Acfas 2021

L'urgence d'adapter notre société aux changements climatiques

Selon la professeure Annie Chaloux, « la juste de part du Québec ne serait pas seulement d’atteindre la carboneutralité, mais d’atteindre un bilan négatif et même d’aider les autres pays à s’adapter à réduire leurs émissions ».
Selon la professeure Annie Chaloux, « la juste de part du Québec ne serait pas seulement d’atteindre la carboneutralité, mais d’atteindre un bilan négatif et même d’aider les autres pays à s’adapter à réduire leurs émissions ».
Photo : Michel Caron - UdeS

La professeure en politique appliquée Annie Chaloux organise un colloque, les 5 et 6 mai, dans le cadre de l’Acfas 2021, sur le thème Les changements climatiques au Québec : pour une gouvernance décloisonnée et cohérente. Nous lui avons posé quatre questions afin d’en savoir plus sur sa vision de l’adaptation climatique au Québec.

Comment le Québec peut-il s’adapter aux changements climatiques?

Il est devenu indéniable que nous faisons face à un accroissement des phénomènes climatiques partout sur la planète, mais également de plus en plus sur notre territoire. On peut penser aux inondations, sécheresses, hausses et baisses soudaines des températures, impacts sur l’agriculture, à l’érosion des sols, la montée des eaux, etc.).

On doit se rendre compte que nous avons une obligation de nous adapter à ces phénomènes et leurs conséquences, mais que nous devons aussi développer des communautés plus résilientes aux changements climatiques. Selon moi, cela nécessite une réflexion intersectorielle et interdisciplinaire, parce que ça touche tous les aspects de notre vivre ensemble.

Oui, il faut lutter pour les changements climatiques en atténuant nos émissions de gaz à effet de serre et notre empreinte sur l’environnement d’une part, mais surtout, d'autre part, on doit développer une société qui se doit d’être plus sensibilisée climatiquement.

Quel est le rôle des acteurs de gouvernance dans cette adaptation?

La professeure Annie Chaloux, de l'École de politique appliquée
La professeure Annie Chaloux, de l'École de politique appliquée
Photo : Michel Caron - UdeS

En ce qui concerne l’atténuation ou encore l’adaptation aux changements climatiques, il est clair que les gouvernements doivent prendre les choses en mains. Mais on ne doit pas seulement se fier sur cela, car nous avons tous un bout de chemin à faire. Il doit y avoir un partage des responsabilités entre les acteurs gouvernementaux, les entreprises, les institutions, les communautés, etc.

On doit réfléchir à des politiques d’adaptation aux changements climatiques qui tiennent compte de ces multiples protagonistes. C’est très difficile d’imposer quoi que ce soit sans cela. Par exemple, tout le monde sait qu’on devrait réduire notre utilisation de transport individuel et de véhicules polluants, mais les ventes de VUS continuent de grimper. On doit donc comprendre qui sont les acteurs et trouver des mécaniques pour favoriser les changements de comportements, en incluant ces gens dans le processus.

Il faut éviter de faire de la gestion du haut vers le bas, c’est-à-dire que les changements proviennent seulement des instances gouvernementales, sans consultations publiques ou d’experts. Il faut réfléchir à des approches qui sont plus ouvertes, plus inclusives. Ça peut parfois être plus long, mais ce seront certainement des changements qui seront plus durables dans le temps, car on construit ainsi une gouvernance qui est adaptée aux besoins de société.

De cette façon, on met de l’avant une approche plus horizontale, et on utilise l’expertise citoyenne provenant de l’expérience terrain. Si les gens se sentent inclus lorsqu’on élabore des politiques, ils seront plus enclins à emboiter le pas des changements.

Les changements climatiques nous obligent à revoir notre conception de bien-être, individuel et collectif. C’est vraiment profond comme changement, ce qu’on doit faire, et c’est difficile.

Je vois beaucoup de cynisme, de la part des médias entre autres, face aux cibles récemment annoncées. Certains disent que ce ne sera pas atteignable. Très bien! Mais au lieu de dire que ce n’est pas atteignable, pourquoi on ne se demande pas comment on pourrait faire pour s’approcher de ces cibles ambitieuses?

Quelles sont les barrières à cette adaptation?

C’est certain que le financement est une barrière considérable. Si on est sérieux et qu’on souhaite développer une société sobre en carbone, aucun doute que cela coûtera cher. Mais le coût sera bien moins élevé si on agit maintenant que dans quelques années, lorsqu’il sera trop tard.

À l’heure actuelle, on constate que plusieurs de nos élus sont conscients des changements, mais peut-être pas suffisamment sensibilisés aux impacts à moyen et long termes. C’est encore la pensée électoraliste qui domine. On va changer quelques petites choses à court terme, et ce sera suffisant sur papier.

La pandémie nous a offert un bel apprentissage : en période de crise, le gouvernement dispose des leviers nécessaires pour faire de véritables changements. Il faut que les gouvernements réalisent que la crise climatique est une crise de bien plus grande ampleur que celle de la COVID, sur le long terme.

On ne peut plus avancer au jour le jour, on doit mettre fin à cette pensée électoraliste et planifier sur plusieurs années et surtout, sur plusieurs changements de gouvernement. Il va falloir que les élus se mouillent et prennent des décisions qui ne feront pas l’unanimité, mais qui feront une véritable différence.

Un Québec carboneutre, une utopie?

Je ne pense pas que c’est utopique, mais bien une nécessité. On dit souvent que le Québec fait bonne figure en Amérique du Nord, mais lorsqu’on regarde à l’échelle mondiale, on constate que nous sommes encore loin derrière. N’oublions pas que nous avons une capacité sur le plan énergétique de réduire nos émissions et de nous adapter. La juste de part du Québec ne serait pas seulement d’atteindre la carboneutralité, mais d’atteindre un bilan négatif et même d’aider les autres pays à s’adapter à réduire leurs émissions. On a cette responsabilité-là pour les générations futures.

Ce sujet a piqué votre curiosité?
Le colloque Les changements climatiques au Québec : pour une gouvernance décloisonnée et cohérente, pour lequel la professeure Annie Chaloux est responsable, sera présenté dans le cadre du prochain congrès annuel de l’Acfas, plus grand rassemblement multidisciplinaire du savoir et de la recherche de la francophonie, qui se tiendra du 3 au 7 mai 2021.