Acfas 2019

La relève agricole est-elle prête à s’adapter aux changements climatiques?

Photo : Université de Sherbrooke

Sarah Dubord-Fortin réalise un projet de recherche interdisciplinaire dans le cadre de sa maîtrise en environnement. C’est sous le titre Perspectives et attitudes de la relève agricole de la MRC Memphrémagog face aux changements climatiques attendus à l’horizon 2050 qu’elle présentait ses hypothèses et la méthodologie de recherche choisie, lors du congrès de l’Acfas 2019, le 27 mai dernier.

La relève agricole est particulièrement confrontée aux changements climatiques. Que sait-elle des bouleversements attendus à l’horizon 2050? Les jeunes agriculteurs ont-ils confiance en leurs capacités d’adaptation? Quelles sont les perspectives de la relève face aux changements climatiques et son attitude est-elle adéquate face aux nombreux défis à relever?

La relève agricole aura à faire des choix, notamment sur le type de culture qui sera le mieux adaptée aux changements climatiques annoncés.
La relève agricole aura à faire des choix, notamment sur le type de culture qui sera le mieux adaptée aux changements climatiques annoncés.
Photo : Fournie

À l’été 2015, une ferme de Coaticook voit ses cultures détruites par la grêle. Heureusement, une belle solidarité entre les agriculteurs de la région a pu pallier le manque de légumes de ce producteur pour le reste de la saison. « L’aspect social, indissociable des changements climatiques, est un de mes principaux intérêts dans ce projet », explique Sarah Dubord-Fortin, qui présente aujourd’hui ses hypothèses de recherche dans le cadre du congrès de l’Acfas, « Je suis bien outillée pour couvrir cet aspect, car au baccalauréat en études de l’environnement nous avons eu la chance d’avoir un parcours diversifié qui m’a initié aux sciences humaines telles que la psychologie et la politique. »

Depuis l’enfance, Sarah côtoie le monde agricole et elle a toujours eu un intérêt marqué pour les milieux naturels. « Je trouve fascinante la dynamique des changements climatiques sur les écosystèmes. Le jumelage des deux thématiques, environnement et agriculture, devenait tout naturel pour moi. »

Les champs inondés sont une conséquence des changements climatiques.
Les champs inondés sont une conséquence des changements climatiques.
Photo : Fournie

Étudier la capacité à l’adaptation climatologique

« Mes hypothèses ont été déterminées après avoir travaillé sur les tables sectorielles de la MRC. Une en particulier traitait de l’agriculture et regroupait divers producteurs de la région, notamment en acériculture et en culture maraichère. En assistant à cette table, j’ai pu avoir un aperçu du monde agricole et de leur compréhension des changements climatiques entre autres; ce qui m’a permis d’élaborer mes hypothèses. »

Hypothèses de travail
H1 : les agriculteurs de la relève sont au courant que des changements climatiques ont cours et ont une idée générale de ce qui est attendu pour l’horizon 2050
H2 : les agriculteurs ont un sentiment de confiance par rapport à leur capacité d’adaptation face aux changements climatiques
H3 : les agriculteurs ne dissocient pas les mesures d’adaptation aux changements climatiques des mesures environnementales encadrant l’agriculture

Démarche et collaborateurs

« En bref, mon projet de mémoire se déroule en deux temps. D’une part, il traite de la synthèse des changements climatiques attendus en 2050, de l’autre, il aborde un volet plus social en allant faire des entrevues avec des producteurs sur lesdits changements », résume Sarah.

La synthèse servira à raffiner l’information existante au sujet des changements climatiques et à rendre compte de celle-ci à l’échelle de la MRC, plus particulièrement au sujet de la production végétale propre à ce territoire. Par exemple, une fois les informations recueillies quant aux impacts des changements climatiques sur le maïs, il faudra déterminer l’importance de cette culture dans la MRC. La collecte de données s’effectuera principalement avec les sources suivantes : Ouranos, Agriclimat, Agriculture Canada, MAPAQ, IRDA, Centre SÈVE ainsi que l’Atlas agroclimatique du Québec.

La culture en serre pourrait devenir une façon d'atténuer les dommages causés par les changements climatiques.
La culture en serre pourrait devenir une façon d'atténuer les dommages causés par les changements climatiques.
Photo : Fournie

Pour obtenir des données relatives aux perspectives des acteurs locaux sectoriels, une collecte de données qualitative est nécessaire. Les entrevues ou entretiens semi-dirigés ont été retenus pour recueillir les données primaires en plus des discussions ayant eu lieu dans le projet de recherche avec la MRC. Prochainement, Sarah ira à la rencontre des producteurs de la région pour mener ces entrevues.

Mettre en lumière le rôle des producteurs agricoles

Idéalement, les résultats du projet de recherche permettront de mieux connaître les perspectives et attitudes des acteurs locaux. Ceci favorisera l’intégration de ces dernières dans la stratégie d’adaptation globale de la région. « Une étude portant sur les systèmes agricoles offre à tout le moins une certaine reconnaissance du milieu agricole. Cela pourrait avoir un apport bénéfique dans la mobilisation des acteurs locaux à participer à un projet global d’adaptation aux changements climatiques, mais également dans la diffusion de leurs points de vue et préoccupations auprès des instances d’une MRC », conclut Sarah.

La codirection assure l’intégration de savoirs interdisciplinaires

Sarah travaille son mémoire en collaboration avec deux professeurs de l’UdeS. Il s’agit d’Alain Létourneau du département de philosophie et d’éthique appliquée de la Faculté des lettres et sciences humaines - il se spécialise depuis plusieurs années dans la gouvernance environnementale – et de Carole Beaulieu, doyenne à la Faculté des sciences qui est aussi coordonnatrice scientifique du Centre SÈVE. Ces codirecteurs pourront alimenter la dimension réflexive du mémoire en lien avec l’interdisciplinarité et assurer qu’une analyse pertinente des données est réalisée.

« L’interdisciplinarité amène un avantage quant à la compréhension du phénomène. À mon sens, on ne peut pas parler des changements climatiques sans accorder de l’importance aux acteurs qui occupent le territoire sous l’influence de ces changements. L’approche interdisciplinaire s’est donc faite naturellement pour moi dans ce projet. »

Une partie d’un tout

Le projet de recherche de Sarah Dubord-Fortin s’inscrit dans un autre projet, plus vaste, déjà en cours dans la MRC depuis mars 2017. Dirigé par les professeurs Alain Létourneau de l’Université de Sherbrooke et Isabelle Thomas de l’Université de Montréal. Il s’agit de développer une stratégie d’adaptation aux changements climatiques à l’échelle d’une MRC. Les étapes liées à ce projet ont permis de réaliser plusieurs activités dans la région qui ont été utiles au projet de recherche de Sarah.