Démystifier les vaccins

Viktor Steimle, professeur au département de biologie de la Faculté des sciences

L’automne rime souvent avec le retour des campagnes de vaccination contre la grippe. Certaines personnes se demandent si les vaccins sont utiles ou non, sans connaître vraiment leur fonctionnement. Nous vous proposons donc une entrevue avec un professeur en biologie pour démystifier les vaccins et leur fonctionnement dans notre corps.

Entretien avec Viktor Steimle, professeur au Département de biologie de la Faculté des sciences. Il enseigne et fait des recherches en immunologie. Il adore parler des vaccins à ses étudiants et il a donné plusieurs conférences grand public sur le sujet. 

Qu'est-ce qu'un vaccin?

Les vaccins sont le meilleur exemple d’une médecine préventive. Un vaccin est donné à des personnes saines, souvent des enfants, et le système immunitaire de ces personnes devient tellement puissant qu’elles ne se rendent même plus compte d’être infectées avec le pathogène. Grâce à des vaccins, nous avons éradiqué la variole chez l’humain et la peste bovine chez les bovins. Actuellement, plusieurs organismes travaillent avec acharnement sur l’éradication de la poliomyélite et plusieurs autres maladies infectieuses. Dans les pays industrialisés, nous avons presque oublié l’existence de certaines maladies graves comme le tétanos, la diphtérie et la polio. À cause de cela, les vaccins sont malheureusement devenus un peu victimes de leur propre succès, car l’attention publique se dirige plus vers des problèmes (souvent imaginés) associés aux vaccins plutôt qu'à leurs bienfaits, qui sont bien réels.

Comment notre corps utilise-t-il les vaccins pour se défendre contre des infections?

Le principe des vaccins est en soi très simple. On présente à notre système immunitaire une « contrefaçon » d’un microorganisme pathogène (virus, bactérie, parasite). Ce faux pathogène doit être suffisamment semblable au vrai pour provoquer une bonne réponse immunitaire, tout en étant évidemment inoffensif pour ne pas nous rendre malades. Sur le plan moléculaire et cellulaire, un vaccin exploite l’époustouflante capacité de notre système immunitaire de faire un apprentissage pendant qu’il est en train de combattre un agent pathogène. Ceci mène à une réponse immunitaire ultérieure qui est grandement améliorée en termes quantitatifs et qualitatifs. Grâce au vaccin, notre corps développe des cellules mémoire capables de nous protéger pendant des années, ou même à vie, lorsqu’on rencontre un « vrai » pathogène. Cependant, comme les vaccins sont nécessairement qu’une copie affaiblie du vrai pathogène, ils vont donc souvent induire une réponse immunitaire moins efficace. D’où la nécessité de faire plusieurs « rappels » du vaccin pour induire une protection efficace à long terme.

Dans le contexte des vaccinations, on parle parfois de l’effet de « l’immunité de groupe ». C’est quoi, au juste?

L’immunité de groupe est un concept très important en vaccinologie. Il décrit le fait que si le taux de vaccination dans une population est assez élevé, le pathogène va simplement cesser de circuler dans cette population et l'on va donc obtenir une protection indirecte des personnes vulnérables (bébés, ainés, personnes immunodéficientes). Ceci s’applique évidemment uniquement aux microorganismes pathogènes qui infectent exclusivement les humains (exemple, la rougeole). S’il y a un réservoir autre qu’humain, le bénéfice de groupe ne fonctionne pas (exemple, le tétanos) quoique la protection individuelle sera toujours bénéfique. Le seuil de vaccination pour obtenir une immunité de groupe est spécifique à un pathogène et un vaccin donné, mais tourne généralement autour de 90 % de la population. C’est pour cette raison que les instances de santé publique font beaucoup d’efforts pour garder le taux de vaccination le plus haut possible dans la population .

Quels sont les défis dans la vaccinologie?

Bien que nous ayons déjà de très bons vaccins contre plusieurs maladies importantes, il reste encore des défis importants à relever. Dans le cas du VIH/SIDA, non seulement nous n'avons toujours pas de vaccin, mais il n’y a actuellement peu de choses dans le « pipeline » de développement. Contre la malaria, il existe un premier vaccin, mais son efficacité laisse encore grandement à désirer. Heureusement, il y a aussi de bonnes nouvelles. Le vaccin le plus avancé contre le virus Ebola (d’ailleurs développé au Canada), semble très bien fonctionner. Il y a même des travaux en développement très intéressants sur des vaccins contre des maladies non infectieuses, comme certains cancers, ou l’hypertension.