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Rencontre interprofessionnelle

On ne voit bien qu’avec les yeux des autres

Pendant 90 minutes, un soir d'hiver, des étudiantes et étudiants des facultés d'Éducation et des Lettres et sciences humaines ont discuté avec des parents autour d'une situation particulière. Leur apprentissage principal? Mettre les choses en perspective ouvre bien des horizons.
Pendant 90 minutes, un soir d'hiver, des étudiantes et étudiants des facultés d'Éducation et des Lettres et sciences humaines ont discuté avec des parents autour d'une situation particulière. Leur apprentissage principal? Mettre les choses en perspective ouvre bien des horizons.
Photo : Karine Couillard - collaboratrice

À 8 ans, Sofia reçoit un diagnostic de trouble du déficit de l’attention avec hyperactivité. Quand l’école propose un accommodement, sa mère Inès refuse. Le même scénario se répète pour toutes les mesures proposées. La situation menace de s’enliser… Et s’il existait un moyen de voir les choses autrement, par exemple grâce au regard d’autres parents?

Certes, tous les parents ont leur propre manière d’agir – plus ou moins proche de celle d’Inès, par ailleurs inventée par quatre membres du corps enseignant en travail social et en éducation, à partir de situations réelles. Mais, peu importe leur position, beaucoup de mères et de pères peuvent avancer des pistes pertinentes pour mettre sa réaction en perspective.

C’est l’expérience à laquelle ont participé 12 parents, un mercredi soir d’hiver. Pendant environ 90 minutes, chacune et chacun a discuté avec une quinzaine d’étudiantes et étudiants. Les groupes incluaient à la fois des personnes inscrites au baccalauréat en service social et à celui en enseignement au préscolaire et au primaire (BEPP).

L’objectif : les aider à déconstruire leurs jugements envers les parents et, ultimement, à mieux réfléchir à la collaboration entre l’école, la famille et la communauté.

Quand elle a reçu une invitation à participer, Marie-Eve Tourigny a accepté sans hésiter.

Comme mère de trois enfants, Marie-Eve Tourigny a développé une vision nuancée de situations complexes. Cette expérience est précieuse pour des personnes en plein apprentissage.
Comme mère de trois enfants, Marie-Eve Tourigny a développé une vision nuancée de situations complexes. Cette expérience est précieuse pour des personnes en plein apprentissage.
Photo : Karine Couillard - collaboratrice

Je trouve ça important de participer à ce type d’activités là. J’ai un bagage susceptible d’enrichir les connaissances des étudiants et étudiantes, de leur lancer de nouvelles pistes, peut-être de leur faire un peu plus ressentir les situations, de rapprocher un peu plus les scénarios de la réalité.

Marie-Eve Tourigny, mère participante

Marie-Eve a réussi, comme en témoigne Vincent Bernier, un étudiant au BEPP : « C’était super le fun de voir le parent établir un lien entre nos idées et son vécu, ou même renchérir. Nous, on arrive avec nos opinions, nos jugements, nos hypothèses. De les décortiquer avec le parent, c’est vraiment instructif. »

Étudiant au baccalauréat en enseignement au préscolaire et au primaire, Vincent Bernier a apprécié les connexions tant à l'intérieur du groupe qu'entre les idées.
Étudiant au baccalauréat en enseignement au préscolaire et au primaire, Vincent Bernier a apprécié les connexions tant à l'intérieur du groupe qu'entre les idées.
Photo : Karine Couillard - collaboratrice

Si le regard des parents a étayé les échanges, le mélange des disciplines aussi. Ce regard complémentaire, Laurie Duguay, qui étudie au BEPP, l’a particulièrement apprécié. « J'ai été surprise de la richesse de tout ce que les étudiants et étudiantes en travail social ont apporté au fil de la discussion. Ils font partie des ressources qu'on pourrait mieux connaître. »

