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Jessica Rassy : exercer, diriger, influencer…avec rigueur et humanisme

Derrière chaque parcours inspirant se cache une histoire riche de défis, d’engagement et de passion. À l’occasion de la Semaine internationale des infirmières et des infirmiers, le Comité des communications de l’École des sciences infirmières (ÉSI) vous invite à découvrir celle de la Pre Jessica Rassy.

Derrière chaque parcours inspirant se cache une histoire riche de défis, d’engagement et de passion. À l’occasion de la Semaine internationale des infirmières et des infirmiers, le Comité des communications de l’École des sciences infirmières (ÉSI) vous invite à découvrir celle de la Pre Jessica Rassy.


Photo : Fournie

Depuis un an, elle cumule les rôles de vice-doyenne aux sciences infirmières à la Faculté de médecine et des sciences de la santé ainsi que de directrice de l’ÉSI. Mais au-delà de ses fonctions, c’est aussi une femme aux multiples facettes qui se dévoile : gestionnaire, chercheure, enseignante, mais aussi mère, conjointe, fille et amie.

Qui est-elle au-delà des titres ? Pour le découvrir, le Pr Didier Mailhot-Bisson lui a posé une série de questions. Plongez dans la vision d’une professeure en sciences infirmières qui inspire.

Cela fait maintenant un an que vous êtes vice-doyenne aux sciences infirmières. Quel regard portez-vous sur cette première année?

Cette première année a été intense, mais surtout extrêmement riche. Elle m’a permis de clarifier rapidement une priorité centrale : la santé organisationnelle. Dans un contexte de forte pression sur le système de la santé, la qualité des soins et de la formation est directement liée au contexte dans lequel les équipes évoluent. J’ai aussi été marquée par la force du collectif — l’engagement des équipes, la volonté de faire évoluer les choses. C’est ce qui donne du sens à ce rôle.

Pre Rassy avec plusieurs membres de l’équipe de l’ÉSI lors d’une retraite au centre de villégiature Jouvence. La santé organisationnelle est au centre de ses actions.

Pre Rassy avec plusieurs membres de l’équipe de l’ÉSI lors d’une retraite au centre de villégiature Jouvence. La santé organisationnelle est au centre de ses actions.


Photo : Fournie

Y a-t-il un moment ou une décision qui a défini votre début de mandat?

Plutôt qu’un moment précis, je dirais que c’est une posture que j’ai choisie dès le départ : celle d’un leadership ancré dans l’écoute, mais aussi dans la clarté et la rigueur. Nommer les priorités, structurer les façons de faire, tout en restant proche des réalités du terrain, ça a été déterminant.

Qu’est-ce qui vous a motivée à faire le saut vers un rôle de gestion à ce stade de votre carrière?

Le désir d’avoir un impact plus large. Comme chercheuse et professeure, on agit déjà sur la formation et les connaissances. Mais la gestion permet d’agir aussi sur les leviers organisationnels, sur le contexte dans lequel ces connaissances prennent vie. C’est cette possibilité d’influence à un autre niveau qui m’a motivée.

Être une jeune gestionnaire dans un milieu exigeant comporte des défis. Lesquels vous ont le plus surprise?

La complexité des équilibres à maintenir. Il faut prendre des décisions dans des contextes parfois contraints, avec des attentes multiples, tout en gardant le cap sur la qualité. J’ai aussi constaté qu’il faut parfois déconstruire certaines perceptions avant d’aller plus loin. Mais au final, ce qui s’impose, c’est la cohérence, la crédibilité et la constance dans les actions.

La reconnaissance, la bienveillance ainsi qu’une communication claire et transparente, des principes phares du leadership de Pre Rassy.

La reconnaissance, la bienveillance ainsi qu’une communication claire et transparente, des principes phares du leadership de Pre Rassy.


Photo : Fournie

Comment avez-vous trouvé votre posture de leadership?

Elle s’est construite dans l’action, mais toujours autour d’un principe clé : conjuguer bienveillance et rigueur.
La bienveillance, c’est reconnaître les réalités, écouter, comprendre.
La rigueur, c’est assurer la qualité, structurer les actions et maintenir des standards élevés. Les deux sont indissociables.

Pre Rassy, ici avec Luc Mathieu (Président de l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec) et Pr. Jérôme Gauvin-Levage (vice-doyen aux études, à la vie étudiante et aux relations internationales) ainsi que plusieurs membres et collaborateurs de son équipe de direction.

