait à base de lipides (graisses), améliorerait significativement l’énergie du cerveau en apportant une source alternative de nutriments chez des personnes ayant un déclin cognitif léger relié au vieillissement.

Le cerveau : un organe énergivore

Formation des cétones par le foie. Auteure : Marjorie Rolland
Formation des cétones par le foie. 
Auteure : Marjorie Rolland

Parce qu’il est constamment actif, le cerveau demande beaucoup d’énergie et doit se nourrir sans relâche. Son principal carburant est le glucose, un sucre simple qui provient essentiellement de l’alimentation. Lorsque tous les organes sont bien nourris, ce sucre est entreposé, mais il arrive parfois que ces provisions s’épuisent, par exemple, en condition de jeûne ou d’efforts physiques prolongés. C’est alors qu’une molécule organique vient à la rescousse: la cétone. Elle est fabriquée par le foie à partir des acides gras qui proviennent de l’alimentation ou des réserves de graisse où sont entreposés les lipides. D’ailleurs, quand les cétones sont disponibles en plus grande quantité que le glucose, elles deviennent la source de nutriments préférée du cerveau.

La cétone contre le vieillissement cérébral?

Avec le temps, le cerveau vieillit normalement (avec des capacités cognitives normales pour l’âge) ou avec des problèmes cognitifs plus sérieux, comme ceux reliés à la maladie d’Alzheimer. Le stade très précoce de cette maladie est le déclin cognitif léger, qui se caractérise par une régression peu sévère de la cognition et qui peut demeurer stable.

Pour l’étude, 52 participants atteints de déclin cognitif léger ont été sélectionnés. Leur prescription quotidienne pour une durée de six mois : deux portions de breuvage à base de lipides cétogéniques, c’est-à-dire qui favorisent la formation des cétones. La moitié du groupe a reçu des boissons qui ne contiennent pas le composé actif en guise de contrôle.

Des résultats préliminaires fort prometteurs

Divers examens cognitifs reliés à la progression de la maladie d’Alzheimer montrent que les participants du groupe actif (ceux dont la boisson est faite à base de lipides cétogéniques) ont eu de meilleurs résultats comparativement à ceux de leurs tests initiaux. En plus, un scan TEP (Tomographie par Émission de Positrons), qui mesure l’activité métabolique du cerveau, a été réalisé pour chaque participant. Ainsi, l’énergie globale du cerveau a augmenté significativement pour le groupe actif en raison d’une meilleure capacité du cerveau à utiliser sa source d’énergie favorite : la cétone. Tous ces résultats suggèrent que cette boisson pourrait avoir des effets bénéfiques de façon préventive pour la cognition et contrer le vieillissement cérébral menant au déclin cognitif. Cependant, il est important de souligner que 25% des participants ont abandonné l’étude : plusieurs d’entre eux ont rapporté des maux de ventre!

Qui sait où cela pourrait mener?

La recherche clinique réalisée par Mélanie Fortier et l’équipe du professeur Cunnane montre qu’il pourrait bel et bien être possible de prévenir les déclins cognitifs par un traitement plutôt simple et facile à prescrire. Le potentiel est énorme! Imaginez maintenant que, chaque matin, vous prenez votre petit café cétogène prescrit par le docteur pour diminuer vos chances de souffrir de la maladie d’Alzheimer… Mais avant cela, il faudra répéter l’étude sur une plus grande cohorte de participants, probablement améliorer la formulation du breuvage pour le rendre plus agréable et évaluer les effets à long terme.

À propos de Marjorie Rolland
Marjorie Rolland est étudiante à la maîtrise en biologie cellulaire dans le laboratoire de la professeure Véronique Giroux, au Pavillon de recherche appliquée sur le cancer (PRAC). Son projet de recherche porte sur le rôle d’une protéine importante quant à la réparation de l’ADN dans les cellules souches de l’œsophage. Elle est amenée à utiliser différentes techniques, dont la culture d’organoïdes, un modèle en 3D qui permet de mieux reproduire la morphologie et la structure du tissu étudié, dans ce cas-ci l’œsophage. Marjorie a toujours aimé expliquer des concepts scientifiques de façon accessible à tous, surtout via l’écriture qui est pour elle une véritable passion.

À propos du Concours
L’Université de Sherbrooke tient annuellement un concours de vulgarisation scientifique dont les objectifs sont de stimuler des vocations en vulgarisation scientifique et d’augmenter le rayonnement des travaux de recherche qui s’effectuent à l’Université, qu’ils soient de nature fondamentale ou appliquée.