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Lumière sur les origines d’une tradition des Fêtes

Mon beau sapin, triomphe scintillant de l’hiver

La magie des Fêtes enveloppe le Campus principal de l'UdeS, illuminé par un grand sapin.
La magie des Fêtes enveloppe le Campus principal de l'UdeS, illuminé par un grand sapin.
Photo : Michel Caron - UdeS

Trônant au salon des chaumières qu’il illumine de tous ses feux décembre venu, le sapin s’érige depuis des lustres au rang de symbole traditionnel du temps des Fêtes. Mais d’où provient cette tradition bien enracinée de sertir de rubans et de lumières le roi des forêts, à l’approche de l’hiver? Histoire de ne pas se faire passer un sapin, l’historienne et chargée de cours au Département d’histoire de la Faculté des lettres et sciences humaines Évelyne Ferron nous aiguille sur cette question – plus épineuse qu’il n’en paraît.

Entre les premiers marchés de Noël scandinaves et allemands, les images de la reine Victoria et de sa famille devant un sapin, et les archives faisant état d’un énorme arbre de Noël près de la cathédrale de Strasbourg au XVIe siècle, les époques et les pays sont nombreux à revendiquer la naissance de cette coutume pourtant millénaire.

D’entrée de jeu, la spécialiste en histoire ancienne précise que, lorsque l’on aborde la question des rites et des coutumes, il n’est pas facile de démêler le vrai du faux, puisqu’il n’y a pas toujours de traces écrites sur lesquelles s’appuyer :

Quand on joue dans la tradition, le folklore, et qu'il y a beaucoup de régions et de pays d’impliqués, c’est sûr que ça fait en sorte que les gens s'approprient un peu ces histoires-là selon leur vision ou leur conception.

Évelyne Ferron, historienne et chargée de cours au Département d'histoire

Victoire de verdure et de lumière

C’est là que les lumières d’une antiquiste comme Évelyne Ferron s’avèrent un appui précieux pour jeter un éclairage plus approfondi sur les origines d’une tradition aussi ancienne. L’historienne précise qu’il faut remonter à très loin – très très loin, même – pour comprendre la genèse du sapin décoré des Fêtes.

Cette pratique serait en fait associée depuis l’Antiquité au solstice d’hiver, marqué par le jour le plus court et la nuit la plus longue de l’année. Les gens cherchent alors à s’entourer le plus possible de verdure et de lumière en cette période froide et sombre. Le sapin, qui ne perd pas ses épines en hiver, apparaît dès lors comme un puissant symbole de résilience face à l’âpreté de l’hiver.

Les sapins restent toujours verts et illustrent l’espoir que la nature ne meure pas.

Évelyne Ferron

Toujours verts, les sapins symbolisent la résilience et l'espoir de voir à nouveau la nature revenir après les longs mois d'hiver. 
Toujours verts, les sapins symbolisent la résilience et l'espoir de voir à nouveau la nature revenir après les longs mois d'hiver. 
Photo : Michel Caron - UdeS

Cette dernière précise que cette période en est une d’attente, où l’on ne peut ni semer ni cultiver la terre. Sans être alors associé aux traditions des Fêtes, l’ajout de sapinage et de houx aux fenêtres apparaît porteur d’espoir du retour prochain des semailles et des récoltes.

Puis, dans le cadre des Saturnales, fêtes païennes vouées à la célébration de l’agriculture, toujours en pleine période du solstice d’hiver, les Romains décorent leurs demeures de branches de verdure – lauriers, oliviers, sapins – pour marquer la victoire à venir des semailles sur l’hiver.

La verdure, c’est vraiment un symbole de victoire, la victoire de la vie sur l’hiver, avec les jours qui se mettent à rallonger, et qui feront place au retour de l’agriculture.

Évelyne Ferron

Chargée de cours au Département d'histoire de l'UdeS, Évelyne Ferron se spécialise en histoire ancienne.
Chargée de cours au Département d'histoire de l'UdeS, Évelyne Ferron se spécialise en histoire ancienne.
Photo : Fournie

Christianiser le solstice d’hiver

Au Moyen Âge, les pays nordiques de l’Europe, notamment les territoires germaniques, forts de forêts densément boisées et d’hivers rigoureux, conservent à l’approche du solstice d’hiver les traditions de sapinage et de verdure héritées des Romains.

