Semaine de la recherche 2026
Quand se dépasser en nature permet de s’ancrer
Photo : Fournie
Si vous suivez l’une des versions de Survivor, vous l’avez probablement constaté : être dehors et vivre, en groupe, des activités physiques intenses exacerbe les liens à soi et à l’autre. Est-ce que le même principe – sans la faim ni la menace d’élimination, bien sûr – pourrait être utilisé en intervention? Avec quels effets?
C’est ce qu’évalue une équipe de recherche de la Faculté des lettres et sciences humaines.
Ce travail titanesque, auquel participent notamment Zachary Rancourt Tremblay, candidat au doctorat en psychologie, et Véronique Parent, professeure au Département de psychologie, commence à la demande d’une équipe professionnelle du CISSS de la Montérégie-Centre. À l’origine du développement du programme HORIZON 4 saisons, cette équipe souhaite en mesurer l’efficacité.
HORIZON 4 saisons, c’est une intervention en contexte de nature et d’aventure, ou INA, avec un grand degré de dépassement de soi. De base, l’INA sort des bureaux et déplace la relation thérapeutique dehors, par exemple dans un parc ou en forêt.
HORIZON 4 saisons, lui, s’articule autour d’ateliers préparatoires en vue d’un séjour de 3 ou 4 jours à l’extérieur. Des adolescents et adolescentes, avec une équipe d’intervention à leur côté, mènent des activités construites de manière à les amener à se dépasser. Le pari? Que les apprentissages effectués dans ce cadre seront transférés à la vie quotidienne.
L’enjeu est loin d’être mince, puisque HORIZON 4 saisons s’adresse à une clientèle aux prises avec différents problèmes de santé mentale qui pourrait, selon leurs intervenantes et intervenants, bénéficier d’interventions alternatives aux services plus traditionnels.
Avant le séjour en nature, les participantes et participants travaillent, en groupe, des compétences tantôt concrètes, tantôt relationnelles. Ainsi, ils explorent les bases du canotage autant qu’ils décortiquent les émotions possibles dans une situation désagréable ou tendue.
La collaboration entre le milieu de pratique et la recherche vise à mesurer les effets du programme HORIZON 4 saisons sur le bien-être et le fonctionnement général des jeunes, par exemple sur des aspects comme leur anxiété, leur sentiment d’autoefficacité ou leurs habiletés sociales. Elle souhaite également déterminer leur satisfaction, afin d’améliorer le programme lui-même. Finalement, elle en explore les retombées sur la clientèle adolescente, à son propre avis et selon l’équipe d’intervention, qui joue par ailleurs un rôle différent de celui auquel elle est habituée.
Or les défis ont été nombreux là encore, de part et d’autre.
Un parcours du combattant
La mise en place des outils d’évaluation tient du jeu de casse-tête. D’abord, pour obtenir une vue d’ensemble, l’équipe de recherche décide de sonder les jeunes de même que les intervenantes et intervenants, oui, mais aussi les parents, dont le regard procure une perspective très riche.
Photo : Fournie
Ensuite, elle emploie des méthodes diverses et complémentaires, en vue de répondre à tous ses objectifs. Elle utilise des autoquestionnaires et des questionnaires, ciblant tant les jeunes que les intervenants et intervenantes, en plus d’entretiens semi-dirigés, menés par un membre de l’équipe. Elle inclut aussi la présence d’un observateur, ici Zachary, qui vivra une fois l’expérience HORIZON 4 saisons.
Quand les outils sont choisis, conçus et validés vient enfin une autre difficulté majeure : le recrutement. Et pour bien comprendre les résultats d’HORIZON 4 saisons, il faut les comparer à ceux d’interventions plus classiques. L’équipe d’intervention multiplie donc les démarches pour combler deux groupes, celui des jeunes participant au programme et le groupe témoin, aux défis semblables, dont le suivi est assuré de manière traditionnelle.
L’objectif est atteint : le projet démarre avec 57 inscriptions au programme et 34 membres dans le groupe témoin. Mais la rétention s’avère aussi un enjeu, vu la durée de l’étude et la nature des problèmes. Dans deux autres moments charnières de collecte de données, le groupe HORIZON 4 saisons compte 44 jeunes, puis 36, contre 24, puis 13 dans le groupe témoin.
Les délais parfois très courts entre la mise en place des groupes du programme et le début des ateliers préparatoires demandent beaucoup de flexibilité à l’équipe de recherche.
Photo : Fournie
De son côté, l’équipe d’intervention compose avec la charge supplémentaire des questionnaires à remplir. Et puis, elle accepte que Zachary participe à un séjour, même si sa présence demande une certaine forme d’adaptation pour les intervenants et intervenantes, comme pour les jeunes.
Une collaboration étroite, une coordination soutenue et des attentes bien définies permettent toutefois à l’étude de dégager énormément de pistes de résultats et de bien documenter le déroulement de l’intervention.
Du dépassement à la profondeur
Que la demande initiale vienne du milieu de pratique oriente grandement le déroulement du projet et la collecte d’information. Ainsi, une étape de validation des résultats crée un espace de discussions entre les équipes pour expliquer et nuancer les observations. De plus, le mélange de méthodes qualitatives et quantitatives change la nature des données obtenues, surtout au sujet du vécu partagé par les jeunes et les personnes intervenantes sur place, de même que sur leur relation.
Cet ancrage particulier aux besoins et aux réalités du milieu teinte également les résultats (très!) préliminaires que Zachary et Véronique évoquent. Les adolescents et adolescentes du programme HORIZON 4 saisons semblent avoir bénéficié de l’expérience, notamment en ce qui a trait à l’anxiété.
Peut-être parce qu’affronter l’adversité, se dépasser et survivre leur révèle la profondeur de leurs ressources.
La présentation de Zachary et de Véronique a trouvé écho dans les deux autres se déroulant le même midi.
Loek Pascaud et le professeur Frédéric Bouchard, du Département de géomatique appliquée, ainsi que Céline Verchère, de l’Institut interdisciplinaire d’innovation technologique (3IT), ont évoqué les difficultés et les richesses de tisser des liens entre la géologie et l’anthropologie, entre l’étude du territoire et celle des êtres humains qui l’habitent.
Hugo Loiseau, professeur à l’École de politique appliquée, a souligné les défis liés à la cybersécurité d’un événement tel que les Jeux olympiques 2024, à Paris, défis bien ancrés dans les espaces tant physiques que numériques.
L'événement a été animé par Marie-Pier Luneau, du Département des arts, langues et littératures.
La Semaine de la recherche 2026 est présentée à la Faculté des lettres et sciences humaines du 23 au 27 mars.