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Une bibliothèque vivante à l'UdeS pour favoriser les échanges interculturels

Des livres à cœur ouvert

Jean-Gabin Ntebutse (livre) et Marie-France Lafaille (lectrice)
Jean-Gabin Ntebutse (livre) et Marie-France Lafaille (lectrice)
Photo : Simon Rancourt, collaborateur

Le 10 mai dernier, une opération à cœur ouvert a eu lieu à l’Université de Sherbrooke, avec pour seuls instruments la parole et l’écoute. Afin de favoriser les échanges interculturels et le partage d’expérience, une bibliothèque vivante a été offerte aux membres du Réseau des personnes alliées de l’interculturel.

Le concept est simple : sept personnes invitées à titre de « livres humains », ayant des parcours interculturels significatifs et diversifiés, ont raconté leur expérience à un groupe de personnes « lectrices » venues entendre et échanger sur ces parcours de vie.

Dans un cadre intime et bienveillant, les livres ont ainsi partagé leur histoire en abolissant les frontières physiques et psychologiques. Il s’agit de personnes étudiantes, ainsi que des membres du personnel et de la communauté sherbrookoise.

Échange virtuel entre livre et personnes lectrices lors de la bibliothèque vivante
Échange virtuel entre livre et personnes lectrices lors de la bibliothèque vivante
Photo : Simon Rancourt, collaborateur

Des histoires aussi inspirantes que bouleversantes

On rencontre par exemple Ogma, un étudiant togolais qui a travaillé dès son plus jeune âge pour soutenir sa famille à la suite d’une série d’événements graves. Privé d’électricité, il devait étudier la nuit au clair de lune ou près de l’autoroute, à la lumière des phares de voitures. C’est avec beaucoup d’humilité et de transparence qu’il a partagé le récit du parcours remarquable qui l’a mené jusqu’à Sherbrooke, où il est reconnu dans ses études, son milieu de travail et pour le soutien qu’il apporte aux résidences.

Les personnes lectrices ont été émues et impressionnées par la résilience d’Ogma comme par celle des autres livres qui ont partagé leur histoire :

- Patrick, originaire de la République démocratique du Congo, qui a traversé toute l’Afrique pour fuir un destin d’enfant soldat : aujourd’hui, il redonne de l’espoir, du soutien et offre des ressources dans tous les domaines (y compris la santé mentale) aux personnes immigrantes de la province, grâce à son travail au Service d’aide aux Néo-Canadiens.

- Sahar, jeune femme incroyablement forte et inspirante, qui, de l’Afghanistan au Québec, a surmonté les obstacles de plusieurs exils, de la peur, du racisme et de l’exclusion, pour poursuivre ses études et aider les non-francophones à Collège Frontière.

- Valona, originaire de Madagascar, pour qui le sport a été un facteur clé d’intégration, en tant qu’étudiante puis professionnelle à l’UdeS, malgré les chocs culturels et le tiraillement entre sa nouvelle vie et son pays natal.

- Andres de Colombie et Elizabeth d’Argentine, qui ont eu le courage de repartir à zéro au Québec et de réinventer leur carrière et leur personne dans une nouvelle langue, avec les efforts, les deuils et les espoirs que cela implique.

- Jean-Gabin, originaire du Burundi, qui a partagé les rencontres déterminantes qui ont orienté son brillant parcours. Il transmet aujourd’hui, en tant que professeur à la faculté d’éducation, la richesse de « l’humanité à géométrie non variable », où les mêmes chances doivent être données à chaque personne, en favorisant l’équité et l’inclusion qui développent l’épanouissement du plein potentiel.

Des liens créés au profit de l’ensemble de la communauté de l’UdeS

Les livres de la bibliothèque vivante avec les organisatrices : Bénédicte Thérien et Françoise Bleys
Les livres de la bibliothèque vivante avec les organisatrices : Bénédicte Thérien et Françoise Bleys
Photo : Simon Rancourt, collaborateur

C’est avant tout la richesse de la rencontre avec l’autre et la valorisation des différences qui sont ressorties de ces échanges entre livres et personnes lectrices. Auprès de l’auditoire, ces récits de courage, de détermination et de résilience ont invité à une profonde remise en perspective lors de cette « opération à cœur ouvert », selon Maryse Beaulieu, lectrice et conseillère pédagogique au Service de soutien à la formation.

Aux personnes qui osent partager leur vie, les embûches, les persévérances : un énorme merci. Quel engagement pour les autres, et envers l’Université de Sherbrooke. Ces livres se livrent avec une grande humanité qu’il est réconfortant de ressentir. Cela permet de créer du lien, sur le moment, et d’envisager des projets ensemble par la suite, au profit de l’ensemble de la communauté de l’UdeS.

Fabrice Larue, lecteur et conseiller en développement professionnel au Service des stages et du développement professionnel

L’enrichissement mutuel et la parole qui rapproche

Pour les livres, la démarche a été libératrice, elle « répond à un grand besoin que l’on ne soupçonnait pas », a affirmé Valona Rasolo à la fin de son récit.

Les personnes ayant partagé leur histoire s’entendent sur l’aspect constructif et thérapeutique de cette activité qui délivre la parole. Le fait d’être entendu et de pouvoir revisiter son histoire en évoquant le poids des jugements, la culpabilité d’avoir quitté les siens et les difficultés d’intégration, permet de se sentir écouté, moins seul et de continuer à avancer en ayant le sentiment de faire partie d’une vraie communauté.

À travers cet échange, j’ai eu la chance de réaliser que les gens ont une ouverture. Les personnes lectrices sont intéressées à nous écouter et à nous connaitre pour tisser des liens

Sahar Asefi, livre de la bibliothèque vivante.

Un appui-conseil en interculturel à l’UdeS

Le Réseau des personnes alliées de l'interculturel
La bibliothèque vivante a été offerte au Réseau des personnes alliées de l'interculturel, composé d’une centaine de membres du personnel de l’UdeS : une initiative découlant du plan stratégique et portée par USherbrooke International. Bénéficiant d’une formation et d’activités régulières du réseau, ses membres incarnent et font rayonner, dans chaque faculté et service, un milieu ouvert et propice à donner son plein potentiel à la richesse de la diversité culturelle.

Le succès de cet événement auprès du réseau nous encourage à renouveler l'expérience et à élargir notre audience, afin de mobiliser l’ensemble de la communauté de l’UdeS dans la valorisation du dialogue et de l’inclusion

Professeure Christine Hudon, vice-rectrice aux études et aux relations internationales

Quant aux organisatrices de l’événement, Françoise Bleys et Bénédicte Thérien, elles sont unanimes sur les retombées positives d’une telle démarche : « C’est une expérience très réussie pour cette première bibliothèque vivante de l’UdeS, dont les échanges, profondément humains, contribuent à changer le monde un cœur à la fois ».