Comme étudiante au baccalauréat en enseignement au préscolaire et au primaire, Laurie Duguay a découvert le champ d'action de ses vis-à-vis en service social. Elle en a témoigné lors du retour en grand groupe, qui réunissait les quelque 200 étudiantes et étudiants ayant participé à l'activité.
Comme étudiante au baccalauréat en enseignement au préscolaire et au primaire, Laurie Duguay a découvert le champ d'action de ses vis-à-vis en service social. Elle en a témoigné lors du retour en grand groupe, qui réunissait les quelque 200 étudiantes et étudiants ayant participé à l'activité.
Photo : Karine Couillard - collaboratrice

Les travailleuses et travailleurs sociaux tournent autour du côté maison, communautaire, de la vie en dehors de l’école. Et, quand on collabore avec des gens qui ont différents points de vue, on répond mieux aux besoins de l’enfant. Ça l’aide à se développer à son plein potentiel. J’aimerais ça que nos écoles “s’équipent” encore plus avec des pros du travail social.

Laurie Duguay, étudiante au BEPP

Ces commentaires amènent un constat : l’équipe derrière l’activité a atteint ses cibles.

Ouvrir les yeux

« Ça prend une initiative pour appeler une école, comme pour appeler la travailleuse sociale ou le travailleur social d’une famille. Mais encore faut-il savoir que cette initiative-là, elle est possible. On voulait que les étudiantes et étudiants en prennent conscience », explique Julie Noël, professeure à l’École de travail social.

Pour la professeure Julie Noël et Denis Leblanc, chargé de cours à l'École de travail social, une formation à la collaboration interprofessionnelle est la clé pour éviter des situations dramatiques comme celle de la fillette de Granby. Chaque rencontre réellement interprofessionnelle est une occasion d'améliorer, voire de sauver, des vies.
Pour la professeure Julie Noël et Denis Leblanc, chargé de cours à l'École de travail social, une formation à la collaboration interprofessionnelle est la clé pour éviter des situations dramatiques comme celle de la fillette de Granby. Chaque rencontre réellement interprofessionnelle est une occasion d'améliorer, voire de sauver, des vies.
Photo : Karine Couillard - collaboratrice

L’activité visait aussi à défricher les rôles et responsabilités de chaque profession.

Pour William Germano, étudiant au baccalauréat en service social, comprendre ce qui appartient aux enseignants et enseignantes et ce qui lui revient est crucial. « Nous, quand on travaille avec les parents, on couvre leur vie de long en large. Avec leur autorisation, on peut communiquer avec l’école de leur enfant… Mais il faut savoir quelle partie de l’information est pertinente pour, par exemple, l’enseignante. Qu’est-ce qu’elle peut faire, elle? Sur quoi peut-elle nous aider, et inversement? »

William Germano, étudiant au baccalauréat en service social, ne savait pas à quoi s'attendre de ses collègues en enseignement. Maintenant, il espère avoir plus d'occasions d'établir des relations avec des collaborateurs et collaboratrices de tout horizon.
William Germano, étudiant au baccalauréat en service social, ne savait pas à quoi s'attendre de ses collègues en enseignement. Maintenant, il espère avoir plus d'occasions d'établir des relations avec des collaborateurs et collaboratrices de tout horizon.
Photo : Karine Couillard - collaboratrice

Mieux connaître les rôles, ça nous permet de nous appuyer sur l’épaule de l’autre. Pas pour lui refiler du travail : le but, ce n’est pas de rajouter une charge. Au contraire, je pense que, quand on est vraiment complémentaires, ça atténue la charge de tout le monde sur le long terme et qu’on peut soutenir l'enfant au maximum – et le parent aussi.

William Germano, étudiant au baccalauréat en service social

Cette vision de la collaboration interprofessionnelle, les professeures derrière l’activité la partagent.

