Acfas 2021

Préserver la santé en contexte de travail saisonnier, un milieu à la fois

La professeure Marie-Eve Major s’intéresse à la santé des travailleuses et travailleurs saisonniers, tout comme Audrey Goupil, étudiante à la maîtrise en sciences de l'activité physique (cheminement en neuromécanique et ergonomie), et Hélène Clabault, professionnelle de recherche, lesquelles collaborent à ses travaux.

La professeure Marie-Eve Major s’intéresse à la santé des travailleuses et travailleurs saisonniers, tout comme Audrey Goupil, étudiante à la maîtrise en sciences de l'activité physique (cheminement en neuromécanique et ergonomie), et Hélène Clabault, professionnelle de recherche, lesquelles collaborent à ses travaux.


Photo : Michel Caron - UdeS

Comme il peut sembler agréable d’alterner travail et repos au rythme des saisons! Mais ce que plusieurs ignorent, c’est que les travailleuses saisonnières et les travailleurs saisonniers sont durement affectés par les troubles musculosquelettiques. Les conséquences sont majeures pour leur santé et leur qualité de vie, mais aussi pour les entreprises qui en subissent les contrecoups. Pourtant, très peu d’études ont été réalisées à ce sujet. Du moins, jusqu’à ce que Marie-Eve Major, ergonome et professeure à la Faculté des sciences de l’activité physique, réponde à l’appel de ces entreprises. Et son téléphone ne dérougit pas, puisqu’elle est l’une des rares chercheuses à se consacrer à la santé dans un contexte de travail saisonnier.

Développer les connaissances pour élaborer des modèles d’interventions efficaces en santé au travail pour ces milieux atypiques, voilà la mission que s’est donnée la chercheuse. Pour la réaliser, elle place les entreprises ainsi que les travailleuses et travailleurs au cœur de ses travaux, faisant d’eux de véritables partenaires de recherche.

Former une spirale de recherche dans toutes les étapes

Marie-Eve Major, ergonome et professeure à la Faculté des sciences de l’activité physique
Marie-Eve Major, ergonome et professeure à la Faculté des sciences de l’activité physique
Photo : Michel Caron - UdeS

Les projets de la professeure Major tirent leur source dans les besoins réels des milieux de travail. Autant les milieux viennent vers elle pour lui partager leurs problématiques, autant elle va vers eux pour y répondre. « C’est un peu comme une spirale! Ce n’est pas juste de faire la recherche et de leur transmettre des résultats afin qu’ils les implantent. Ils sont partenaires dans toutes les étapes, que ce soit des entreprises ou des tables sectorielles », explique Marie-Eve Major en précisant que les employés sont tout aussi présents dans ses comités de travail.

En ergonomie, on s’intéresse autant à la santé et la sécurité des personnes qu’à l’efficacité des systèmes de production de biens ou de services dans une perspective d’efficience organisationnelle. On a beau améliorer des conditions de travail pour favoriser la santé des employés, si c’est au détriment de la production, l’entreprise ne sera pas encline à les mettre en place.

Marie-Eve Major, ergonome et professeure à la Faculté des sciences de l'activité physique

Ses travaux tiennent donc compte des réalités propres des milieux de travail et des travailleuses et travailleurs pour développer des interventions adaptées. En plus d’être réalisée en partenariat, sa démarche de recherche est ainsi ancrée dans les besoins des milieux. Mais de quels genres de milieux de travail parle-t-on? Quand on évoque le travail saisonnier, on pense rapidement aux secteurs de la pêche, de l’agriculture, de la foresterie ou encore de la transformation alimentaire, mais il y a aussi les entreprises qui ont des fluctuations saisonnières de la production ou encore des ressources humaines tout en opérant à l’année.

Un risque pour la santé à prendre au sérieux

Ce qui est particulier des emplois saisonniers, c’est que la période de travail est très intense. On se dit que les travailleuses et les travailleurs pourront récupérer pendant la période hors saison, mais selon ce que la professeure observe, ça ne suffit pas, il y a une chronicité qui s’installe. Et les conséquences des troubles musculosquelettiques sont loin d’être banales, tant sur le plan humain que sur le plan financier. « Les médecins font beaucoup d’injections de cortisone pour des troubles musculosquelettiques chez des travailleurs saisonniers. Comme ces personnes retournent dans les mêmes conditions de travail, le problème revient et elles voient leur santé tout comme leur qualité de vie grandement affectées », explique Marie-Eve Major. Ce constat a d’ailleurs mené des médecins du réseau de la santé publique en santé au travail à réclamer l’expertise de la professeure. « Aussi, si un employé souffre, il sera bien normal de voir son rendement diminuer et le collectif de travail risque de devoir compenser. À long terme, on risque d’imputer tout le collectif », ajoute-t-elle. « Et de l’autre côté, les entreprises subissent d’importants contrecoups financiers en raison d’un taux d’absentéisme élevé, d’une perte de savoir-faire, mais aussi d’une baisse de productivité. Elles éprouvent également des difficultés de rétention et d’attractivité de la main-d’œuvre, pouvant littéralement mettre en péril leur capacité de fonctionner, particulièrement dans le contexte de vieillissement de la population et de pénurie de main-d’œuvre », termine la professeure Major.

Comme le domaine est peu exploré, les modèles d’interventions actuels en santé au travail ne sont pas adaptés au contexte de travail par pointe qui caractérise le travail saisonnier. Pourtant, c’est une réalité incontournable. Plusieurs entreprises et régions dépendent économiquement du travail saisonnier. La professeure Major a entendu l’appel des milieux et se consacre ainsi à renverser la vapeur.

Partager son savoir par l’Acfas
En collaboration avec des collègues d’autres universités, Marie-Eve Major organise un colloque interdisciplinaire dans le cadre du congrès annuel de l’Acfas, le plus grand rassemblement multidisciplinaire du savoir et de la recherche de la francophonie, qui se tiendra du 3 au 7 mai 2021 à l’Université de Sherbrooke. Les coorganisateurs proposent aux participantes et participants de travailler en interdisciplinarité (ergonomie, design, gestion, éducation, psychologie, sociologie, danse, etc.) sur le concept d’activité (de travail) pour enrichir les méthodes de recherche qui sous-tendent un grand nombre des transformations et des innovations en milieux de travail et dans nos quotidiens. Ils veulent par la suite s’inspirer de ce qui émanera de ce colloque pour offrir une activité du genre aux ergonomes en formation et en exercice sur le marché du travail afin de contribuer à leur pratique sur le terrain.