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Pr Jean-François Pratte : former la relève scientifique de demain

Photo : François Lafrance

Jean-François Pratte est un chercheur au 3IT passionné qui contribue à sa façon à l’avancement scientifique dans le domaine des capteurs de photons. Partez à la rencontre du Pr Pratte, ayant à coeur la formation de la relève scientifique, et professeur à la Faculté de génie au Département de génie électrique et de génie informatique à l’UdeS.

Formation aux études supérieures

2008 – Doctorat en génie électrique à l’Université de Sherbrooke en cotutelle au US Département of Energie aux États-Unis au Brookhaven National Lab.

Alors que Jean-François était ingénieur-chercheur au Brookhaven National Lab, un des projets auquel il a participé fut le sujet de sa thèse de doctorat à l’UdeS

2002 – Maîtrise en génie électrique à l’Université de Sherbrooke
1999 – Baccalauréat en génie électrique l’Université de Sherbrooke

Année d’arrivée au 3IT  Depuis l’ouverture du 3IT


Quel est votre mandat actuel au 3IT?

Mon équipe et moi développons une nouvelle technologie de capteurs. Je collabore entre autres avec le Pr Serge Charlebois. Au départ, il s’agissait de capteurs pour le domaine de l’imagerie médicale. Pendant l’évolution du projet, nous nous sommes rendu compte qu’il y avait un intérêt pour ces capteurs dans d’autres domaines connexes, comme la physique des particules, l’astrophysique et les communications quantiques.

L'ordinateur quantique pourra décrypter l'information en temps réel, donc il sera en mesure de voir toutes les informations bancaires, gouvernementales et militaires qui transitent par les réseaux. Nous travaillons dès maintenant à développer des méthodes de communication sécurisées à partir de nos capteurs afin d’être prêts pour l’arrivée de l’ordinateur quantique.


Comment la philosophie du 3IT vous rejoint-elle?

Je vois le 3IT comme un gros carré de sable pour m’amuser, rempli de jouets qui sont des outils et des équipements à la fine pointe! Ce modèle d’institut ouvert permet d’avoir accès à un réseau incroyable de ressources. Le 3IT, ce n’est pas seulement des infrastructures, mais c’est aussi un réseau de spécialistes compétents, composé entre autres de personnes techniciennes, professionnelles de recherche et d’ingénieures. Nous sommes très chanceux de pouvoir compter sur elles pour l’avancement de nos travaux.

Un autre élément du 3IT qui m’inspire beaucoup, c’est l’aspect collaboratif avec les bureaux à aires ouvertes et l’esprit d’entraide entre la communauté étudiante et le corps professoral. Le 3IT, c’est vraiment la définition d’une science ouverte.

Pr Jean-François Pratte

Comment l’interdisciplinarité se manifeste-t-elle dans votre recherche actuelle?

Pr Jean-François Pratte est membre du groupe de recherche en appareillage médical de Sherbrooke (GRAMS), un groupe de recherche dynamique basé au 3IT.
Pr Jean-François Pratte est membre du groupe de recherche en appareillage médical de Sherbrooke (GRAMS), un groupe de recherche dynamique basé au 3IT.
Photo : Fournie

En travaillant pour le gouvernement américain dans un grand laboratoire, j’ai été tout de suite exposé à d’importantes (et même d’imposantes!) collaborations. Les projets de recherche n’étaient pas réalisés par un professeur isolé dans son laboratoire, avec son groupe étudiant. Il s’agissait plutôt de plusieurs experts de disciplines variées, qui travaillaient ensemble pour élaborer des solutions en utilisant la science. J’ai évolué dans cette vision-là, où le travail d’équipe et la collaboration sont essentiels à la réussite d’un projet.

Y a-t-il une personne qui vous inspire, qui a influencé le professionnel que vous êtes devenu?

Oui, c’est définitivement Pavel Rehak, un chercheur tchèque, que j’ai rencontré lors de mon doctorat à Brookhaven Lab. Pavel, doué d’une intelligence incroyable, parlait couramment 7 langues et avait deux doctorats.

Moi, qui étais un jeune étudiant au doctorat, savais que de l’autre côté de mon bureau, se trouvait une grande sommité en science. Un jour, il m’a dit une phrase qui m’a marqué, et que j’utilise encore aujourd’hui quand j’enseigne. Quand j’arrivais dans son bureau, souvent je lui disais : « Pavel, j’ai une question stupide pour toi... » Et lui, il me répondait : « Ah, Jean-François, il n’y a pas de questions stupides, mais seulement des réponses stupides; c’est moi qui ai le fardeau de te répondre correctement. »

Cette mentalité m’a grandement influencé. J’ai toujours porté une attention particulière pour que mes étudiants et mes étudiantes soient à l’aise de poser des questions. Je désire implanter une relation de travail égalitaire, sans frontière et sans hiérarchie afin de favoriser la communication libre, et ce, sans craindre le jugement.


À quand remonte la découverte de votre intérêt/passion pour la science?

Depuis mon enfance. À l’école, j’ai toujours eu de l’intérêt et de la facilité pour les mathématiques, la science, la technologie et l’informatique, etc.

Quand j’ai cherché la maîtrise que j’allais faire, j’ai discuté avec plusieurs chercheurs afin d’évaluer mes options. J’ai rencontré, entre autres, le Pr Roger Lecomte au CIUSSS de l’Estrie-CHUS, un grand scientifique qui a grandement contribué au domaine de l’imagerie médicale.

