Ludification des apprentissages
Le jeu, une carte maîtresse pour apprendre
Photo : Michel Caron - UdeS
Dans le cours de géopolitique de Ricardo, les cartes circulent. Plongés au cœur des premiers trusts pétroliers, les étudiantes et étudiants se battent pour le contrôle des barils et des routes stratégiques. Dans l’atelier de rédaction scientifique de Gwenaëlle, on joue contre un adversaire plus intime : la procrastination. Chaque tirage confronte les doctorantes et doctorants à leurs mécanismes d’évitement et les pousse à passer à l’action. Ici, le jeu ne sert pas à divertir. Il devient un atout pour apprendre.
Tels de grands barons du pétrole, les politologues en devenir brassent des cartes qui leur font découvrir les concepts clés d’intégration verticale et horizontale. De leur côté, les candidates et candidats au doctorat pigent conseils et stratégies pour éviter les distractions et avancer efficacement dans la rédaction de leur thèse.
En manipulant des dés, en prenant des décisions, en vivant des conséquences, les apprenantes et apprenants ne se contentent pas de mémoriser des concepts : elles et ils les expérimentent. Le recours au jeu facilite les apprentissages en les rendant plus concrets.
Photo : Michel Caron - UdeS
C’est ce que nous expliquent Félix Arguin et Marianne Morier, de l’équipe de conseil pédagogique du Service de soutien à la formation (SSF) de l’UdeS, qui ont organisé la Foire ludique le 18 février dernier, dans le cadre du Mois de la pédagogie universitaire.
À propos de la Foire ludique
Organisée dans le cadre du Mois de la pédagogie universitaire, l’activité de Foire ludique du 18 février visait à découvrir et mettre en lumière des pratiques pédagogiques innovantes à l’UdeS qui prennent forme à travers le jeu. Dans une ambiance originale et dynamique, l’événement a permis l’inspiration, le partage et la transférabilité des approches, multipliant ainsi l’impact des différentes formules pédagogiques. Vous l'avez manquée? Visionnez la vidéo, consultez la galerie photos et visitez l'exposition virtuelle!
L’expérience et l’émotion comme moteurs d’apprentissage
Lorsqu’on joue, on crée une espèce d’univers parallèle, on vit une expérience commune à laquelle il est beaucoup plus facile de faire référence par la suite. C’est ce que l’on appelle un ancrage expérientiel. C’est vraiment le principal gain pédagogique de la ludification.
Félix Arguin, conseiller pédagogique au SSF
Photo : Michel Caron - UdeS
Par exemple, un groupe se souviendra davantage des effets d’une carte de « prise de contrôle » levée dans une partie que de l’explication théorique du même concept donnée en classe. Ces moments vécus, partagés avec d’autres, deviennent des points de référence solides, qui marquent la mémoire et facilitent l’intégration des savoirs.
Évoquant les jeux de société de son enfance, comme Jour de paie ou Destins, où l’on apprend à gérer factures, imprévus et responsabilités, Marianne rappelle combien le jeu peut être puissant pour apprendre, même quand les notions sont sérieuses et complexes.
Photo : Michel Caron - UdeS
Le jeu est un moteur naturel d’apprentissage. Il est essentiel au développement de chaque personne. Il n’est donc pas surprenant que l’on parle de son importance en éducation.
Marianne Morier, conseillère pédagogique au SSF
Photo : Michel Caron - UdeS
Félix ajoute par ailleurs que l’attrait du jeu ne tient pas seulement à l’expérience concrète, mais aussi aux émotions qu’il suscite :
Les ancrages les plus profonds sont émotifs. Dans le jeu, on prend des décisions, on gagne ou on perd, on ressent de la surprise, de la frustration ou de la fierté. Ces réactions émotionnelles permettent de mieux retenir ce qui a été vécu.
On se souvient ainsi non seulement d’une carte jouée ou d’une situation rencontrée, mais aussi de ce qu’elle nous a fait ressentir et des stratégies adoptées pour y faire face.
Un levier relationnel et pédagogique
Du point de vue de la relation pédagogique entre les personnes enseignantes et la classe, le jeu présente également des bénéfices importants.
À partir du moment où un enseignant rejoint ses élèves à l’intérieur d’un jeu, il n’y a plus de profs, il n’y a plus d’étudiants, il n’y a que des joueurs. Les frontières de rôles sont abolies.
Félix Arguin et Marianne Morier, de l'équipe de conseil pédagogique du SSF
Photo : Michel Caron - UdeS
Cette proximité est plus à même de favoriser une relation plus ouverte et authentique avec le personnel enseignant. Les étudiantes et étudiants osent davantage interagir, poser des questions, tester des stratégies. Gwenaëlle et Ricardo l’ont d’ailleurs observé dans leur pratique pédagogique. Le jeu représente un levier pour renforcer le climat de confiance et l’engagement dans l’apprentissage.
Photo : Michel Caron - UdeS
En somme, la ludification s’avère un atout précieux pour apprendre. Qu’il s’agisse d’une partie de cartes pour mieux comprendre la géopolitique mondiale ou vaincre la procrastination, le jeu transforme les savoirs en une expérience vivante et concrète, tout en rapprochant les personnes apprenantes et enseignantes. Et maintenant, à vous de jouer... et d'apprendre!
À propos du Mois de la pédagogie universitaire
Les activités du Mois de la pédagogie universitaire se veulent des occasions d'allumer des étincelles dans les yeux, de faire de tous les espaces d'apprentissage des lieux animés de curiosité, d'échanges inspirants, de découvertes de soi, de l'autre et du monde. Cette année, l’événement se déroule du 3 au 26 février 2026.
À propos du Service de soutien à la formation (SSF)
Avec une équipe chevronnée de plus de 40 personnes, le Service de soutien à la formation a pour mission de soutenir l’ensemble de la communauté universitaire dans la réalisation de la mission de la formation sur la base des principes énoncés dans les politiques universitaires reliées à son mandat.