Un professeur de la FMSS parmi les auteurs de l'article

VIH : l’origine de la pandémie identifiée

«Nous avons un devoir moral, au nom des 36 millions de personnes décédées du sida, de  comprendre ce qui a permis à cette pandémie, la plus dévastatrice des temps modernes, de prendre des proportions gigantesques.»

Tel était le souhait formulé par Jacques Pépin, professeur au Département de microbiologie et d’infectiologie de la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’UdeS, lors de la publication de son livre The Origins of Aids en 2011.

Trois ans plus tard, le professeur Pépin est au nombre d’un groupe de chercheurs qui, dans un article paru dans la prestigieuse revue scientifique Science, lève le voile sur la genèse de cette pandémie sans précédent.

Selon le groupe, elle aurait pris naissance à Kinshasa, la capitale de la République démocratique du Congo (RDC) – alors le Congo belge – au cours des années 1920. «L’étude que nous publions précise la dynamique d’évolution du virus dans la ville de Kinshasa avec un niveau impressionnant de détails. Elle permet également de mieux cerner la progression de la maladie dans l’espace et dans le temps», explique le professeur Pépin.

Selon la publication, plusieurs facteurs, dont l’urbanisation rapide et le déploiement d’un réseau de chemins de fer, ont favorisé l’émergence du virus dans la capitale du Congo belge et sa dissémination sur son territoire entre les années 1920 et 1960. Le virus aura donc été confiné à cette région de l’Afrique pendant presque cinq décennies avant de se propager dans le reste du monde à la fin des années 1970. Rappelons que le VIH a été détecté pour la première fois aux États-Unis en 1981.

Le professeur Jacques Pépin
Le professeur Jacques Pépin

Photo : Robert Dumont

Le devoir et la prévention

Outre l’obligation morale, quel intérêt y a-t-il à retracer les origines de ce virus dévastateur? Selon le professeur Pépin, il est important de mieux comprendre les mécanismes de propagation de la pandémie de VIH afin de mieux se prémunir face au développement d’éventuelles épidémies virales.

«Cette tragédie a été facilitée, voire peut-être précipitée, par des interventions humaines, la colonisation, l'urbanisation et même des campagnes de santé publique bien intentionnées. Nous devons apprendre de ces actions, en espérant que ceci nous donne la sagesse et l'humilité nous permettant d'éviter un désastre aussi grand dans les prochaines décennies», précise-t-il.

À la recherche du patient zéro

Maintenant que le site du développement de la pandémie du VIH se précise, d’autres questions continuent d’habiter nos chercheurs. Il reste, entre autres, à déterminer avec précision le lieu d’origine du patient zéro, c’est-à-dire de la toute première personne infectée par le VIH. L’hypothèse qui prévaut actuellement est celle d’un chasseur de brousse qui se serait contaminé en dépeçant un chimpanzé infecté. Une visite ultérieure dans un hôpital ou un centre de santé aurait alors été l'élément déclencheur de la vaste épidémie qui allait suivre.

De son côté, le professeur Pépin travaille présentement à confirmer les facteurs qui ont permis l’accélération de la propagation du VIH dans les années 1950-1960, en particulier la transmission iatrogène du virus, c'est-à-dire celle faite accidentellement lors du traitement d’autres maladies.

À propos de Jacques Pépin

Le professeur Jacques Pépin est également chercheur au Centre de recherche du CHUS. Il s’intéresse aux origines du VIH depuis près d’une décennie. Son livre The Origins of AIDS est un ouvrage phare sur le sujet qui lui a valu plusieurs prix dont celui du Scientifique de l’année de Radio-Canada et de Personnalité de l’année du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM).