Quand la bio-ingénierie change des vies
Un clou télescopique au cœur de l’innovation pédagogique à l’UdeS
Photo : Fournie
Dans une salle de classe de la Faculté de génie, le silence s’installe. Devant les étudiantes et étudiants, il n’est pas question d’un exercice théorique ni d’une démonstration mathématique. Ce qu’ils entendent, ce sont des histoires de vie. Celles d’un inventeur, d’une chirurgienne et d’un patient. Trois parcours réunis autour d’une même avancée médicale : le clou télescopique Fassier-Duval. À ce moment précis, la bio-ingénierie cesse d’être un concept. Elle devient profondément humaine.
Une technologie qui grandit avec les enfants
Inventé au Québec et utilisé en orthopédie pédiatrique, le clou Fassier-Duval est conçu pour stabiliser les os fragilisés d’enfants atteints d’ostéogenèse imparfaite, une maladie rare aussi appelée « maladie des os de verre ». Ces personnes vivent avec des os extrêmement fragiles, sujets à des fractures fréquentes et à des déformations lors de la croissance.
La particularité du clou Fassier-Duval? Il est télescopique. Implanté au centre de l’os, il s’allonge au même rythme que la croissance de l’enfant. Une solution ingénieuse en apparence simple, mais aux retombées majeures : moins de chirurgies répétitives, moins de séjours prolongés à l’hôpital et une qualité de vie considérablement améliorée.
Si cette technologie médicale n’a pas été développée à l’UdeS, elle y joue aujourd’hui un rôle tout particulier. Car c’est à travers elle que la Faculté de génie fait vivre à ses étudiantes et étudiants une expérience pédagogique unique, ancrée dans le réel et porteuse d’impact social.
Croiser les perspectives pour mieux comprendre
Au cœur du cours Analyse de cas en bio-ingénierie, offert en génie mécanique et orchestré par le chargé de cours Cédric Dessureault, la démarche pédagogique est audacieuse : aller bien au-delà de l’analyse technique pour suivre le parcours complet d’une solution de génie, comme le clou Fassier-Duval, de sa conception jusqu’à ses effets concrets sur la vie d’une personne.
C’est dans cette logique qu’en mars 2026, la classe a eu l’occasion de rencontrer trois personnes qui incarnent les différentes étapes de ce parcours, de l’invention à l’expérience vécue :
- Le Dr Pierre Duval, orthopédiste, ingénieur de formation et co-inventeur du clou Fassier-Duval.
- La Dre Élisabeth Leblanc, chirurgienne orthopédiste pédiatrique au CIUSSS de l’Estrie-CHUS qui implante ce dispositif chez ses jeunes patients, ainsi que professeure à la Faculté de médecine et des sciences de la santé de l’UdeS.
- Charles Maheu, diplômé en génie robotique de l’UdeS, vivant avec une condition d’ostéogenèse imparfaite, à qui plusieurs clous télescopiques ont été implantés durant l’enfance.
« C’est un privilège de voir, en classe, l’aboutissement d’un projet de A à Z, qui a été mené à terme et qui a eu un impact concret dans la vie des gens. Le clou Fassier-Duval en est un bel exemple », explique Cédric Dessureault.
Un témoignage qui donne un visage au génie
L’un des moments les plus marquants de cette rencontre survient lorsque Charles Maheu prend la parole. En fauteuil roulant depuis son plus jeune âge, il raconte une vie ponctuée de plus de 100 fractures et de 11 opérations. Pendant ses études universitaires, il a subi trois fractures.
Photo : Fournie
Aujourd’hui ingénieur et responsable du développement logiciel dans une entreprise sherbrookoise œuvrant en automatisation industrielle et en robotique, Charles poursuit un parcours où la technologie prend tout son sens. Son histoire illustre comment une solution conçue pour répondre à un besoin réel peut transformer une trajectoire de vie de façon durable.
Ma situation de santé est un défi au quotidien. Mais elle m’a aussi appris à me connaître, à développer ma résilience et à poursuivre mes objectifs, adaptés à ma condition et qui demeurent ambitieux.
Charles Maheu, diplômé en génie robotique de l’UdeS, vivant avec une condition d’ostéogenèse imparfaite
Quand les disciplines se conjuguent au service de la société
Photo : Fournie
Ce projet pédagogique illustre aussi la richesse du dialogue entre le génie et la médecine. En croisant les expertises, en ouvrant la classe aux acteurs du terrain, l’Université de Sherbrooke transforme l’apprentissage en un espace de réflexion, d’engagement et de conscience sociale.
Ici, l’innovation n’est pas qu’une question de technologie. Elle est pédagogique. Et surtout humaine.
L’ingénierie est un domaine d’innovation, d’optimisation et de croissance. Une ingénierie réellement équitable, diversifiée et inclusive exige de sortir de cette vision pour replacer l’humain et son milieu au centre de nos objectifs. Inculquer cette approche comme une évidence et un impératif auprès de la communauté étudiante est au cœur de notre pédagogie.
Cédric Dessureault, chargé de cours et doctorant en génie mécanique
La bio-ingénierie est partout, rappelle Cédric : dans les lits d’hôpitaux, les canules, les seringues, les dispositifs médicaux les plus simples comme les plus complexes. Derrière chacun de ces objets se cache une intention, qui est d’améliorer la vie de quelqu’un.
Former la relève en génie qui transforme le monde
À travers cet exemple, la Faculté de génie de l’UdeS démontre que la formation en ingénierie peut être porteuse de sens. Plus qu’un cas d’étude, ce projet devient une source d’inspiration pour la relève et une preuve tangible que, lorsque le génie s’unit à l’humain, il devient un formidable moteur de mieux-être collectif.
Photo : Fournie
L’analyse de cas du clou Fassier-Duval dans le cadre du cours est un bel exemple d’ingénierie humaine : une solution à la fois simple et innovante pour une pathologie rare, née de concepteurs passionnés et générant des retombées sociales très concrètes. Depuis que je l’ai invité pour la première fois à venir témoigner en classe, c’est une chance immense, année après année, de recevoir Charles, qui nous parle de l’impact que cette innovation a eu dans sa vie. Son témoignage donne un sens et une tangibilité à notre métier. J’en suis très reconnaissant.
Cédric Dessureault