Vaincre la douleur après un cancer gynécologique : un traitement novateur qui change tout!
La dyspareunie, une douleur ressentie lors des relations sexuelles, touche près de 70 % des survivantes d'un cancer gynécologique. Une avancée majeure développée à l'Institut de recherche sur le cancer de l'Université de Sherbrooke (IRCUS) pourrait offrir une solution durable aux femmes souffrant de cette condition depuis des années. Cette approche novatrice repose sur un traitement de physiothérapie multimodale du plancher pelvien, dont l'efficacité a été validée par une série d'études menées par une équipe interdisciplinaire.
Un impact potentiel à grande échelle
Chaque année, plus de 8000 Canadiennes survivent à un cancer gynécologique de l'endomètre ou du col de l'utérus. Si le traitement sherbrookois était mieux connu et accessible, il pourrait transformer la vie de milliers de femmes vivant avec la dyspareunie, même plusieurs années après la fin de leurs traitements.
Un traitement novateur basé sur la physiothérapie multimodale
Contrairement aux exercices de renforcement classiques du plancher pelvien, souvent appelés exercices de Kegel, ce traitement repose sur une approche combinant plusieurs modalités : éducation, thérapie manuelle, biofeedback, exercices à domicile et utilisation de dilatateurs. Les participantes de l'étude clinique menée au Centre de recherche du CHUS (CRCHUS) et à Montréal ont suivi douze séances hebdomadaires de physiothérapie de 60 minutes. Les résultats sont particulièrement encourageants puisque 90 % des participantes ont constaté une amélioration significative de l'intensité de leurs douleurs, de la fonction sexuelle et de leur qualité de vie.
Ce traitement d'avant-garde a été développé en alliant l'expertise unique en physiothérapie périnéale et pelvienne de Mélanie Morin, professeure-chercheuse à l'IRCUS et à l'École de réadaptation de la Faculté de médecine et des sciences de la santé (FMSS), à celle en oncologie gynécologique du professeur-chercheur Paul Bessette et de la professeure-chercheuse Korine Lapointe-Milot, tous deux gynécologues-oncologues au CIUSSS de l'Estrie –CHUS, chercheurs à l'IRCUS et au CRCHUS. L'équipe a également compté Marie-Pierre Cyr, une étudiante au doctorat d'exception, dont le dynamisme a été un moteur essentiel de ces découvertes.
Photo : Mathieu Lanthier - UdeS
Comprendre l’origine du problème pour mieux le traiter
Les recherches menées par l’équipe de la Pre Morin ont également permis d’identifier des caractéristiques spécifiques aux muscles du plancher pelvien des survivantes d’un cancer gynécologique souffrant de dyspareunie. Comparées à des femmes sans douleur pelvienne, ces patientes présentent des muscles plus rigides, moins flexibles et moins bien coordonnés. Ces observations confirment la nécessité de développer des traitements ciblés, comme la physiothérapie multimodale, pour soulager efficacement leurs symptômes.
Photo : Mathieu Lanthier - UdeS
Des bénéfices qui vont au-delà du soulagement physique
L’impact du traitement ne se limite pas à la diminution de la douleur. Une étude publiée par l’équipe a démontré que la physiothérapie multimodale contribue également à améliorer la détresse sexuelle, l’anxiété liée à la douleur, les symptômes dépressifs et les préoccupations liées à l’image corporelle. Plus impressionnant encore, les bienfaits du traitement se maintiennent un an après la fin des séances, confirmant son efficacité à long terme.
Un traitement prometteur, mais encore peu accessible
Malgré les résultats positifs et la satisfaction des patientes, l'accès à ce traitement demeure un défi. En effet, la physiothérapie multimodale n'est pas couverte par le gouvernement. Les patientes doivent se tourner vers le secteur privé pour en bénéficier. Toutefois, peu de physiothérapeutes sont actuellement formés à cette approche spécifique.
Le Dr Paul Bessette et la Dre Korine Lapointe-Milot soulignent l’importance de rendre ces soins plus accessibles :
Les traitements de chimiothérapie et de radiothérapie offerts pour traiter le cancer sont remboursés par le gouvernement, mais pas les traitements de physiothérapie multimodale qui traitent leurs effets secondaires et améliorent la qualité de vie après la maladie.
Un autre défi est que ce n’est pas tous les physiothérapeutes qui connaissent cette technique et sont formés pour l’appliquer.
Une détresse trop souvent ignorée
Une étude qualitative menée par l’équipe a mis en lumière les obstacles empêchant les survivantes de rechercher des soins. La résignation, le manque d’information et le sentiment de ne pas être prises en charge figurent parmi les principales raisons de leur souffrance prolongée. La dyspareunie affecte profondément la qualité de vie des survivantes, influençant leur estime de soi, leur intimité et leur bien-être psychologique.
Selon Guylaine Gélinas Martel, qui accompagne ces patientes, un suivi multidisciplinaire incluant sexothérapie et soutien psychologique est essentiel. La peur de la récidive ou la douleur peuvent freiner l’utilisation des traitements recommandés, d’où la nécessité d’un accompagnement adapté.
Photo : Fournie
La mission de l’IRCUS
En partageant ces résultats, l’IRCUS espère sensibiliser les professionnels de la santé et les décideurs à l’importance d’intégrer ces traitements au parcours de soins des survivantes. L’objectif est clair : réduire le fardeau du cancer bien au-delà de la maladie elle-même et améliorer durablement la qualité de vie de celles qui en ont triomphé.
Ce projet a été réalisé grâce à la collaboration de Chantale Dumoulin (Institut universitaire de gériatrie de Montréal), Annick Pina et Marie-Hélène Mayrand (Centre de recherche du Centre hospitalier de l'Université de Montréal), ainsi que Walter Henry Gotlieb (Jewish General Hospital).
Cette recherche a été rendue possible grâce au soutien financier du Réseau québécois de recherche sur le vieillissement financé par les Fonds de recherche du Québec (FRQ).
Sept articles scientifiques soutiennent l’implantation de ce traitement dans l'offre de soins de suivi des survivantes d'un cancer gynécologique.
- Gynecologic Oncology (lien vers l’article)
- Physical Therapy & Rehabilitation Journal (lien vers l'article)
- The Journal of Sexual Medicine (lien vers l'article)
- PLoS One (lien vers l'article )
- Physiotherapy (lien vers l'article)
- International Urology Journal (lien vers l'article )
- The Journal of Sexual Medicine (lien vers l'article )
À propos de Mélanie Morin
- Professeure à l'École réadaptation de la FMSS
- Professeure-chercheuse à l'Institut de recherche sur le cancer de l'Université de Sherbrooke (IRCUS)
- Chercheuse au Centre de recherche du CHUS (CRCHUS)
Une recherche qui s'élève à la puissance dix!
Ce n'est pas un hasard si l'Université de Sherbrooke se démarque en recherche. Son secret? Le mariage judicieux du partenariat, de la mutualisation et de l'interdisciplinarité, trois forces qui font désormais sa renommée. Apprenez-en plus sur ce qui a propulsé l'UdeS au rang des universités de recherche les plus prolifiques au Canada.