Talents d’ici et d’ailleurs
Du monde à Sherbrooke : quand la curiosité mène à l’innovation au 3IT
Photo : Michel Caron - UdeS
Venue d’Iran en passant par plusieurs disciplines et institutions de renom, la professeure Nooshin Karami incarne ces profils curieux, hybrides et résolument tournés vers le concret qui façonnent l’identité de l’institut interdisciplinaire en innovation technologique (3IT). À travers son parcours atypique, c’est toute une manière de penser la recherche et l’innovation qui se révèle : interdisciplinaire, humaine et ancrée dans les besoins réels.
Quand la professeure Nooshin Karami parle de son parcours, un mot revient souvent : curiosité. Une curiosité intellectuelle insatiable, assumée, qui l’a menée d’un pays à l’autre, d’un champ disciplinaire à un autre, et qui l’a finalement conduite au 3IT.
Un parcours interdisciplinaire guidé par la curiosité
Originaire d’Iran, la professeure Nooshin entame sa formation en génie chimique, où elle complète un baccalauréat puis une maîtrise. Déjà, elle s’intéresse à des applications concrètes, notamment à la microfluidique appliquée au refroidissement de cellules solaires. Mais loin de se cantonner à un seul domaine, elle poursuit son doctorat à Sherbrooke, au 3IT, cette fois en croisant génie chimique et thermofluidique. Une trajectoire atypique, parfois qualifiée de « compliquée », qu’elle revendique pourtant avec le sourire : « Je n’aime pas me répéter. J’aime apprendre et faire des choses nouvelles. »
Photo : Michel Caron - UdeS
Après son doctorat, elle effectue un postdoctorat à l’Université McGill, dans le domaine du génie biomédical. Encore un changement de cap, mais toujours le même fil conducteur : utiliser les microtechnologies pour répondre à des besoins réels. C’est là qu’elle travaille notamment sur des dispositifs microfluidiques destinés à la santé, comme des tests rapides, y compris pour la COVID-19.
Quand la chaleur devient un moteur d’innovation
Aujourd’hui professeure en génie mécanique et chercheuse au 3IT, elle incarne parfaitement la particularité des profils qui rejoignent l’institut : des personnes aux parcours internationaux, interdisciplinaires et profondément ancrés dans le concret. Sa recherche porte principalement sur le développement de micromoteurs thermiques capables de récupérer la chaleur ambiante pour produire de l’énergie à l’échelle micro. L’objectif? Alimenter des capteurs sans fil utilisés dans l’Internet des objets (IoT), sans dépendre de batteries à durée de vie limitée.
Photo : Michel Caron - UdeS
« La chaleur est partout », explique-t-elle, simplement. Pourquoi ne pas l’utiliser directement pour rendre les systèmes plus autonomes et durables? La même logique s’applique à d’autres projets, comme le développement de micropompes entraînées par la chaleur résiduelle, notamment pour le refroidissement liquide des centres de données, un enjeu majeur à l’ère de l’IA et du calcul haute performance.
Sortir de sa zone de confort pour se retrouver
Au 3IT, les idées ne restent pas confinées aux laboratoires. « On ne crée pas un problème pour ensuite le résoudre. Le problème existe déjà », résume-t-elle. Les projets démarrent au stade de la conception, sont testés en laboratoire, puis évoluent vers des applications industrielles concrètes, grâce aux subventions et aux collaborations avec d’autres chercheurs et des partenaires industriels.
C’est d’ailleurs l’une des grandes forces du 3IT selon elle : la capacité de passer de l’idée au produit final dans un même écosystème. Les équipements, les expertises et la culture de collaboration permettent d’aller vite, loin, et ensemble. « C’est rare de trouver un milieu qui offre tout ça au même endroit », souligne-t-elle, en comparant avec son expérience dans d’autres universités de renommée internationale.
Photo : Michel Caron - UdeS
Mais au-delà de la technologie, la professeure Nooshin Karami insiste sur l’aspect humain. Les bureaux ouverts, les échanges spontanés, les projets montés en équipe, la facilité à créer des synergies entre disciplines : autant d’éléments qui favorisent l’innovation. Elle collabore aujourd’hui avec plusieurs professeurs en génie mécanique et biomédical, et demeure ouverte à de nouvelles alliances.
Son intégration à Sherbrooke n’a cependant pas été sans défis. Arrivée en 2018, elle ne parlait pas français, faisait face à un nouvel environnement culturel et à l’hiver québécois. Grâce aux cours de français offerts par l’Université de Sherbrooke et à un milieu accueillant, elle a peu à peu trouvé sa place. « Je crois que la zone de confort n’existe pas pour moi », confie-t-elle. Et c’est justement ce qu’elle souhaite transmettre aux étudiantes et étudiants : oser sortir des sentiers battus, prendre des risques, explorer d’autres disciplines.
À travers le parcours de professeure Nooshin Karami, c’est toute la philosophie du 3IT qui se dessine : attirer des talents issus de diverses nationalités et cultures, valoriser les profils hybrides, encourager la curiosité et transformer la recherche en solutions concrètes pour la société.