Pandémie de COVID-19

Des impacts sur les droits des femmes en matière de santé sexuelle et reproductive

Des reculs importants ont été observés à l'échelle de la planète concernant l’accès aux méthodes contraceptives, à l’avortement et aux soins en matière de santé sexuelle, dont des ateliers de sensibilisation dans les écoles, pour les femmes pendant la pandémie de COVID-19.
Des reculs importants ont été observés à l'échelle de la planète concernant l’accès aux méthodes contraceptives, à l’avortement et aux soins en matière de santé sexuelle, dont des ateliers de sensibilisation dans les écoles, pour les femmes pendant la pandémie de COVID-19.
Photo : Fournie

Partout dans le monde, les mesures exceptionnelles adoptées par les gouvernements et les autorités sanitaires pendant la crise de COVID-19 ont eu des impacts considérables sur le plan des droits sexuels et reproductifs des femmes et des filles, mettant en péril le bien-être et la vie de centaines de millions d'entre elles.

Selon une revue des impacts menée par une équipe de recherche du Centre interdisciplinaire de développement international en santé (CIDIS) de l’Université de Sherbrooke, des reculs importants ont été observés concernant l’accès aux méthodes contraceptives, à l’avortement et aux soins en matière de santé sexuelle. Une augmentation des violences sexuelles envers les femmes et les enfants s’ajoute aussi aux effets collatéraux de la pandémie de COVID-19.

Le professeur Gabriel Blouin-Genest, codirecteur scientifique du CIDIS.
Le professeur Gabriel Blouin-Genest, codirecteur scientifique du CIDIS.
Photo : Martin Blache - UdeS

Selon les deux codirecteurs scientifiques du CIDIS, le professeur Gabriel Blouin-Genest, de l’École de politique appliquée de la Faculté des lettres et sciences humaines, et le professeur François Couturier, du Département de médecine de famille à la Faculté de médecine et des sciences de la santé, les impacts se font sentir à plusieurs niveaux et nécessitent de repenser en profondeur le développement international de la santé afin de faire de cette question une priorité mondiale.

Notre revue des impacts de la pandémie sur le droit des femmes en matière de santé sexuelle et reproductive est un message clair à la communauté internationale : elle doit se mobiliser avec autant de force qu’elle l’a fait pour la COVID-19. La vie et le bien-être de centaines de millions de femmes et de filles sont en jeu.

Pr Gabriel Blouin-Genest, codirecteur scientifique du CIDIS

Le professeur François Couturier, codirecteur du CIDIS.
Le professeur François Couturier, codirecteur du CIDIS.
Photo : Martin Blache - UdeS

Il est aujourd’hui essentiel d’établir une offre de services de base garantis en matière de santé sexuelle et reproductive. Ces services ne doivent pas pouvoir être suspendus ou dépendre du bon vouloir des autorités, même en cas de crise majeure comme celle que nous vivons avec la pandémie.

Pr François Couturier, codirecteur scientifique du CIDIS

Principaux faits saillants

Un accès limité à la contraception

De tous les enjeux liés à la santé sexuelle et reproductive des femmes, celui de l’accès aux méthodes de contraception et de planification familiale a été celui le plus entravé par la lutte à la pandémie de COVID-19. Dans la foulée de la mise en place de mesures sanitaires comme le confinement et les périodes de quarantaine, les chaînes d’approvisionnement de produits contraceptifs ont connu des périodes d’interruption, engendrant retards et ruptures de stocks.

  • Plus de 7 pays sur 10 ont vu l’accès à ces services perturbé.
  • Plus de 47 millions de femmes provenant de 114 pays à revenus faibles et intermédiaires n’ont pu avoir accès à des contraceptifs.
  • 3,5 millions de grossesses non désirées en Asie du Sud ont été engendrées par la non-disponibilité de produits et de services de contraception.

Un accès réduit aux soins de santé sexuelle

L’accès aux soins de santé en matière de sexualité et de reproduction, incluant les services en prénatalité et néonatalité de même qu’en prévention des infections transmises sexuellement, figure aussi parmi les impacts de la pandémie de COVID-19. Des services de prévention offerts dans les écoles se sont vu réduits, et de nombreuses cliniques de soins ont dû se résoudre à fermer leurs portes.

  • Aux États-Unis seulement, 1 femme sur 3 a vu ses rendez-vous pour des soins de santé sexuelle, reproductive et de planification familiale annulés ou reportés.
  • Le nombre de grossesses précoces a augmenté considérablement dans le monde, faisant de l’accouchement la plus grande cause globale de mortalité chez les jeunes filles de 15 à 19 ans.

L’avortement : un droit jugé non essentiel

Durant la pandémie de COVID-19, l’accès à l’avortement, jugé « non essentiel », s’est vu considérablement limité dans bon nombre de pays. Plusieurs États américains ont même invoqué le contexte d’urgence sanitaire pour restreindre le droit des femmes à l’avortement.

  • 1 million d’avortements non sécuritaires en Inde ont résulté de la fermeture de centres de services de santé sexuelle et de planification familiale.
  • Le taux de décès maternels a augmenté de 200 % au Népal depuis mars 2020.

 Une augmentation des violences sexuelles

À toutes ces entraves portant préjudice à la santé sexuelle des femmes pendant la COVID-19 s’ajoute une augmentation marquée des violences sexuelles envers elles et les enfants. À titre d’exemple, une période totalisant 6 mois de confinement a mené à quelque 31 millions de cas additionnels de violences envers les femmes et les enfants. Chaque période de prolongement supplémentaire de 3 mois de mesures sanitaires représentait une augmentation de 15 millions de cas de plus.

  • En Europe et au Canada, une augmentation de 30 à 33 % des cas de violences domestiques et de demandes pour des foyers d’hébergement d’urgence a été observée.
  • Les 6 premiers mois de pandémie au Libéria ont été marqués par une augmentation de 50 % des violences sexuelles envers les femmes et les enfants.
  • Pour les mois de juin, juillet et août 2020 seulement, plus de 85 millions d’enfants dans le monde ont été victimes d’abus sexuels, physiques et émotionnels.

Devant l’ampleur de ces données, qui mettent en lumière les injustices et les entraves aux droits fondamentaux de millions de femmes dans le monde, l’équipe de recherche du CIDIS appelle à l’urgence d’une mobilisation de la communauté internationale pour faire de cette question une véritable priorité.

À propos du CIDIS
Le Centre interdisciplinaire de développement international en santé (CIDIS) est issu de la volonté de la Faculté de médecine et des sciences de la santé (FMSS) et de la Faculté des lettres et sciences humaines (FLSH) de l’Université de Sherbrooke de rassembler des expertises interdisciplinaires de pointe en sciences de la santé, sciences humaines et sciences sociales afin de contribuer à l’amélioration de la santé des populations les plus vulnérables.

Avec ses partenaires canadiens et internationaux, le CIDIS mobilise son équipe et ses experts à travers plusieurs projets d’appui au développement international en santé (PADIS) dans l’objectif de mieux répondre aux problématiques et besoins spécifiques de la société.