L'un des textes gagnants du Concours de vulgarisation scientifique 2019

Universitaires LGBTQ1: des vies étudiantes assombries par la violence sexuelle

Photo : Michel Caron

En 2018, la professeure Alexa Martin-Storey, de la Faculté d’éducation de l’UdeS, et ses collaboratrices ont analysé les données provenant de 4000 personnes étudiant au 1er cycle dans six universités québécoises ayant participé, deux ans plus tôt, à l’Enquête sur la sexualité, la sécurité et les interactions en milieu universitaire (ESSIMU). Les chercheuses ont évalué le risque spécifique de plusieurs sous-groupes de personnes issues de minorités sexuelles et de genre de subir différentes formes de violence sexuelle en milieu universitaire.

À l’aide des exemples fictifs de Sandra, Dominique et Émile, illustrons ce que ces risques signifient concrètement pour les personnes vivant de telles violences, qui assombrissent leur expérience d’étudiante et d’étudiant.

Coercition sexuelle : des risques quadruplés pour les étudiantes LGBTQ

Sandra : « Je suis vraiment exaspérée. Ma coordonnatrice de programme continue à m’inviter à des activités après le travail, même si je refuse constamment. Et hier, elle a essayé de m’embrasser! Quand j’ai reculé, elle m’a carrément dit que je jouais mon emploi. »

Sonn Castonguay-Khounsombath
Sonn Castonguay-Khounsombath
Photo : Fournie

Les résultats de l’enquête démontrent que la situation de Sandra, qui s’affirme comme étant queer (identité sexuelle inclassable et fluide), n’est pas surprenante. Les étudiantes LGBTQ courent de 2 à 4 fois plus de risques de subir différentes formes de violence sexuelle (harcèlement, coercition et comportements sexuels non désirés) que les étudiantes hétérosexuelles.

Pour les étudiantes queer, comme l’exemple de Sandra, les données indiquent que le risque de vivre de la coercition sexuelle est quadruplé par rapport aux étudiantes hétérosexuelles. De plus, de tels exemples de violence sexuelle ne surviennent pas uniquement dans le cadre d’emplois étudiants. Par exemple, les femmes bisexuelles courent près de 2 fois plus de risques que leurs consœurs hétérosexuelles de subir ces événements en classe, en ligne ou en contexte d’engagement étudiant.


Le harcèlement, une forme répandue de violence sexuelle

Dominique : « Certaines personnes se croient tout permis. Récemment, le président de l’association étudiante m’a demandé : "En tant que trans, tu préfères des hommes ou des femmes dans ton lit?" Comme si ma vie intime le concernait! »

Madeleine Prévost-Lemire
Madeleine Prévost-Lemire
Photo : Fournie

Le harcèlement sexuel vécu par Dominique reflète bien ce que plusieurs universitaires transgenres ou non binaires subiront au cours de leurs études. Ces personnes, dont l’identité de genre ne correspond pas au genre assigné à leur naissance, courent près de 2 à 4 fois plus de risques de subir du harcèlement ou des agressions sexuelles que les universitaires cisgenres (dont le genre correspond à celui assigné à leur naissance).

Comparées aux victimes masculines cisgenres, les victimes transgenres ou non binaires courent près de 7 fois plus de risques que l’auteur du harcèlement soit de genre masculin et environ 3 fois plus de risques qu’il soit d’un statut hiérarchique supérieur. La violence sexuelle est 3 à 6 fois plus susceptible de survenir en contexte sportif ou d’engagement étudiant pour les personnes trans ou non binaires que pour les femmes cisgenres.

Des gestes souvent insidieux

Émile : « Après un match de football, plusieurs coéquipiers me saluent par une claque sur une fesse. Ce geste est courant dans l’équipe, mais je suis mal à l’aise qu’on me touche ainsi. »

Émile n’est pas le seul étudiant homosexuel à subir de tels comportements. En effet, les hommes homosexuels sont près de deux fois plus susceptibles d’en vivre que leurs confrères hétérosexuels.

Agir maintenant

Qui de mieux placé que la collectivité étudiante LGBTQ pour offrir des solutions à la problématique de la violence sexuelle en milieu universitaire? Les études recommandent aux universités de collaborer avec cette collectivité afin de développer des stratégies qui contrent les attitudes « LGBTQ-phobes » associées à la violence sexuelle. La communauté scientifique met également de l’avant l’importance de sensibiliser le personnel universitaire, puisque ses attitudes et comportements peuvent contribuer à créer un environnement empreint de respect favorisant un parcours étudiant exempt de violence sexuelle.

  

1 L’acronyme LGBTQ fait référence aux communautés issues de la diversité sexuelle et de genre, dont les personnes s’identifiant comme lesbiennes, gaies, bisexuelles, transgenres, non binaires, queer, allosexuelles, bispirituelles ou pansexuelles.

À propos de Sonn Castonguay-Khounsombath 
Sonn, qui entamera un doctorat dès l’automne 2019 au Département de psychoéducation de la Faculté d’éducation, est membre du Groupe de recherche sur les inadaptations sociales à l’enfance (GRISE). Elle concentre ses recherches sur la violence sexuelle en milieu universitaire. Elle s’intéresse particulièrement aux croyances et préjugés qui l’entourent et à leur relation avec, entre autres, divers facteurs et conséquences de la violence sexuelle. Autrefois vouée à une carrière journalistique, cette chercheuse-née a découvert la vulgarisation scientifique, une expertise qui lui tient spécialement à cœur. C’est ainsi qu’elle souhaite éventuellement faire rayonner ses recherches par l’entremise de l’enseignement et de la publication.

À propos de Maldeleine Prévost-Lemire
Madeleine est étudiante à la maîtrise en psychoéducation, profil recherche, et est membre étudiante du groupe de recherche sur les inadaptations sociales de l’enfance (GRISE). Ses intérêts de recherche portent sur la maltraitance subie par les femmes issues des centres de protection de la jeunesse, ainsi que sur leurs symptômes traumatiques et leur devenir. Son mémoire s’attarde à l’influence des expériences adverses subies par ces femmes sur la maternité précoce. Madeleine poursuivra son cheminement vers une carrière de chercheuse en entamant, à l’automne, un doctorat en psychoéducation, qui portera sur l’expérience de maternité vécue par ces mêmes jeunes femmes.

À propos du concours
L’Université de Sherbrooke tient annuellement le Concours de vulgarisation scientifique, dont les objectifs sont de stimuler des vocations en vulgarisation scientifique et d’augmenter le rayonnement des travaux de recherche qui s’effectuent à l’Université, qu’ils soient de nature fondamentale ou appliquée.