Tournée des facultés – Entrevue avec le doyen Pierre Noël
L'étude du religieux contemporain redéfinit la Faculté de théologie
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| Pierre Noël, doyen de la Faculté de théologie de l'UdeS. |
| Photo : Michel Caron |
18 novembre 2009
Comment aider un médecin à aborder des questions de sens lorsqu'il pose un diagnostic difficile? Quels sont les enjeux moraux et religieux liés à l'effacement de la dette des pays du tiers-monde? Que penser d'une thérapie qui promet une meilleure santé physique grâce à la croissance spirituelle? Ces questions illustrent le genre d'objet d'études qui animent aujourd'hui les chercheurs et les étudiants de la Faculté de théologie. Ces dernières années, les programmes à grade ont été remodelés pour se consacrer exclusivement à l'étude du religieux contemporain : ils s'intéressent donc à des enjeux moraux et spirituels actuels. Cette orientation est née d'une réflexion approfondie qui visait à donner à la Faculté un créneau identitaire distinctif lui permettant de lier l'ensemble de ses forces vives, tout en répondant davantage aux motivations profondes de ses étudiantes et étudiants. Forte de cette nouvelle approche, la Faculté de théologie souhaite mieux se faire connaître et abattre certaines idées préconçues.
Pierre Noël assume les fonctions de doyen de la Faculté de théologie depuis février. Son début de mandat a coïncidé avec le départ du Département d'éthique et de philosophie, lequel a été rapatrié par la Faculté des lettres et sciences humaines en juin. «Cet événement a certes monopolisé la dernière année. Toutefois, puisque les deux départements opéraient de manière assez indépendante, ce changement n'a pas eu d'incidences trop fortes sur le déploiement des études religieuses, et sur la posture qu'avait prise ce secteur pour soutenir le développement de la Faculté», explique-t-il.
Un créneau distinctif
Avant d'agir comme doyen, le professeur Noël a été l'un des principaux architectes de la reconfiguration du secteur de la théologie et des sciences des religions à la Faculté. Amorcée sommairement dans les années 90, la quête d'un nouveau créneau identitaire s'est précisée en 2004. «Nous avons initié une réflexion pour identifier ce qui était commun à nos professeurs et à la posture intellectuelle de leurs recherches. Nous souhaitions aussi mieux connaître nos étudiants et découvrir pourquoi ils venaient chez nous», explique le doyen. Au terme de l'exercice, l'étude du religieux contemporain est apparue comme la pierre d'assise qui permettait de lier l'ensemble des activités facultaires.
Pour une majorité de gens, le rapport au religieux est profondément différent de celui que l'on observait il y a à peine une trentaine d'années, poursuit le doyen. Ce rapport n'en demeure pas moins présent. Le fondamentalisme, le pluralisme religieux ou l'influence de spiritualités venues d'Orient sont autant de phénomènes qui viennent modifier profondément notre perception du religieux et du spirituel. L'étude du religieux contemporain permet d'aborder avec encore plus d'acuité les nouvelles réalités.
«Ce redéploiement est majeur et intégré, puisqu'il réunit les gens et les programmes dans un seul et même créneau. L'exercice a amené les profs à revisiter leurs cours, puisqu'ils ne peuvent plus présenter leur matière de la même manière qu'il y a 10 ans», dit Pierre Noël.
Le créneau du religieux contemporain fait également écho aux motivations des étudiantes et étudiants. «Pendant longtemps, on pensait que nos étudiants venaient chez nous pour réfléchir à des questions personnelles, explique le doyen. Mais en observant leurs préoccupations de recherche, on a réalisé que leurs intérêts étaient symptomatiques des grands malaises sociaux actuels. Cette dimension sociale permet de distancier les étudiants de leur objet de recherche.»
Approche thématique
L'orientation du créneau d'études du religieux contemporain s'accompagne d'une redéfinition des programmes de maîtrise et de doctorat, selon une approche thématique, et non plus disciplinaire. Pour illustrer cette nouvelle approche thématique, le doyen fait le parallèle avec les études féministes, qui se trouvent au carrefour de plusieurs disciplines qui étudient les femmes. L'approche thématique ajoute une couleur multidisciplinaire à la formation offerte à la Faculté de théologie, ajoute le doyen. «Cette approche habilite nos étudiants à travailler sur un sujet avec des gens d'autres disciplines. Le parcours permet des études un peu moins pointues que dans l'approche disciplinaire, mais en contrepartie, nos diplômés peuvent développer une connaissance plus vaste d'autres champs d'expertise, grâce au travail interdisciplinaire», dit Pierre Noël.
Cette nouvelle approche permet en outre à la Faculté de théologie d'attirer des étudiants provenant d'horizons très divers. Certains proviennent du domaine de la santé, de l'administration, des sciences politiques, notamment, en plus d'appartenir à différentes confessions religieuses. «Cela a ouvert considérablement la variété des personnes qui sont assemblées autour de nos tables de séminaires, dit le doyen. L'expérience est extrêmement enrichissante autant pour nos étudiants que pour nous, professeurs.»
La refonte des programmes à grade est complétée et est en implantation depuis un an. La Faculté mène actuellement le projet de révision du baccalauréat en théologie. «La formation initiale demeurera probablement disciplinaire, mais nous étudions la possibilité de créer un second programme de baccalauréat en études religieuses», dit le doyen.
Des défis
Avec le départ du secteur de la philosophie cet été, la Faculté de théologie est redevenue le plus petite faculté de l'Université. Pierre Noël ne cache pas que cette nouvelle donne pose quelques défis, comme celui de maintenir une masse critique d'activités. «Mais notre taille présente aussi de grands avantages, comme la capacité de s'adapter rapidement et de faire synergie», explique Pierre Noël.
Un second défi identifié par le doyen est de bien implanter la Faculté dans le réseau universitaire québécois. «La redéfinition de notre créneau nous positionne de manière avantageuse par rapport aux autres institutions. Il nous faut maintenant bien communiquer ce que nous offrons pour attirer davantage d'étudiants.»
Ainsi, pour mousser sa notoriété, la Faculté de théologie a un projet d'école d'été. Il s'agirait d'un programme intensif de six semaines qui amènerait des gens de diverses disciplines à «lire le religieux contemporain». Ce programme servirait à susciter l'intérêt vers les formations complètes offertes à la Faculté.
Enfin, le doyen cible un dernier défi à surmonter qui touche au «rapport ambivalent de la société québécoise avec le religieux». La Faculté souffre de plusieurs stéréotypes et de préjugés tenaces : «Encore aujourd'hui, beaucoup de gens pensent que nous ne formons que des religieuses et des religieux, alors que ces gens représentent à peine 10 % de nos étudiants, dit Pierre Noël. De plus, la rupture survenue dans les années 60 a perpétué une certaine méfiance envers l'institution ecclésiastique, que certains semblent associer à l'institution universitaire. Nous devons donc mieux communiquer ce que nous sommes pour que les gens voient ce que nous faisons réellement et non pas ce qu'ils pensent que nous faisons!»
Pour appuyer cette démarche, la Faculté de théologie a déposé à la direction de l'Université une demande de changement d'appellation, afin d'avoir une identité qui correspondra davantage à ce qu'elle est devenue : une faculté moderne et unique qui a innové en redéfinissant son créneau et qui est la seule au Québec à offrir des programmes thématiques.
