Semaine de la santé mentale
5 conseils pour favoriser votre santé psychologique avec Pre Nathalie Cadieux
À l’occasion de la Semaine de la santé mentale, qui se tient du 4 au 10 mai, nous avons rencontré Nathalie Cadieux, professeure au Département de gestion des ressources humaines, dont les travaux de recherche résonnent tout particulièrement avec la thématique.
Avec son équipe, Pre Cadieux a dirigé une étude sur la situation de l'emploi chez les jeunes avocates et avocats du Québec visant notamment à dresser un portrait de leur santé mentale et à analyser les facteurs susceptibles de compromettre leur bien‑être, leur engagement et leur pérennité dans la profession.
Plusieurs des recommandations proposées dans l’étude sont tout aussi applicables pour les jeunes professionnels et les étudiantes et étudiants. Alors pourquoi ne pas profiter de ses conseils d’experte dans le domaine?
Pre Nathalie Cadieux a d’ailleurs reçu la prestigieuse Distinction Fellow 2026 de CRHA Canada, une reconnaissance nationale de haut niveau qui met en valeur le leadership, les réalisations exceptionnelles ainsi que les contributions remarquables et exemplaires des CRHA à la profession.
Voici 5 conseils pour favoriser votre santé psychologique selon Pre Nathalie Cadieux :
- Apprendre à se connaître
- Ne pas se définir à travers la compétition
- Oser des chemins moins traditionnels
- Protéger son équilibre
- Ne jamais négliger les signaux d’alarme
Conseil numéro 1 : Apprendre à se connaître
Le premier conseil que Pre Cadieux adresse aux étudiantes et aux étudiants est d’apprendre à se connaître. « L’université, c’est un lieu où on ouvre des portes dans notre esprit. Au-delà des connaissances, c’est un espace où l’on développe ses compétences, où l’on apprend à s’affirmer et à mieux comprendre ce qui nous anime réellement », rappelle-t-elle.
Ce parcours est rarement linéaire, et il est normal de se chercher avant de trouver sa voie. « Parfois, on va faire plusieurs programmes avant de se définir », souligne-t-elle. Elle en est elle-même un bon exemple : après des études en droit, puis un détour par l’architecture, elle s’oriente finalement vers les relations industrielles.
C’est là que j’ai trouvé ma passion. Il faut parfois faire un pas de côté pour mieux avancer ensuite.
Mieux se connaître permet aussi de faire des choix professionnels plus alignés avec ses valeurs et ses aspirations. Quel environnement de travail nous convient? Qu’est-ce qui nous motive vraiment? Certains accorderont plus d’importance à la sécurité financière, tandis que d’autres voudront avant tout avoir un impact et changer le monde. De la même façon, là où certains se projettent dans de grands cabinets, d’autres privilégieront un stage ou un emploi en PME afin de bénéficier d’une plus grande autonomie.
Avec le temps, cette réflexion personnelle devient un véritable levier d’épanouissement professionnel. « Plus on se connaît, plus on est en mesure de prendre des décisions qui nous font grandir », explique-t-elle. Se donner cet espace pour réfléchir, essayer et se redéfinir, c’est se donner les moyens de se respecter et de s’épanouir pleinement tant dans les études que sur le marché du travail.
Conseil numéro 2 : Ne pas se définir à travers la compétition
Dès l’entrée à l’université, et plus encore en début de carrière, la comparaison et la compétition prennent souvent beaucoup de place. On se définit par la performance : avoir des notes au-dessus de la moyenne, décrocher les meilleurs stages, obtenir le poste le plus convoité. Cette pression peut rapidement devenir écrasante.
En observant les parcours des autres, un sentiment de décalage s’installe. On voit des collègues gravir les échelons à toute vitesse, et le sommet semble parfois hors d’atteinte. C’est dans ce contexte que Pre Cadieux invite ses étudiants et étudiantes à changer de perspective. « Concentre-toi sur la prochaine marche. L’objectif n’est pas de regarder tout en haut de l’escalier, mais de se demander : es-tu capable de monter celle-ci? C’est sûr que oui. Vas-y une marche à la fois », leur rappelle-t-elle.
Elle nuance également l’importance accordée aux résultats scolaires. Avoir d’excellentes notes ou être premier de classe ne garantit pas nécessairement qu’une personne sera plus compétente ou plus épanouie en emploi. La réussite professionnelle peut prendre de nombreuses formes, et il existe une multitude de trajectoires possibles pour y parvenir.
