Colloque en théologie au congrès de l’ACFAS

Quels sont les lieux de la spiritualité aujourd’hui?

Marc Dumas, Alexandra Pleshoyano, Willy-Leonard Nunga Khal-Tambwe et Gaston Lachance.
Marc Dumas, Alexandra Pleshoyano, Willy-Leonard Nunga Khal-Tambwe et Gaston Lachance.
Photo : Michel Caron

29 avril 2010

Robin Renaud

La pratique religieuse décline et des églises ferment. Mais les femmes et les hommes ne sont pas moins confrontés à des questionnements spirituels à plusieurs moments de leur vie. Ces gens investissent aujourd’hui des lieux de spiritualité moins conventionnels. Mais ces lieux sont-ils si nouveaux? Pas vraiment. Nombreux et multiples? Certainement.

Ces nouveaux enjeux spirituels intéressent de plus en plus les théologiens. La professeure associée Alexandra Pleshoyano, de la Faculté de théologie et d’études religieuses, organise un colloque qui s'intitule Les lieux de la spiritualité aujourd’hui, dans le cadre du congrès de l’Acfas du 10 au 14 mai à Montréal. Parmi les 14 participants canadiens et étrangers, quatre conférenciers de l’UdeS partageront leurs réflexions et leurs travaux.

«Beaucoup de gens confondent spiritualité et religion, mais il y a une distinction à apporter. La quête spirituelle n’est pas forcément religieuse, et ne repose pas nécessairement sur une attache institutionnelle. Le colloque permettra d’ouvrir le dialogue pour découvrir différents lieux de spiritualité», explique Alexandra Pleshoyano.

Ainsi, des présentations traiteront notamment de quêtes spirituelles associées tantôt à la musique, tantôt à la maladie mentale, ainsi qu’aux soins de santé dans certaines régions d’Afrique. Par différents exemples, les chercheuses et chercheurs souhaitent mieux éclairer ces différents lieux spirituels.

Religion à la carte

Deux des chercheurs de l’UdeS aborderont, chacun à leur façon, les liens entre spiritualité et santé. D’abord, Willy-Leonard Nunga Khal-Tambwe parlera des cliniques religio-thérapeutiques en Afrique subsaharienne. Là-bas, les soins de santé sont souvent inadéquats ou inaccessibles.

«Certaines personnes trouvent dans le religieux des îlots de guérison dans un océan de misère», explique le chercheur. Cette nouvelle religiosité se manifeste de plusieurs façons et apparaît comme «un réemploi de pratiques religieuses ancestrales».

Ainsi, face à un enfant malade, des parents préparent des potions en prononçant des incantations divines. Certains se rendent à l’église le matin, mais consultent un guérisseur le soir. D’autres se tournent vers des pasteurs autoproclamés. «On se retrouve vers une religiosité à la carte qui repose sur beaucoup d’amateurisme conduisant à plusieurs excès d’interprétation», dit le chercheur.

Dans la thèse qu’il prépare, il compte «relever des pistes de recadrage, afin d’offrir des pistes de discernement entre ces différentes thérapies».

Santé mentale et spiritualité

De son côté, Gaston Lachance traitera de la place du spirituel telle qu'elle est révélée dans le récit de plusieurs personnes ayant été confrontées à des problèmes de santé mentale : bipolarité, psychose, dépression majeure.

«Ces personnes témoignent que la spiritualité a été un élément important, voire crucial, dans leur processus de rétablissement», dit le chercheur. Cette approche tranche avec celle de Freud qui voyait l’ingrédient spirituel et religieux comme malsain et pathologique dans le processus de guérison.

«Plusieurs personnes évoquent que leur processus de rétablissement a été favorisé par le fait d’acquérir un mode de vie spirituel. Ils accordent une place à des valeurs chères comme l’authenticité, l’accomplissement de l’être, un retour à soi et un nouveau fondement identitaire qui les amènent à redéfinir leur vie», ajoute Gaston Lachance. Ces personnes trouvent dans la vie spirituelle des pistes pour apprendre à vivre avec la maladie (et non contre elle), ce qui contribue significativement à leur rétablissement, selon certains témoignages.

Le salut par la musique

Alexandra Pleshoyano abordera pour sa part le thème de la musique, qu’elle désigne non seulement comme un lieu spirituel, mais aussi de salut. «Il y a énormément de personnes qui ont été sauvées à l’adolescence en trouvant refuge dans la musique, et ce, peu importe le style de musique, dit-elle. Cela leur a permis de s’extérioriser, de sentir un lien d’appartenance à un groupe. C’est très important de s’ouvrir, de découvrir ces lieux et d’entendre ces gens qui ont des histoires à nous dire.»

Par ces exemples, et plusieurs autres, on souhaite que le colloque soit un lieu d’échange sur les différents visages que prennent les lieux de spiritualité actuels. «Notre but est de réfléchir et d’orienter ces nouvelles pratiques, dit la professeure. Chaque humain est unique et on ne peut pas faire entrer les gens dans un moule. Cependant, nous voulons offrir des critères de discernement pour aider les gens à travers ces lieux spirituels.»

Dialogue et ouverture

Le professeur Marc Dumas prononcera le mot d’ouverture du colloque. «Le travail que l’on fait est profondément humain, dit-il. Si chaque individu vivait l’humanité à fond, chacun serait dans un processus de libération et de liberté. Mais en passant par des épreuves, des échecs, des dépressions, on découvre que l’on est très aliéné de soi-même. Nous sommes confrontés à certaines offres spirituelles qui favorisent la libération, et à d’autres qui, au contraire, conduisent à l’aliénation. On ne peut pas juger ces offres spirituelles, mais on peut accompagner les gens. Notre objectif est de réfléchir sur la diversité des postures et des gageures spirituelles actuelles», résume-t-il.

En plus des chercheurs de l’UdeS, des participants de Montréal, de Québec, d'Ottawa et d’Australie nourriront ces échanges. Les organisateurs envisagent de publier un ouvrage pour faire état des discussions du colloque.

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