Aller au contenu

Finaliste aux Découvertes de l’année 2018 de Québec Science

Léon Sanche, ou le feu sacré de la recherche fondamentale

Léon Sanche est professeur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé et chercheur au Centre de recherche du CHUS
Léon Sanche est professeur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé et chercheur au Centre de recherche du CHUS
Photo : Martin Blache

Pourquoi le ciel est-il bleu? Comment fait-on pour insérer une voix dans un poste de radio? De quoi est composé l’air qu’on respire? D’aussi loin qu’il s’en souvienne, le professeur Léon Sanche s’est toujours ingénié à percer les mystères du monde physique qui l'entoure. À peine avait-il franchi le cap de la petite enfance que, déjà, il se questionnait sur les principes fondamentaux de la vie sur Terre. Récemment nommé finaliste au concours Découvertes de l’année 2018 du magazine Québec Science, ce chercheur émérite se distingue par son infatigable quête du savoir. Rencontre avec le feu sacré de la recherche fondamentale.

Léon Sanche est professeur à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke et chercheur au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS). Figurant parmi les 10 finalistes des Découvertes de l’année 2018 pour ses travaux portant sur les électrons de basse énergie, celui qui a consacré sa vie à la recherche fondamentale nous explique l’origine de sa passion pour la science : « Certaines personnes sont venues au monde pour faire certaines choses. Pour moi, ça s’est manifesté vers 4 ou 5 ans. Ce dont je me souviens, c’est que je me posais des questions sur les choses que je voyais. Je voulais comprendre. C’était vraiment une vocation! »

Le professeur Sanche se revoit, haut comme trois pommes, dans le salon chez sa grand-mère, complètement subjugué par la colonne de poussière qui flotte comme par magie dans le jet de lumière pénétrant la fenêtre. « Je me demandais pourquoi je la voyais seulement dans les rayons lumineux, relate le professeur. Je voulais savoir pourquoi c’était comme ça. Mais les vraies réponses me sont venues beaucoup plus tard, il a fallu que j’attende longtemps! J’étais très curieux de ces phénomènes. »

Du jeu Meccano au labo

Enfant, Léon Sanche passait des heures à construire des modèles Meccano, un jeu qu’il préférait de loin aux devoirs et aux leçons. Celui qui s’était montré réfractaire aux efforts scolaires durant tout son primaire comprit à 11 ans que la persévérance était payante. « Je n’étais pas bon à l’école, raconte le chercheur. J’étais dans le dernier tiers de la classe. Je n’étais pas vraiment intéressé. Un jour, mon père et moi avons conclu un pacte : si je devenais premier de classe, il m’achetait le jeu Meccano numéro 10. Moi, je voulais le numéro 10, c’était le maximum qu’on pouvait aller. Mais c’était hors de prix! » Quelques mois de travail acharné auront suffi pour que le jeune Léon devienne premier de classe. Du coup, il prenait conscience de son immense potentiel et de sa ténacité innée. « C’est beau de vouloir réaliser ses idées, d’avoir une orientation au départ, dit-il, mais après, il faut travailler fort pour arriver à quelque chose. »

Cette leçon paternelle lui a certes insufflé le goût de l’effort. Vers l’âge de 20 ans, Léon Sanche faisait ses premières armes dans un travail de laboratoire durant l’été. Il était alors étudiant au baccalauréat en sciences, à l’Université Laval. Il raconte avoir vécu l’un des moments les plus marquants de sa vie professionnelle. « Cet emploi m’a beaucoup aidé, se souvient-il. Ça m’a donné des connaissances et de l’expérience en laboratoire. »

Peu de temps après, alors qu’il poursuivait son doctorat à l’Université Yale, on lui offrait un poste de professeur à l’Université de Sherbrooke. Le projet pour lequel on l'avait embauché, lié à la médecine nucléaire, ne recevra pas le financement espéré. Or le jeune chercheur n’allait pas jeter l’éponge aussi facilement. « Je voulais faire surtout de la recherche. Je me suis demandé s’il y avait d’autres projets que je pouvais faire dans un département de médecine nucléaire et radiobiologie. À partir d’un petit calcul, j’ai compris que la radiation, ça produit de grandes quantités d’électrons secondaires, dont la plupart ont une énergie faible. Les connaissances acquises au niveau de mon Ph. D. étaient un bon départ pour développer le domaine de la radiobiologie et les applications à la radiothérapie. »

À la découverte des effets des électrons de basse énergie

Le domaine de recherche du professeur Sanche porte sur les électrons de basse énergie. Il étudie les interactions de ces particules depuis plus de 40 ans. Son objectif : mieux comprendre leurs effets sur divers matériaux, comme l’ADN. Ultimement, ses travaux aident à expliquer certains phénomènes – comme l’origine de la vie sur Terre – et rendent possible la mise au point de procédés novateurs – par exemple, dans l’élaboration de traitements plus efficaces contre le cancer.

