Portrait de l’enseignant Stéphane Tanguay

« L’enseignement est arrivé à un moment de ma vie où m’animait un désir de léguer, de transmettre, de guider et de former »

Stéphane Tanguay enseigne au CUFE depuis 2009. Il donne le cours Projet d’intégration au bac en études de l’environnement et les cours Valeurs des écosystèmes et leur gestion et Projet intégrateur en environnement à la maîtrise en environnement. Il enseigne à 4 ou 5 groupes par année au Campus principal à Sherbrooke et au Campus de Longueuil.

Faites connaissance avec un passionné de la conservation des milieux naturels et de l’enseignement.



Quel est votre domaine d'expertise?

Expertise est un bien grand mot! J’ai de l’expérience en conservation des milieux naturels, notamment en matière de protection et de mise en valeur de ceux-ci. Ces 15 dernières années, j’ai développé de bonnes connaissances en gestion et direction de projets. Le mot expérience est important; mon « expertise », tant en conservation qu’en gestion, a été acquise surtout comme praticien et il m’arrive de sentir que mes fondements théoriques sont bien loin dans ma mémoire! De même, je ne me tiens pas toujours au courant des grandes initiatives mondiales en matière de conservation, comme le Millenium ecosystem assessment, qui trouvent bien peu d’échos dans mon travail sur le terrain.

Quel est votre parcours professionnel?

J’ai un baccalauréat en sciences biologiques de l’Université de Montréal, un diplôme de deuxième cycle en gestion de la faune de l’Université du Québec à Rimouski et une maîtrise en environnement de l’Université de Sherbrooke.

J’en suis venu à la conservation d’abord par l’interprétation des sciences naturelles. J’ai travaillé comme guide naturaliste au Parc national de l'Île-Bonaventure-et-du-Rocher-Percé, à la Réserve du parc national de l'Archipel-de-Mingan, au Biodôme de Montréal et à la Biosphère de Montréal. J’ai ensuite travaillé comme consultant pour un projet de conservation volontaire à Pointe-Fortune. J’ai fait toutes sortes de petits mandats – confection de cartes pour la pêche, programme citoyen de monitorage écologique, révision de contenu scientifique, etc. – avant de me joindre à Nature-Action Québec (NAQ), un organisme à but non lucratif en environnement, où j’ai passé 10 années en tant que chargé de projets, coordonnateur et, finalement, directeur de projets. C’est pendant mon emploi chez NAQ que j’ai commencé à enseigner, vocation qui a pris de l’ampleur quand j’ai quitté cet organisme en 2014. Aujourd’hui, en plus de mon boulot de chargé de cours, je dirige à temps partiel Nature Cantons-de-l’Est (NCE), un organisme de conservation qui me garde au cœur de l’action.

Lorsque Stéphane n’enseigne pas, il chante comme ténor dans trois chorales, dont le Chœur Campus à Sherbrooke et Univerchanté à Longueuil. L’été, il va à la pêche pour se reconnecter avec la grande nature et il voyage en Europe pour aller voir la belle-famille. L’hiver, il assiste à de nombreux spectacles culturels : danse, chant, théâtre, musique, etc. Son passe-temps à l’année est le jeu d’histoire, qui combine son intérêt pour l’histoire, le jeu et la stratégie. Il a comme projet d’apprendre l’innu (le montagnais) et l’harmonica et, à long terme, il aimerait bien suivre des cours d’histoire.

Comment le goût d’enseigner est-il arrivé dans votre parcours?

J’ai toujours aimé expliquer, transmettre des connaissances et prendre la parole devant un groupe. Je pense avoir des aptitudes comme communicateur et animateur qui me sont fort utiles en classe et que j’ai commencé à développer dès l’enfance, notamment dans le scoutisme, et que j’ai peaufinées comme interprète du milieu naturel. Depuis longtemps par ailleurs, mon entourage me disait que je ferais un bon professeur. Quand l’opportunité s’est présentée en 2009, j’ai saisi ma  chance. Elle arrivait à point nommé, à un moment de ma vie, début de la quarantaine, où m’animait un désir de léguer, de transmettre, de guider et de former.

Que souhaitez-vous transmettre à vos étudiants?

L’importance de la passion pour un travail bien fait et cohérent, dans un domaine qui les interpelle et qui leur permet de contribuer à un monde meilleur, tout en respectant ce qu’ils sont. Nous passerons tous une grande partie de notre vie à travailler; aussi bien prendre les moyens pour en être fiers et l’apprécier, même s’il y a bien d’autres facettes au bonheur.

Une lecture ou un documentaire que vous jugez incontournable à la compréhension des défis actuels en environnement?

Je lis relativement peu sur l’environnement et je n’ai pas la télévision. Je m’intéresse plutôt aux documentaires historiques. Cependant, le livre de Dominique Berteaux, Changements climatiques et biodiversité du Québec, m’a ouvert les yeux sur un grand paradoxe de mon action en conservation, à savoir que l’assise de celle-ci est géostationnaire alors que les changements climatiques, eux, vont faire se déplacer des niches écologiques. Il nous faut donc, en partie du moins, repenser notre approche en matière de protection des milieux naturels et de la biodiversité pour tenir compte de cette nouvelle dynamique.

En lien avec les enjeux actuels en environnement et développement durable, que considérez-vous comme primordial parmi les compétences à développer par les futurs professionnels en environnement?

Outre le fait de savoir bien s’exprimer, notamment par écrit, je crois que l’un des apprentissages les plus importants à acquérir en matière d’environnement est la capacité de comprendre la réalité de son interlocuteur, ses motivations et ses aspirations. Il faut s’intéresser à ceux qui ne pensent pas comme nous ou qui ont des valeurs différentes, sous peine d’être incapables de les amener à adopter des comportements plus durables. Les réseaux sociaux en particulier, et le monde en général, ont tendance à nous conforter dans nos idées et à nous isoler de ceux qui pensent différemment; pas étonnant que l'on tombe des nues quand les autres ne se comportent pas comme on le souhaiterait.

Ce sont toutes les capacités relationnelles qu’il faut cultiver. Dans tous les domaines et au cœur de toutes les problématiques se trouve le facteur humain; savoir communiquer et se montrer empathique compteront pour beaucoup dans le succès de nos actions et la, relative, facilité à parvenir à nos fins.

Avez-vous une réalisation personnelle ou professionnelle dont vous êtes particulièrement fier?

Je ne serai sans doute pas très original, mais le temps que j’ai consacré à mes deux filles en restant cinq ans à la maison au début des années 2000, même si ce fut très frustrant, surtout au début, a fait de moi un père plus proche de ses enfants et un homme plus sensible à la réalité des femmes par la suite. Ma relation de 27 ans avec ma conjointe est un exploit également, même si c’est un mérite partagé.

Autre chose que vous aimeriez partager avec nos lecteurs et lectrices?
Je suis particulièrement sensible à toute anxiété, et notamment à l’écoanxiété, qui afflige bon nombre de mes étudiants. J’ai envie de leur dire de moins s’en faire, que les conséquences sont rarement aussi catastrophiques qu’on l’imagine – surtout après une bonne nuit de sommeil – et qu’ils peuvent changer le monde durablement en se concentrant sur leur propre contribution à petite échelle, jour après jour, semaine après semaine, année après année; le temps, le nombre et l’humanité de leurs concitoyens feront le reste.