Si les fêtes de Saturne ne sont aucunement liées à la christianisation, ces traditions se modifient au sein des sociétés moyenâgeuses très croyantes. Pour faire adhérer ses ouailles à la religion chrétienne et les détourner de leurs anciennes croyances, l’Église choisit de faire de la puissante période du solstice d’hiver celle de la naissance du Christ. Les célébrations païennes cèdent alors le pas aux fêtes de Noël.

O Tannenbaum, le beau sapin allemand

Évelyne Ferron précise que même s’il est permis de croire que l’ensemble des pays d’Europe du Nord semblent avoir conservé les traditions de sapinage et de verdure des fêtes du solstice, c’est en Allemagne du Sud en 1605 que l’on trouve les premières traces écrites faisant état d’un sapin illuminé pendant cette période.

« Cet univers jette les bases des traditions de Noël, que les Allemands vont transporter un petit peu partout, et éventuellement de notre côté de l’Atlantique », mentionne-t-elle.

Au moment où l’on assiste au XIXe siècle à une forte immigration allemande dans les colonies britanniques qui deviendront les États-Unis d’Amérique, une période de diplomatie politique bat aussi son plein en Europe.

Les princesses et les duchesses allemandes vont commencer à être mariées dans des familles royales britanniques et françaises. Et c'est là que, lentement mais sûrement, elles vont amener avec elles la tradition du sapin, comme le feront les soldats allemands pendant la guerre de l’Indépendance américaine.

Évelyne Ferron

Une affaire de mode royale

En Angleterre, la reine Victoria accède en 1837 au trône britannique et épouse le prince Albert, originaire d’Allemagne. C’est en quelque sorte à ce couple royal que l’on doit le symbole traditionnel du sapin des Fêtes tel que nous le connaissons aujourd’hui.

Beaucoup de traditions vont commencer à s'établir parce que la reine Victoria et le prince Albert vont publiciser l'idée de faire un gros sapin à l'intérieur du château de Windsor, avec des chandelles, des décorations, des fruits, des papillotes, et des cadeaux en dessous.

Évelyne Ferron

Symbole traditionnel de la période des Fêtes, le sapin lumineux, sous lequel sont placés des cadeaux, rappelle la mode lancée au milieu du XIXe siècle par la reine Victoria et sa famille.
Symbole traditionnel de la période des Fêtes, le sapin lumineux, sous lequel sont placés des cadeaux, rappelle la mode lancée au milieu du XIXe siècle par la reine Victoria et sa famille.
Photo : Fournie

Les premières images de cette scène, qui apparaissent dans le magazine Illustrated London News au milieu du XIXe siècle, font alors le tour du monde, et la tradition s’installe progressivement. Des cartes postales à l’effigie de la famille devant le sapin circulent également partout. Populaire, le couple royal exerce une véritable fascination sur les familles, qui cherchent à l’imiter. Il n’est alors ni compliqué ni dispendieux d’aller quérir un sapin et de le décorer, pour suivre la mode royale.

Et au Québec?

Pour Évelyne Ferron, il existe de multiples voies par lesquelles la tradition du sapin a pu s’implanter plus près de nous, au Québec. Il peut à la fois s’agir de l’influence des immigrants allemands qui sont venus en Amérique ou de loyalistes arrivés des États-Unis, ou de celle de familles ayant voulu suivre la tendance mise de l’avant par la reine Victoria et le prince Albert.

Comme le rappelle la spécialiste en histoire ancienne, il n’est pas aisé de savoir quand exactement le premier sapin décoré a pu être fait ici, faute de traces écrites.

En 1781 toutefois, une baronne allemande établie à Sorel, la baronne Riedesel, a laissé des journaux détaillés témoignant de la présence d’un sapin lumineux chez elle, alors qu’elle reçoit des officiers allemands et britanniques.

Évelyne Ferron

Photo : Michel Caron - UdeS

En conclusion, plusieurs – pour ne pas dire tous – les chemins de l’histoire ont pu mener à l’avènement chez nous de ce traditionnel sapin aux verts sommets qui éclaire nos chaumières et sème l’espoir de traverser l’hiver depuis d’immémoriaux solstices.


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