Même si bien des années s’écouleront avant que les électrons de basse énergie soient appliqués systématiquement à la médecine, le physicien reconnait la portée de sa contribution à la science :

Notre groupe a ouvert un nouveau domaine de recherche, et il a fallu construire des appareils à partir de zéro, relate le professeur. D’autres chercheurs avaient réalisé, par des calculs théoriques, que les électrons secondaires étaient importants pour la radiobiologie et la radiothérapie. Personne ne l’avait démontré expérimentalement. Notre laboratoire a été le premier à construire la technologie permettant de voir comment les électrons de basse énergie interagissaient avec la matière condensée.

L’effet euphorisant des découvertes scientifiques

Quand on demande au professeur Sanche d’énumérer les moments forts de sa carrière, un dénominateur commun surgit de ses récits : l’effet enivrant de la découverte scientifique. « Ça fait longtemps que je devrais être à la retraite, mais je suis pris avec ça!, fait remarquer le physicien, l’œil rieur. C’est une flamme qu’on a, nous, les chercheurs. C’est une vraie drogue, ça te donne un boost qui est physiologique, biochimique. »

Or une découverte, ça se construit, précise-t-il. En effet, contrairement à ce que l’on peut penser, la plupart des découvertes scientifiques ne sont pas instantanées. Il y a tout un travail de contrevérification de données à réaliser avant de crier « eurêka! ». Bien souvent, c’est un écart anormal dans les résultats qui met le scientifique sur une piste. « À un moment donné, tu te dis que ça y est, c’est ça! Et là, tu sautes au plafond! », poursuit le scientifique.

Quel avenir peut-on envisager pour la recherche fondamentale? Le professeur Sanche se montre très optimiste :

Même une compagnie comme IBM, dont le but premier est de générer des profits, sait que ce qui est payant, c’est d’avoir une grosse idée avec laquelle on est en mesure d’aller beaucoup plus loin. […] Si j’avais un message à transmettre aux jeunes qui veulent faire de la recherche fondamentale, je leur dirais de ne pas se décourager! Il faut faire preuve de patience en recherche fondamentale. Le nerf de la guerre, c’est le financement. Pour obtenir des fonds substantiels, il faut souvent démontrer que ses recherches sont applicables et, éventuellement, les mettre en application.

Recherche fondamentale et recherche appliquée, quelle est la différence?
La recherche fondamentale vise l’acquisition de nouvelles connaissances et la découverte de nouveaux phénomènes, sans but pratique spécifique. Elle consiste en travaux expérimentaux et théoriques. Quant à la recherche appliquée, son objectif est de faire le pont entre une ou plusieurs découvertes fondamentales et leurs utilisations au quotidien. À titre d’exemple, les travaux du professeur Sanche portant sur les électrons de basse énergie relèvent de la recherche fondamentale, mais l’utilisation de ses découvertes dans la mise au point de traitements plus efficaces contre le cancer relève de la recherche appliquée. Par ailleurs, au cours des 10 dernières années, Léon Sanche a mené plusieurs projets visant à mettre en application de nouveaux principes fondamentaux en radiothérapie.

À propos de Léon Sanche
Le professeur Léon Sanche est chercheur à l’Université de Sherbrooke depuis 1972, au Département de médecine nucléaire et radiobiologie. Son travail portant sur les électrons de basse énergie a fait l’objet de près de 500 publications, et sa contribution dans l’avancement de la science lui a valu de prestigieuses distinctions, dont celle de Chercheur émérite du Conseil de recherches médicales du Canada. En 2001, il devenait titulaire de la Chaire de recherche du Canada en science des radiations. Plus récemment, il s’est classé parmi les 10 finalistes du concours Découvertes de l’année tenu par le magazine Québec Science. Au cours de ses 47 années à l’Université de Sherbrooke, le professeur Sanche a formé près d'une centaine d’étudiantes et d’étudiants diplômés et de niveau postdoctoral, dont plusieurs dans un contexte de collaboration internationale.  


Informations complémentaires