Plutôt que de se décourager face à la performance des autres, elle encourage à voir chaque étape, chaque défi, chaque détour, comme une occasion d’apprendre et de progresser. Avancer à son rythme, en tirant des apprentissages de chaque expérience, permet de sentir moins de pression et de bâtir un parcours solide, cohérent et durable.
Conseil numéro 3 : Oser des chemins moins traditionnels
Certaines trajectoires professionnelles sont souvent perçues comme des idéaux à atteindre. Travailler dans un grand cabinet, cumuler les longues heures, bénéficier de salaires élevés : tout cela peut sembler très glamour à première vue. Mais derrière cette image valorisée se cachent aussi des réalités plus exigeantes. « Il y a une pression continue, un manque d’équilibre, et parfois une difficulté à concilier les différentes sphères de vie », souligne Pre Cadieux.
C’est pourquoi elle invite les étudiants et les étudiantes à élargir leur regard et à remettre en question les modèles de réussite.
N’hésitez pas à sortir des sentiers battus. Explorer des chemins moins conventionnels peut ouvrir la porte à des environnements de travail plus humains, à un meilleur équilibre de vie et à des choix davantage alignés avec ses valeurs personnelles.
Ces parcours alternatifs permettent souvent de bâtir une carrière plus durable et plus saine au quotidien.
L’important, c’est de se construire un parcours qui nous ressemble, plutôt que de suivre une voie par automatisme ou par pression sociale.
Finalement, elle rappelle qu’il faut se donner la liberté, et la confiance, d’explorer. Oser, expérimenter et s’écouter permet non seulement de trouver sa place, mais aussi de construire une trajectoire professionnelle plus cohérente et épanouissante.
Conseil numéro 4 : protéger son équilibre
Les études comme la vie professionnelle peuvent rapidement devenir envahissantes. Il y aura toujours plus à faire, et même si cette intensité peut être stimulante, elle comporte aussi des risques. « On travaille pour gagner sa vie, pas pour la perdre ».
Contrairement aux idées reçues, ce sont souvent les personnes très performantes qui s’épuisent selon Pre Cadieux.
Les high achievers tiennent longtemps, mais s’ils ne s’écoutent pas, un point de rupture finit par apparaître. D’où l’importance de protéger son équilibre dès les études, en adoptant de saines habitudes : une bonne discipline, du temps pour soi et des activités qui permettent de se ressourcer.
Elle propose aussi des gestes simples pour créer une frontière entre le travail et le reste de la vie : se changer en rentrant, ranger son sac, désactiver les notifications, pratiquer une activité qui aide à décrocher, comme le yoga ou même les jeux vidéo. Ces moments sont essentiels pour reprendre son souffle.
Elle compare enfin l’équilibre à une maison : une fondation solide repose sur plusieurs piliers — études, travail, famille, loisirs, sport et soi-même.
Avoir un pilier fort, c’est bien, mais mieux vaut renforcer l’ensemble de ses piliers pour pouvoir résister aux grands vents.
Conseil numéro 5 : Ne jamais négliger les signaux d’alarme
La détresse psychologique fait partie de la vie et peut toucher tout le monde, à différents moments. Elle s’installe souvent graduellement : troubles du sommeil, fatigue persistante, difficultés de concentration, impression de ne plus trouver de plaisir dans ce que l’on fait. Il ne faut jamais prendre ces signaux à la légère.
Lorsqu’ils apparaissent, l’essentiel est de ne pas rester seul avec ça.
En parler, c’est déjà agir. Cela ne signifie pas nécessairement consulter immédiatement, mais simplement se tourner vers un ami, un parent ou une personne de confiance. Mettre des mots sur ce que l’on vit permet souvent de relâcher la pression.
Se prioriser est aussi une forme de prévention. Prendre du temps pour des activités qui font du bien : voir des amis, marcher en nature, se reposer davantage, mieux manger, prendre des pauses pour refaire le plein d’énergie. Pre Cadieux utilise une image parlante :
C’est comme en avion : il faut mettre son masque d’oxygène avant d’aider les autres.
Savoir s’arrêter fait également partie de l’équation. Peaufiner un travail à l’infini peut nourrir l’anxiété. Se demander si l’effort est réellement à valeur ajoutée permet de mieux gérer son énergie. En se donnant des objectifs réalistes, en découpant les tâches et en ciblant ses moments de concentration, on avance plus sereinement.
Favoriser son bien-être avant tout
Il n’existe pas de parcours parfait, seulement des chemins à explorer avec lucidité et bienveillance envers soi-même. En restant attentif à ses besoins, à ses limites et à ses valeurs, chacune et chacun peut évoluer en se respectant et en favorisant son bien-être avant tout.