Recherche interdisciplinaire en robotique humaine
Penser la robotique à hauteur humaine
Photo : Michel Caron - UdeS
Penser la robotique à hauteur humaine : c’est le fil conducteur des travaux de Catherine Véronneau, professeure en génie mécanique et chercheuse au 3IT de l’Université de Sherbrooke. À la croisée du génie, de la santé et des sciences fondamentales, elle développe des technologies robotiques capables de s’adapter aux gestes, aux besoins et aux limites des personnes, que ce soit en réadaptation, en agriculture ou dans la vie quotidienne. Portrait d’une chercheuse pour qui la performance technologique n’a de sens que lorsqu’elle accompagne l’humain avec justesse.
À l’Institut interdisciplinaire d’innovation technologique (3IT) de l’Université de Sherbrooke, la professeure Catherine Véronneau conçoit une robotique tournée vers l’humain et les environnements réels. À la croisée du génie, de la médecine et des sciences fondamentales, ses travaux incarnent la mission du 3IT : faire émerger une recherche interdisciplinaire de calibre international, ancrée dans l’excellence, la créativité et l’engagement.
Quand elle parle de robotique, elle commence par une intention : comprendre le geste humain, ses limites, ses possibilités, et la façon dont la mécanique peut l’accompagner avec justesse.
Au 3IT, cet esprit trouve un terrain naturel. Ici, la robotique se construit dans le dialogue constant entre disciplines, recherche fondamentale, ingénierie et santé. Une approche qui rejoint pleinement la vision du centre : faire avancer les connaissances en technologie de pointe, avec un rayonnement qui dépasse les frontières.
Ce qui m’intéresse, ce n’est pas que la machine fasse tout à la place de l’humain, mais qu’elle l’aide au bon moment, de la bonne façon.
Professeure Catherine Véronneau
Une philosophie de recherche fondée sur l’équilibre
La recherche de la professeure Véronneau repose sur une conviction forte : la robotique la plus performante est celle qui sait s’effacer partiellement. Celle qui s’adapte aux personnes, plutôt que de leur imposer un fonctionnement.
Photo : Michel Caron - UdeS
Exosquelettes, robotique portative, bras robotisés surnuméraires : ses projets explorent tous les mêmes questions fondamentales. Comment détecter l’intention humaine ? Comment offrir une assistance modulable, personnalisée, évolutive ? Où se situe le juste milieu entre autonomie humaine et soutien technologique ?
Pour illustrer cet équilibre, la professeure Véronneau aime faire le parallèle avec le vélo à assistance électrique. Sans assistance, tout repose sur l’effort humain. Avec trop d’assistance, l’humain disparaît. Entre les deux, un espace subtil, difficile à maîtriser, mais riche en potentiel. C’est précisément dans cet espace que s’inscrit sa recherche. Imaginez un vélo capable d’ajuster son assistance selon la personne, de son niveau de fatigue, de ses pathologies, de sa progression au fil des séances, etc.
Sortir la robotique des environnements idéaux
Au 3IT, la recherche embrasse volontairement la complexité du monde réel.
C’est le cas en agriculture, où la professeure Véronneau participe à un projet de robotisation de la taille des sapins de Noël. Un travail physique exigeant, répétitif, effectué dans des conditions variables, et devenu difficile à confier à une main-d’œuvre suffisamment abondante.
L’agriculture, ce n’est jamais droit comme une usine. Chaque arbre est différent. Chaque terrain aussi.
Professeure Catherine Véronneau
Photo : Michel Caron - UdeS
Pour la professeure Véronneau, ces contraintes sont des leviers d’innovation. Elles forcent la robotique à devenir plus intelligente, plus adaptable, et ultimement plus pertinente.
Quand le génie rencontre la santé
L’un des projets les plus structurants de sa programmation de recherche se situe à l’interface du génie et de la médecine, un espace cher au 3IT.
En collaboration avec le Centre de recherche sur le vieillissement de la Faculté de médecine et des sciences de la santé, la professeure Véronneau développe un bras robotisé monté sur chaise pour la réadaptation post‑AVC. L’objectif est d’offrir une assistance évolutive, capable de s’ajuster en temps réel à la personne.
Grâce à l’intégration d’embrayages magnétorhéologiques, le dispositif pourrait répondre finement à l’effort, à la fatigue ou à la progression du patient.
On sait que cette technologie peut s’adapter à l’humain. Ce qu’on veut maintenant, c’est le démontrer en interaction directe, en temps réel.
Professeure Catherine Véronneau
Engagement, créativité et réponse aux besoins réels
Cette posture engagée s’est aussi manifestée dans un contexte d’urgence. Pendant la pandémie, la professeure Véronneau et une équipe étudiante ont développé en quelques semaines un prototype de respirateur artificiel basé sur la technologie magnétorhéologique.
Ce qui devait être une réponse rapide est devenu, avec le temps, un véritable programme de recherche, aujourd’hui rendu aux études cliniques. Une illustration éloquente de la créativité et de l’engagement qui traversent les projets menés au 3IT.
Former autrement, ensemble
Au quotidien, la professeure Véronneau apprécie l’écosystème du 3IT : la proximité avec les étudiantes et étudiants, la cohabitation des disciplines, les échanges spontanés qui nourrissent les idées.
Elle croit profondément que la recherche de classe mondiale repose aussi sur la manière de former la relève. En enseignement, son approche est simple, mais exigeante : viser la compréhension réelle.
Peu importe le temps que ça prend, je veux que les étudiantes et les étudiants comprennent. Je veux qu’il y ait une étincelle.
Professeure Catherine Véronneau
Très active dans sa vie personnelle, adepte de plein air et de CrossFit, elle voit un prolongement naturel entre ses intérêts et ses travaux en réadaptation et en performance humaine.
Au 3IT, la robotique qu’elle développe est un moyen d’élargir ce que les humains peuvent faire, d’accompagner les transformations de la société et de contribuer, collectivement, à un écosystème de recherche inclusif, créatif et résolument tourné vers l’avenir.