Plusieurs yeux valent mieux qu’un

« On veut que les groupes en éducation comme en travail social développent les connaissances et les compétences nécessaires à la collaboration, non seulement parce que c'est une des meilleures voies pour soutenir les jeunes et les familles, mais aussi pour soutenir les intervenantes et les intervenants eux-mêmes », indique Amélie Richard, professeure au Département d’enseignement au préscolaire et au primaire.

La professeure Amélie Richard (sur la photo) et Paméla McMahon-Morin, chargée de cours à la Faculté d'éducation, sont convaincues qu'améliorer la collaboration interprofessionnelle tisse un filet social plus fort, pour tout le monde : écoles, familles et, bien sûr, enfants.
La professeure Amélie Richard (sur la photo) et Paméla McMahon-Morin, chargée de cours à la Faculté d'éducation, sont convaincues qu'améliorer la collaboration interprofessionnelle tisse un filet social plus fort, pour tout le monde : écoles, familles et, bien sûr, enfants.
Photo : Karine Couillard - collaboratrice

« Ça a l’air simple : on assoit les gens autour de la table, et ils collaborent, renchérit-elle. Mais ça ne l’est pas. »

Il y a plusieurs défis dans la collaboration interprofessionnelle, comme des approches, des cultures et des mandats différents, voire des a priori sur les autres disciplines. Il devient alors important, dès la formation initiale, d'aider les étudiantes et étudiants à se construire progressivement une identité de collaborateurs qui contribuent, à leur tour, à adoucir les frontières entre les professions.

Amélie Richard, professeure à la Faculté d’éducation

Pour encore mieux outiller les groupes en enseignement et en service social, une deuxième activité se déroulera à la fin mars 2026. En l’espace d’un samedi, elle poussera les étudiantes et étudiants à établir un plan d’action misant réellement sur la collaboration interprofessionnelle.

L’appétit est là.

« Quand je vais accueillir des stagiaires en travail social, moi, j’aimerais ça qu’ils me racontent leurs ateliers avec des gens en enseignement, oui, mais aussi en orthopédagogie et en psychoéducation! », rêve William.

Notre travail, en tant que travailleur social, ç'en est un de relation avec l’autre. Donc pourquoi ne pas déjà nous mettre en relation avec l’autre, au-delà de l'usager?

William Germano

Cette envie de relation avec le réel, Véronique Béliveau l’a sentie et la partage. C’est une des raisons qui la pousse à participer à ce genre d’activités.

Pour Véronique Béliveau, partager son expérience signifie améliorer la formation de spécialistes en enseignement et en travail social et, ultimement, les services offerts sur le terrain. Parce que, selon cette mère participante, rien ne remplace le vrai contact humain.
Pour Véronique Béliveau, partager son expérience signifie améliorer la formation de spécialistes en enseignement et en travail social et, ultimement, les services offerts sur le terrain. Parce que, selon cette mère participante, rien ne remplace le vrai contact humain.
Photo : Karine Couillard - collaboratrice

Les livres, c'est une chose; le terrain, c'en est une autre. La vraie école, c’est quand tu es face à un autre humain. C'est sûr que ma situation, on pourrait l'écrire. Mais ça ne serait jamais pareil que de parler, d'avoir le contact, d'avoir l'émotion du parent.

Véronique Béliveau, mère participante

Ce que Véronique résume n’est pas si loin des mots d’Antoine de Saint-Exupéry.

Si on ne voit bien qu’avec le cœur, parfois l’essentiel apparaît quand on emprunte les yeux des autres.

À propos du financement
Pour mettre en place ces deux activités, dans le cadre de leurs cours respectifs, PPA322 et TRS504, les professeures ont reçu le soutien financier des Cliniques interprofessionnelles Jeunesse, enfance, famille (CIJEF).

Le mandat des CIJEF est d’offrir des services concertés, originaux, innovants et singuliers, en misant sur la collaboration interprofessionnelle. Ainsi, ces services s'adaptent au contexte et aux besoins de chaque jeune, de chaque famille et de chaque organisme partenaire.


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