Grande conférence annuelle des programmes en DPAE
De l’idée à l’action : comment se construit une politique publique efficace et humaine selon Pauline Marois
Photo : Jessica Garneau, collaboratrice
Dans le cadre des conférences annuelles des programmes en droit et politique appliqués de l’État (DPAE), la Faculté a eu le privilège d’accueillir, ce 28 octobre, Mme Pauline Marois, première femme à occuper les fonctions de première ministre du Québec. Elle venait présenter sa vision du processus entourant l'adoption de politiques publiques d'envergure.
Photo : Jessica Garneau, collaboratrice
D’entrée de jeu, suivant une présentation du professeur Guillaume Rousseau, directeur des programmes en DPAE, qui a d’ailleurs eu le plaisir de collaborer avec elle par le passé, Pauline Marois a souligné à quel point elle était contente de l’invitation. Il faut savoir que l’éducation revêt pour elle un statut particulier, puisqu’elle a non seulement agi comme ministre de l’Éducation, mais qu’elle est également devenue chancelière de l’Université du Québec à Montréal après sa carrière politique.
L’éducation peut changer la donne à bien des égards. C’est la richesse des nations. L’ignorance est le terreau des dictatures. Plus on est éduqué, plus on est capable de rêver.
Pauline Marois
Pour placer le sujet de sa conférence, elle a rappelé que pour gouverner, il faut d’abord avoir une proposition, une vision. Il faut aussi être capable d’écouter. C’est cette posture qui permet éventuellement de cerner un besoin et d’élaborer une politique qui répondra à ce besoin. Le processus peut toutefois être extrêmement long.
Le plan de match s’élabore suivant une vaste consultation et un diagnostic. Quel est le besoin? Quels sont les objectifs? De quels moyens dispose-t-on? Quels seront les coûts de la démarche globale?
Ensuite, sous réserve de la conjecture, d’un éventuel consensus et de la mobilisation des ressources, on passe à l’étape suivante. Or, tout au long du processus, il importe de faire preuve d’honnêteté et de transparence. C'est cette clarté qui légitimera la politique, suscitera l’adhésion et permettra au projet de cheminer. Ça prend donc non seulement une volonté politique forte et un leadership clair, mais aussi la réunion de nombreuses conditions favorables.
Politique familiale de 1997
Pour illustrer son propos, Pauline Marois n’a qu’à puiser dans sa longue expérience pour trouver un exemple. Et l’exemple qu’elle choisit n’est pas anodin. Elle revient sans surprise sur la politique familiale dont elle a rêvé 17 ans, c'est-à-dire de sa première nomination à titre de ministre, en 1980, jusqu’à ce qu’elle parvienne à la mettre en place en 1997. Cette politique familiale résultait d'une longue réflexion et visait à modifier la structure sociale québécoise afin de permettre aux femmes d'accéder plus facilement – et équitablement – au marché du travail. Elle avait une portée énorme et venait un peu révolutionner la conception familiale québécoise en donnant aux femmes une autonomie et un accès au marché du travail.
Les plus jeunes ne se posent pas trop de questions sur l'existence des Centres de la petite enfance (CPE), sur les congés parentaux ou sur la maternelle 5 ans, mais ces structures ou mécanismes n'existaient pas avant le déploiement de la politique familiale du gouvernement de Mme Marois.
Sans partisanerie aucune, il est quand même intéressant de constater que le rêve d'une jeune ministre a considérablement changé la réalité des familles québécoises. Il devenait plus facile de fonder une famille sans renoncer à ses ambitions professionnelles, surtout pour les femmes, il va sans dire.
Du bas de laine au no fault
Au fur et à mesure de sa conférence, elle fera aussi référence à la création de la Caisse de dépôt et de placement du Québec, en 1965, qui permettait au Québec de gérer lui-même les fonds du Régime de rentes du Québec, tout en contribuant au développement économique du Québec et en investissant dans les entreprises provinciales. Elle donnera aussi l'exemple de la naissance de la Société d'assurance automobile, en 1978, un régime alors unique au monde qui visait à assurer une universalité des indemnisations sans égard à la responsabilité. Deux autres politiques publiques majeures qui ont façonné le Québec d'aujourd'hui.
Photo : Jessica Garneau, collaboratrice
Sans considération partisane, les politiques publiques bien réfléchies, dont l'élaboration et le déploiement respectent un processus rigoureux et transparent, sont réellement susceptibles d’améliorer considérablement la vie des gens. Elles illustrent un superbe côté de la politique.