Des voix qui font le génie
Humanité, cœur et savoir-faire
Photo : Michel Caron
À première vue, la recherche en génie se raconte en résultats et en avancées technologiques. Pourtant, derrière chaque innovation, il y a des trajectoires humaines qui s’entrelacent et des expertises qui se complètent. À l’occasion de la Journée internationale des femmes en génie, des parcours féminins se dévoilent à travers des regards croisés, ceux des femmes qui façonnent la recherche au quotidien, mais aussi ceux de collègues qui reconnaissent leur contribution. Ensemble, ces voix mettent en lumière la richesse des contributions féminines en génie et montrent comment ces parcours participent à bâtir un milieu de recherche plus collaboratif, plus accessible et profondément humain.
Des trajectoires se rejoignent
Lorsque la professeure Audrey Corbeil Therrien parle de Caroline Paulin, technicienne en électronique à la plateforme 3IT.micro, c’est d’abord la confiance qui s’impose.
Photo : Michel Caron
Leur collaboration remonte à plusieurs années, alors qu’Audrey était encore étudiante à la maîtrise. Aujourd’hui, Caroline Paulin est reconnue pour son expertise en conception de cartes électroniques de très haute complexité. Cette expertise est essentielle à la réalisation d’instruments de pointe, comme les scanneurs de tomographie par émission de positrons, dont le plus récent a été récompensé par l’Ordre des ingénieurs du Québec.
Leur complémentarité leur permet de transformer les idées en solutions concrètes, en reliant vision scientifique et rigueur technique. Dans des projets complexes, cette alliance devient déterminante.
Le savoir-faire de Caroline permet de passer de notre idéation de chercheurs à un produit concret et fonctionnel. Son expertise pratique élimine de nombreux problèmes avant même la fabrication.
professeure Audrey Corbeil Therrien
Mais son rôle dépasse largement la technique. Caroline accompagne les personnes étudiantes, facilite leur intégration et contribue à maintenir un milieu de travail collaboratif et bienveillant.
Photo : Michel Caron
De son côté, Caroline porte un regard tout aussi attentif sur le parcours d’Audrey. Elle l’a vue évoluer d’étudiante à professeure et chercheuse, tout en demeurant accessible et authentique. Elle souligne sa capacité à vulgariser des enjeux complexes, à capter l’attention et à rassembler autour des projets. Son leadership repose sur une motivation communicative et une manière de présenter la recherche qui suscite la curiosité et l’adhésion.
Audrey est un modèle pour la relève, particulièrement pour les femmes en génie. Par son engagement et sa façon d’occuper l’espace, elle montre qu’il est possible de tracer sa propre voie et de faire évoluer les pratiques dans un milieu encore marqué par des défis de reconnaissance.
Caroline Paulin
Apprendre, s’affirmer, contribuer
Au début du parcours, il y a l’apprentissage et l’importance d’être bien entourée. Pour Marie‑Julie Laliberté, étudiante prédoctorale en génie mécanique, travailler avec Catherine Véronneau, professeure adjointe et co-directrice de son projet, joue un rôle déterminant dans son développement.
Avoir une femme comme co‑directrice est très encourageant. Sa présence me rappelle que le fait d’être minoritaire ne limite en rien ce qu’on peut accomplir.
Marie‑Julie Laliberté
Pour la professeure Véronneau, cette relation s’inscrit naturellement dans sa vision du génie. Ingénieure et professeure, elle a toujours su que sa place se situerait à la croisée de la construction et de la transmission. En effet, Catherine Véronneau accorde une importance centrale à l’accompagnement de la relève et à la représentation féminine en génie. Elle voit dans la diversité des parcours un moteur essentiel d’innovation et considère que son rôle consiste aussi à créer un environnement où les étudiantes peuvent pleinement prendre leur place.
Je suis convaincue qu’un groupe diversifié est bénéfique pour tout le monde. En génie, c’est très important de promouvoir cette diversité, autant pour les nouvelles inventions possibles que pour rendre ces inventions plus près de l’humain.
Professeure Catherine Véronneau
Elle qui savait depuis l'âge de 10 ans qu'elle voulait construire des robots, elle encourage maintenant les étudiantes à demeurer fidèles à elles‑mêmes et à construire une carrière alignée avec leurs valeurs, rappelant que le génie offre une grande liberté de parcours.
S’engager, même quand le monde ralentit
Le regard que porte le professeur François Michaud sur le parcours de la professeure Adina Panchea met en lumière une autre facette essentielle du génie : l’engagement.
Son sens de l’engagement est exemplaire. Elle se commet entièrement au succès des projets et au soutien de l’équipe.
Professeur François Michaud
Photo : Michel Caron
Ses travaux sur le développement de robots sociaux d’assistance auprès des personnes âgées illustrent une approche où la technologie s’inscrit d’abord dans la relation humaine. Elle a su établir des liens de confiance avec les participants et le personnel soignant, rappelant que l’innovation ne peut se dissocier du bien‑être des personnes.
Elle apporte à l’équipe quelque chose d’essentiel et difficilement remplaçable : l’attention portée aux personnes et à leur bien‑être.
François Michaud, professeur
Son parcours international, combiné à sa capacité à concilier recherche et vie familiale, en fait une source d’inspiration pour la relève et témoigne de la diversité des chemins possibles en génie.
Un fil commun : reconnaissance et complémentarité
À travers ces témoignages croisés, un même fil se dessine. Qu’elles soient étudiantes, techniciennes, chercheuses ou professeures, ces femmes contribuent chacune à leur manière à faire avancer la recherche en génie. Par leur expertise technique, leur capacité à collaborer et leur engagement envers la transmission des connaissances, elles façonnent des projets plus solides et des milieux de recherche plus humains. Au 3IT, l’innovation naît de la complémentarité des regards et les contributions des femmes sont au cœur du progrès.