Vulgarisation de Pr Marco Festa-Bianchet dans Science

Quand des animaux apprennent à migrer

Troupeau de caribous de la Rivière-GeorgePhoto : Joëlle Taillon, biologiste, Ph. D. Service de la gestion des espèces et des habitats terrestres Direction de l'expertise sur la faune terrestre, l’herpétofaune et l’avifaune Direction générale de la gestion de la faune et des habitats Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs
Troupeau de caribous de la Rivière-George

Photo : Joëlle Taillon, biologiste, Ph. D. Service de la gestion des espèces et des habitats terrestres Direction de l'expertise sur la faune terrestre, l’herpétofaune et l’avifaune Direction générale de la gestion de la faune et des habitats Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs

« Les conditions pour la vie sont meilleures à différents endroits à différents temps de l’année. Plusieurs animaux – incluant certains oiseaux, mammifères, poissons, insectes et reptiles – profitent de ces variations en migrant, parfois sur des distances de plusieurs kilomètres. Mais, comment savent-ils où aller, particulièrement lorsqu’ils sont relâchés dans un endroit qui ne leur est pas familier? »

C’est ainsi que Pr Marco Festa-Bianchet amorce le texte de vulgarisation publié ce vendredi 7 septembre dans la section « perspectives » de la revue scientifique Science. Dans ce texte, il collige l’information d’études récentes, principalement une étude de Brett Jesmer, de l’Université du Wyoming, publiée dans la même édition de Science, traitant de la migration des ongulés, ces mammifères à sabots, dont font partie les orignaux, les caribous et les mouflons.

Dans ce texte, Pr Festa-Bianchet explique que cette étude fait la démonstration que ces mammifères apprennent de leurs congénères où et quand se nourrir. Si cet apprentissage se fait habituellement auprès de la mère ou d’autres membres du troupeau, la réalité est différente pour les animaux réintroduits dans des endroits où les populations originaires étaient migratoires.  L’étude de l’équipe du Dr. Jesmer démontre que lorsqu’on réintroduit un groupe d’animaux, par exemple des caribous, dans un endroit où cette espèce a déjà vécu, cela peut prendre plusieurs générations avant que les routes de migrations soient rétablies. Par contre, si ces caribous peuvent apprendre de survivants d’une région où ils sont déplacés (on parle alors d’une supplémentation et non d’une réintroduction), ils retrouveront plus rapidement leurs repères. Ainsi, les individus qu’on a délocalisés, pour des raisons de conservation, auront des conditions plus propices à leur santé et à leur survie.

Une population en déclin, comme celle des caribous de la Rivière-George au Québec, est à risque de perdre ses habitudes migratoires. Ayant chuté de plus de 98 % depuis les 25 à 30 dernières années, cette population manifeste des migrations très réduites.

« Les conclusions de ces études sont importantes pour la conservation, conclut Pr Festa-Bianchet. Après une relocalisation, les ongulés peuvent avoir besoin de plusieurs générations pour apprendre où et quand se déplacer et se nourrir s'il ne reste plus d'individus autochtones. S'il reste quelques individus originaires, apprendre des individus de la même espèce accélère le processus d’apprentissage, mais demande de l’intégration au sein du groupe existant. »

D’ailleurs, les espèces les plus grégaires développeraient des traditions plus rapidement que les autres, par exemple les mouflons apprendraient probablement plus rapidement que les orignaux, plus solitaires.

« La transmission, qu’on pourrait appeler culturelle, des connaissances migratoires des animaux comme les ongulés est un défi de conservation important auquel on peut faire face en identifiant les routes migratoires critiques et la protection des habitats à large échelle », conclut Marco Festa-Bianchet.

Le professeur Festa-Bianchet est un passionné de la recherche sur les mammifères, qu’il étudie depuis plus de 35 ans. Ses recherches visent à comprendre comment les changements environnementaux (naturels et artificiels) affectent la dynamique de population et l'évolution des mammifères. Ces changements environnementaux comprennent la densité de population, le climat, les parasites, les prédateurs et la chasse sélective.