Pre Rassy, ici avec Luc Mathieu (Président de l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec) et Pr. Jérôme Gauvin-Levage (vice-doyen aux études, à la vie étudiante et aux relations internationales) ainsi que plusieurs membres et collaborateurs de son équipe de direction.


Photo : Fournie

Votre recherche porte sur la prévention du suicide chez les jeunes. Comment maintenez-vous cet engagement?

La recherche demeure un ancrage fondamental. Elle nourrit ma façon de réfléchir, de structurer les enjeux et de prendre des décisions. Je vois une grande complémentarité entre recherche et gestion : les enjeux que j’étudie — coordination des soins, complexité des trajectoires, rôle des équipes — sont les mêmes que ceux que je retrouve dans mes fonctions administratives.

En quoi votre posture de chercheuse influence-t-elle votre gestion?

Elle m’amène à m’appuyer sur des résultats probants, à poser un regard critique et à garder une vision systémique.
Cela renforce la rigueur dans les décisions et permet de mieux arrimer les actions aux besoins réels du terrain.

Vous êtes également maman d’une jeune enfant. Comment conciliez-vous vos responsabilités professionnelles et votre vie familiale?

La maternité m’a amenée à revoir profondément ma gestion du temps et de l’énergie. Elle m’a appris à aller à l’essentiel, à faire des choix plus alignés et à accepter qu’on ne peut pas tout faire parfaitement.
Ce n’est pas un équilibre statique, c’est un ajustement constant.

La maternité influence-t-elle votre leadership?

Absolument. Elle renforce ma sensibilité aux réalités des équipes et l’importance de créer des contextes de travail qui permettent de durer. Elle m’a aussi appris la compassion — envers moi-même et envers les autres — tout en maintenant un cadre clair. C’est un équilibre que je cherche à transposer dans mon rôle.

La recherche de l’équilibre pour Pre Rassy, c’est prioriser sa famille mais aussi sa passion pour les voyages.

La recherche de l’équilibre pour Pre Rassy, c’est prioriser sa famille mais aussi sa passion pour les voyages.


Photo : Fournie

Quelle est votre vision pour l’École des sciences infirmières dans les prochaines années?

Je souhaite une École forte, innovante et influente, capable de former des professionnelles et professionnels compétents, critiques et engagés. Cela passe par une formation exigeante, une intégration accrue des savoirs scientifiques à la pratique, et des liens encore plus étroits avec les milieux cliniques.

Quels sont les grands défis de la formation infirmière aujourd’hui?

Former pour la complexité. Les contextes de soins évoluent rapidement, et la formation doit préparer à cette réalité. Cela implique aussi de soutenir les équipes, de repenser certaines approches pédagogiques et de s’assurer que le contexte d’apprentissage permet réellement de développer les compétences attendues.

Comment voyez-vous évoluer la profession infirmière au Québec?

Nous sommes à un moment charnière. La profession doit continuer à affirmer son expertise et à prendre sa place dans les espaces décisionnels. Le pouvoir politique des infirmières est essentiel : il faut être présentes là où les décisions se prennent, influencer les orientations et contribuer activement aux transformations du système.

Quel rôle les milieux universitaires peuvent-ils jouer dans ces transformations?

Un rôle central. Former, produire des connaissances, mais aussi influencer les pratiques et les politiques.
Les milieux universitaires doivent être des lieux d’innovation, mais aussi d’engagement dans les débats qui façonnent le système de santé.

Pourquoi est-il important pour vous de vous engager dans ces espaces d’influence?

Parce que les décisions prises ont un impact direct sur les soins, sur les équipes et sur la population.
Les sciences infirmières ont une expertise unique à apporter, et il est essentiel qu’elle soit entendue et prise en compte.

En conclusion, quel message souhaitez-vous porter à la relève infirmière?

Osez prendre votre place. Votre expertise est réelle, votre regard est précieux.
Mais prenez aussi soin de vous. La bienveillance et la compassion ne doivent pas être dirigées uniquement vers les autres — elles sont essentielles pour durer dans la profession.

Et si vous aviez un souhait pour l’avenir des sciences infirmières?

Que nous continuions à avancer avec rigueur et humanisme.
Que nous soyons capables de créer des contextes organisationnels qui soutiennent la qualité, et que nous ayons l’audace collective d’influencer les décisions qui façonnent notre système de santé.