Il m’a alors amené dans la salle de contrôle des scanneurs. J’ai eu la chance de voir l’image d’un patient, avec plusieurs taches noires dans son corps. J’étais d’abord obnubilé de pouvoir voir comme cela à l’intérieur d’un patient. Mais, j’ai réalisé assez rapidement que ce patient était très mal en point étant donné la quantité de tumeurs qu’on pouvait apercevoir dans son corps. Ce moment a été déclencheur pour moi : c’était décidé, je voulais me diriger vers l’imagerie pour contribuer à l’avancement de la société.


Quelle habitude vous caractérise en laboratoire, en tant que chercheur?

Le Pr Jean-François Pratte a reçu le prix 2018 Radiation Instrumentation Early Career Award, lors de la conférence annuelle sur les sciences nucléaires et l’imagerie médicale IEEE Nuclear Science Symposium and Medical Imaging Conference.
Le Pr Jean-François Pratte a reçu le prix 2018 Radiation Instrumentation Early Career Award, lors de la conférence annuelle sur les sciences nucléaires et l’imagerie médicale IEEE Nuclear Science Symposium and Medical Imaging Conference.
Photo : Fournie

D’abord, je pense que l’esprit d’équipe est vraiment une de mes forces. Je ne crois pas à un seul chercheur dans son laboratoire, mais plutôt à la collaboration au sein d’une équipe. Par exemple, quand je recrute des étudiants et des étudiantes, je m’assure que la personne intègrera bien notre équipe. Je cherche des gens dynamiques, qui vont s’entraider et collaborer avec leurs collègues.

De plus, c’est important pour moi de développer, oui le savoir, mais aussi le savoir-être et le savoir-faire des personnes étudiantes que j’encadre. Par exemple, je désire inculquer des valeurs humaines, dont comment on se comporte dans une conférence scientifique ou bien comment on réalise une bonne présentation qui prend en compte le public cible. Plusieurs de mes étudiants gagnent des prix en conférence, et ils peuvent en être fiers, car nous les amenons à se dépasser.

Au GRAMS, nous sommes des gens pas sérieux qui font des choses sérieuses.

Caroline Paulin, technicienne en électronique au 3IT

Ça décrit l’ambiance de travail de mes collègues et moi au quotidien. Ça me représente bien!


Anecdote, fait cocasse professionnel?

Le circuit intégré, intitulé « Clos man », qui fait un clin d'oeil avec l'anecdote du Pr Jean-François Pratte.
Le circuit intégré, intitulé « Clos man », qui fait un clin d'oeil avec l'anecdote du Pr Jean-François Pratte.
Photo : Fournie

J’ai une passion, depuis mon enfance, pour les véhicules. Je suis encore triste que ma mère ait donné ma collection de Hot Wheels [rire]. Il m'est arrivé de considérer un changement de carrière et de devenir foreur-dynamiteur ou conducteur d’une pompe à béton.

Une journée d’hiver, je devais déplacer l’auto de ma blonde pour déneiger l’entrée. J’ai déplacé l’auto sans dégivrer la vitre arrière, et puisque j’habite en campagne, je suis « tombé dans le clos ». J’ai pris mon propre camion pour sortir la voiture. Moi qui suis un grand livre ouvert, j’ai raconté cette péripétie à mon groupe de recherche. Voilà le résultat : ils ont réalisé un circuit intégré de 100 microns (à peu près 4 cheveux de large par 1 cheveu et ½ de haut) de moi qui essaie de sortir, non pas la voiture, mais bien mon camion avec la voiture de ma blonde. Cette œuvre a donné naissance à « Clos Man », un personnage mythique maintenant présent dans tous les circuits intégrés réalisés pour l’équipe.


Quel « impact » désirez-vous générer en société à titre de chercheur?

Je pense que c’est la formation de la relève étudiante qui représente ma plus grande contribution, parce qu’on ne sait jamais vraiment si nos travaux vont finalement mener à développer un meilleur scanneur médical qui sera commercialisé mondialement ou si nous allons avoir nos capteurs dans un réseau de satellites pour un internet quantique.

Évidemment, c’est ce qu’on souhaite, mais une chose qui est certaine, c’est que j'ai contribué à former un grand nombre d'étudiants, et ce nombre continuera à augmenter.

Pr Jean-François Pratte

Les autres contributions sont évidemment en lien avec nos grands capteurs en physique des particules et en astrophysique. De façon générale, nos travaux de recherche peuvent aider de plusieurs façons à comprendre la composition et le fonctionnement de notre Univers, ce qui pourrait mener à revoir le modèle standard de la physique des particules.


Outre la science, possédez-vous une autre passion?

Oui, j’adore être dans la nature! C’est essentiel pour mon équilibre. Après avoir habité en ville, j’ai déménagé en campagne complètement isolé dans la forêt. Après une grosse journée de cours et de rencontres à l’université, j’ai besoin de me recentrer et de me retrouver chez moi. J’ai un petit ruisseau avec un pont sur lequel je m’assois l’été. J’ai vraiment besoin de ça!

D’ailleurs, j’ai un camp de chasse et de pêche dans le Nord-du-Québec, où je vais à l’été et à l’automne. C’est comme ma retraite annuelle, c’est essentiel pour moi!

Quand j’y vais, je décroche complètement, sans accès à mon téléphone. Je suis entièrement connecté à la nature, et déconnecté de mon quotidien mouvementé. J’adore me retrouver là-bas en famille avec mes filles, qui grandissent.


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