Un des textes gagnants du Concours de vulgarisation scientifique 2020

Des résultats de recherche contaminés par la peur

René Maréchal, gagnant du concours de vulgarisation scientifique 2020 de l'Université de Sherbrooke
René Maréchal, gagnant du concours de vulgarisation scientifique 2020 de l'Université de Sherbrooke
Photo : fournie

Qui n’a pas peur? Même avec leur potion magique, les Gaulois dans Astérix craignent que le ciel leur tombe sur la tête. Saviez-vous que la peur est essentielle, mais devient problématique quand elle crée de l’angoisse? On parle alors d’une phobie, une peur si grande qu’elle perturbe la vie professionnelle ou sociale de la personne. Considérant cela, on peut penser qu’elle a le potentiel de bouleverser aussi les résultats d’une recherche scientifique! C’est ce que révèle un groupe de chercheurs de l’Université de Sherbrooke, qui a été confronté à une forme peu connue : la kinésiophobie. Cette peur est alimentée par la crainte que le mouvement provoque des douleurs ou aggrave son état.

Kinésiophobie, ou quand Marguerite a peur de bouger

Vingt participants aînés, dont Marguerite (nom fictif), ont pris part à un projet de recherche évaluant l’effet de l’exercice durant les traitements contre le cancer. Ils ont été répartis au hasard en deux groupes : avec et sans exercice. Le tirage au sort a désigné Marguerite au groupe contrôle, soit sans exercice. Elle devait donc exécuter un programme d’étirements reconnu pour ne pas améliorer la condition physique. La capacité physique (force, endurance, vitesse et autres) de tous les participants a été évaluée avant et après l’étude.

Dès le premier mois, le kinésiologue (le spécialiste de l’activité physique) qui supervisait les participants a été confronté à la peur de Marguerite. En effet, malgré la mention que toutes les séances se réalisaient de façon sécuritaire et étaient adaptées à son niveau, certains indices dans le comportement de Marguerite laissaient présager la présence de la kinésiophobie. Notamment, Marguerite a nommé à plusieurs reprises ses préoccupations reliées à l’aggravation des effets secondaires de ses traitements de chimiothérapie si elle en venait à participer au projet. Elle a aussi mentionné avoir arrêté avant la fin du test de force maximale des jambes par peur de se blesser.

Marguerite s’améliore comme par magie

Photo : dessin réalisé par Pénélope Maréchal, 13 ans

Un peu comme le druide Panoramix, le kinésiologue a préparé une potion magique constituée de mots sécurisants et encourageants pour inciter Marguerite à poursuivre le programme d’étirements. Au fil des séances, Marguerite exhibait de plus en plus d’énergie et de confiance en elle. Comme chez les Romains, la peur avait battu en retraite.

Trois mois après l’évaluation initiale, Marguerite a refait les mêmes tests. C’est alors que les chercheurs ont observé les dommages causés par la peur. En effet, Marguerite était la seule du groupe contrôle à présenter des améliorations de sa condition physique parfois similaires, voire supérieures à celles des participants du groupe exercices, et ce, sans entraînement spécifique. À titre d’exemple, elle marche maintenant quatre secondes plus rapidement sur une courte distance d’à peine cinq mètres. Ces résultats suggèrent que la peur aurait vraisemblablement affecté son évaluation initiale par une baisse notable de performance, pouvant laisser croire aux chercheurs qu’un programme d’étirements possédait potentiellement les mêmes avantages qu’un programme d’exercices.

Bref, la peur peut contaminer les résultats de recherche! En fait, toutes recherches impliquant des êtres humains sont sujettes à présenter des conclusions erronées à cause de certaines peurs que les participants peuvent avoir, et ce, sans le savoir. Par précaution, il serait souhaitable que les chercheurs identifient les peurs potentielles de leurs participants et leur trouvent une potion magique efficace afin de mieux contrôler leur effet potentiel sur les conclusions de recherche.

À propos de René Maréchal
René Maréchal est étudiant au doctorat en sciences de l’activité physique et membre du Centre de recherche sur le vieillissement. Ses travaux portent sur l’identification de profils de personnes âgées sédentaires et de stratégies pouvant aider certains d’entre eux à contrer la sédentarité. Il désire combiner l’enseignement et la recherche pour contribuer à la formation de la relève dans le domaine de la kinésiologie. En diffusant et en vulgarisant la connaissance, il espère toucher un grand nombre de personnes et alimenter sa devise : seul on peut aller vite, mais ensemble on va plus loin! Il vulgarise ici un article qu'il cosigne avec, entre autres, les professeures Isabelle Dionne et Éléonor Riesco, de même que le professeur Tamas Fülöp.

À propos du concours
L’Université de Sherbrooke tient annuellement un concours de vulgarisation scientifique dont les objectifs sont de stimuler des vocations en vulgarisation scientifique et d’augmenter le rayonnement des travaux de recherche qui s’effectuent à l’Université, qu’ils soient de nature fondamentale ou appliquée.