La profession d’économiste, ce n’est pas que des maths!
10 questions pour démystifier le métier avec Axcel Selemani
Économiste. Qu’est-ce que ça mange en hiver?
Pour mieux comprendre ce domaine méconnu et pourtant rempli de possibilités, nous sommes allés à la rencontre d’Axcel Selemani, diplômé de la maîtrise en économique de l’Université de Sherbrooke.
Avant de devenir enseignant d’économique au Cégep de Sherbrooke, Axcel Selemani a traversé des continents, changé de système scolaire et découvert que l’économie peut expliquer… à peu près tout. Aujourd’hui, Axcel partage sa passion avec des étudiantes et des étudiants qui n’imaginaient pas qu’on pouvait aimer autant parler de courbes d’offre et de demande.
Rencontre avec un diplômé qui sait traduire en termes simples ce domaine et qui nous partage comment sa maîtrise en économique l’a propulsé dans sa carrière.
1. Qu’est-ce qui vous a donné envie d’étudier l’économie — un cours, un prof… ou une crise existentielle?
Deux éléments ont déclenché l’étincelle. D’abord, mon père : très respecté pour son travail sur les questions économiques, il a accepté un jour un poste dans une organisation internationale. Je voulais suivre ses traces. Ensuite, les nouvelles économiques m’ont toujours fasciné. J’écoutais les experts parler de l'impact d’événements mondiaux, et j’ai voulu comprendre ce qu’ils expliquaient. Quand j’ai découvert qu’on pouvait étudier l’économie à l’université, j’ai su que c’était pour moi.
2. Si vous deviez résumer votre parcours universitaire en un mot?
Découverte.
De Kinshasa à Sherbrooke, j’ai dû apprivoiser une nouvelle culture, un nouveau système scolaire et un hiver glacial… le tout en une semaine avant le début des cours. Ce n’était pas simple, mais chaque étape a élargi ma vision du monde et de moi-même.
3. Quel mythe sur l’économie auriez-vous aimé démystifier plus tôt?
Que les études en économique, c’est uniquement des maths. Oui, les outils quantitatifs sont importants, mais l’économie consiste surtout à comprendre les comportements humains, les marchés, les politiques publiques. Les maths sont un outil pour analyser ces phénomènes — pas une finalité.
4. En quoi consiste réellement le travail d’un économiste (version pour expliquer à votre grand-mère)?
Grand-mère, un économiste étudie comment les gens prennent des décisions surtout quand on est limité en temps, en argent et en ressources. Son travail consiste à analyser ces choix afin d’aider les individus, les entreprises et les gouvernements à prendre de meilleures décisions et à utiliser les ressources efficacement pour le bien collectif. Beaucoup pensent que ce métier se limite à analyser des chiffres, alors qu’en réalité, les économistes peuvent contribuer à changer les choses, notamment en participant à l’élaboration de politiques publiques ou à l’analyse de programmes qui influencent directement la vie des gens.
5. Quel “superpouvoir” votre maîtrise vous a-t-elle donné?
La capacité de construire et d'analyser des modèles économiques pour comprendre des phénomènes complexes. J’ai aussi apprivoisé la recherche scientifique… et j’ai découvert que j’aimais vraiment ça.
6. Comment la maîtrise a-t-elle changé votre façon de comprendre le monde?
En profondeur.
- Évaluation économique des projets : je suis en mesure d’analyser comment des politiques publiques peuvent réellement améliorer la vie des gens.
- Problèmes économiques du développement : je peux comprendre que copier-coller une politique d’un pays à l’autre, ça ne fonctionne pas.
- Ressources naturelles et environnement : je saisis mieux l’urgence de gérer durablement nos ressources — l’histoire de l’Île de Pâques m’a beaucoup marquée.
7. Quelle porte insoupçonnée votre maîtrise a-t-elle ouverte?
Le désir de faire un doctorat. Moi qui étais certain d’aller directement sur le marché du travail, j’ai découvert un goût profond pour la recherche en économie du développement.
8. Qu’avez-vous appris en stage que personne ne vous avait mentionné?
J’ai eu l’occasion de faire deux stages. Le premier dans un cabinet comptable et le second dans une entreprise spécialisée en agronomie. Ces expériences m’ont appris quelque chose que l’on ne réalise pas toujours pendant les études : que l’économie se retrouve… partout. Fiscalité, agriculture, gestion, politiques publiques — mes stages m’ont montré que les outils économiques s’appliquent dans une foule de secteurs.
9. Qu’est‑ce que vous auriez aimé dire à votre “version étudiante” sur l’avenir?
Si je pouvais parler à ma version étudiante, je lui dirais d’accorder davantage d’importance à la modélisation économique et aux outils quantitatifs. J’ai vraiment compris leur importance durant ma maîtrise, et avec le recul, je pense que j’aurais gagné à les maîtriser plus tôt. Ce sont des compétences qui deviennent très précieuses sur le marché du travail.
10. Quelle contribution voulez‑vous laisser dans le monde grâce à votre métier?
Grâce à l’économie, j’espère pouvoir participer à la réflexion et à la mise en place de solutions qui favorisent le développement et améliorent les conditions de vie des populations.
D’autres questions en rafale… parce que c’est si intéressant!
Le préjugé le plus drôle que vous avez entendu sur les économistes?
Que les économistes servent principalement à « faire de l’argent ». Mes étudiants me le disent presque à chaque rentrée. Heureusement, leur vision évolue rapidement.
La chose la plus “wow” que vous avez réalisée grâce à vos études en économie?
Aider, la veille d’un examen, celle qui allait devenir mon épouse. Elle a réussi… et j’ai découvert que j’aimais enseigner. Gagnant-gagnant.
Un économiste célèbre à inviter à souper?
Esther Duflo. Pour parler de son parcours, de ses travaux en économie du développement et de la manière dont ses recherches transforment concrètement des vies.
Entre nous : à quoi ça sert (vraiment) de faire des modèles économétriques?
À valider les théories économiques. Prenons un exemple, la théorie économique suppose qu’une augmentation de la dette fait montrer les taux d’intérêt; les modèles économétriques permettent de valider quantitativement si c’est vrai et de combien.
Des possibilités nombreuses et insoupçonnées!
Comme l’explique si bien Axcel Sélémani, l’économique n’est pas qu’un monde de chiffres, mais un outil puissant pour comprendre la société, éclairer les décisions et, surtout, changer les choses.
Les études universitaires en économique permettent de développer des compétences recherchées dans plusieurs secteurs et ouvrent beaucoup de portes... des portes que vous ne soupçonniez peut-être même pas. Alors, pourquoi ne pas saisir cette occasion et découvrir tout ce que les études en économique peuvent vous offrir?