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Lettre d’opinion — Pr Jean-Pierre Perreault, recteur et Pr Louis Valiquette, doyen de la Faculté de médecine et des sciences de la santé, Université de Sherbrooke.

Préserver un modèle qui forme, soigne et innove

Photo : Université de Sherbrooke

À Sherbrooke, franchir la porte du CHUS ce n’est pas seulement entrer à l’hôpital : c’est aussi pénétrer au cœur du Campus de la santé. Et cela change tout.

Il y a plus de soixante ans, Sherbrooke a fait le pari audacieux de mettre sur pied une faculté de médecine fondée sur la proximité, la responsabilité sociale et l’innovation pédagogique. Ce pari a façonné un modèle où formation, recherche et soins sont indissociables, soudés par un plan de pratique unique au Canada (la Société des Médecins de l’Université de Sherbrooke-SMUS). Ce modèle s’étend au Québec sur nos campus en Montérégie et au Saguenay–Lac-Saint-Jean, qui contribuent à former des médecins et à développer de la recherche de pointe dans des milieux diversifiés et proches des communautés. Ainsi nos patients reçoivent dans leur région, les meilleurs traitements disponibles aujourd’hui, et ce, même dans les cas les plus complexes. Ils peuvent aussi participer à des projets de recherche et ainsi contribuer aux découvertes médicales de demain.

Dans le contexte actuel, il est essentiel de rappeler que cette réussite repose notamment sur le dévouement des professeures-médecins et professeurs-médecins. Leur engagement assure la formation pratique indispensable à la qualité des soins : ce corps professoral choisit d’enseigner et d’innover par conviction. Il forme une relève qui performe à un niveau exceptionnel aux examens nationaux, grâce à un curriculum médical envié. Ce système permet aussi l’émergence de personnes cliniciennes-chercheuses de renom qui participent à la découverte et l’évaluation de nouveaux traitements ou tests et à l’amélioration du système de santé.

Grâce à ce modèle de pratique inédit, les membres du corps professoral médical peuvent conjuguer soins, enseignement et recherche, épaulés par un impressionnant nombre de professeures et professeurs d’enseignement clinique distribués dans tout notre réseau. La SMUS et le Centre de recherche médicale de l'Université de Sherbrooke (CRMUS) soutiennent aussi des projets majeurs : des bourses et des chaires de recherche stratégiques. Ces leviers ne sont pas des privilèges : ils sont essentiels pour attirer les meilleurs talents et offrir des soins de qualité.

Ensemble, cet écosystème intégré travaille au bénéfice non seulement de la population de Sherbrooke, mais de l’ensemble du Québec.

Or, les changements découlant de l’application de la loi 2, combinée à un sous-financement chronique, menacent cette approche intégrée. Un modèle centré majoritairement sur la prise en charge immédiate risque de fragiliser la formation et la recherche, pourtant indispensables à la qualité et à la pérennité des soins. Sans enseignement ni recherche, il n’y a pas de progrès, pas d’avenir, pas de relève médicale.

Pour réussir une réforme durable du système de santé, il est essentiel de reconnaître la valeur de ces activités et d’intégrer les directions des milieux académiques dans les décisions stratégiques. Nos experts en organisation des soins et en accès aux services peuvent contribuer à des solutions concrètes : élaboration d’indicateurs, maintien du temps protégé pour la recherche, soutien aux GMF-U, etc.

Nous appelons les décideurs, les élus et la population à défendre ce qui a été construit avec rigueur et passion. La médecine universitaire, portée par Sherbrooke et ses partenaires, n’est pas un luxe : elle est indispensable à notre avenir.