Nouveau programme AgroPhytoSciences

Du labo à la «vraie vie»

19 juin 2014

Sophie Payeur

Docteure en biologie, Marie-Pierre Dubeau est propriétaire du Petit Mas, producteur et distributeur d’ail au Québec. C’est à l’été 2013 que la jeune femme de 34 ans a accepté de prendre la relève de l’entreprise familiale, qui ne demande qu’à croître. Mais Marie-Pierre n’a pas de formation à l’entrepreneuriat : les plans de mise en marché de l’ail n’ont rien à voir avec les manipulations de laboratoire sur des lignées cellulaires! Si elle en avait eu l’occasion lors de sa formation, Marie-Pierre aurait pu intégrer AgroPhytoSciences, un nouveau programme offert à l’Université de Sherbrooke. Unique en son genre, il contribuera à former les scientifiques de la nouvelle génération : ceux qui ont les compétences pour travailler autant au laboratoire que sur le terrain de la production végétale.

Quand la compétitivité passe par la R-D

Au Canada, les productions végétales non forestières contribuent de façon significative à l’économie, avec 16 % du PIB. En 2011, les recettes issues de ce secteur étaient supérieures à 25 milliards de dollars, et ces recettes sont en constante progression. Or, à l’instar du Petit Mas, la majorité des entreprises canadiennes de production végétale sont de petite et moyenne taille. Leur compétitivité, tout comme leur survie, dépend en bonne partie de leur capacité à innover.

Si les besoins en recherche sont immenses, plusieurs de ces PME ont peu d’expérience en recherche et développement. «Les futurs travailleurs doivent être prêts à relever des défis qu’on ne mesure pas encore», fait valoir la professeure Carole Beaulieu, qui coordonne AgroPhytoSciences. Les conditions de pratique, effectivement, changent continuellement, autant du point de vue climatique que de l’angle de la production. «Le souci environnemental est bien présent chez les consommateurs, et ceux-ci veulent des produits sains», ajoute la spécialiste en phytoprotection.

AgroPhytoSciences se fonde ainsi sur le principe que la relève doit être apte à travailler dans un contexte pluridisciplinaire nécessaire au développement et à la mise en marché de nouveaux produits. «Avec ce programme, nous souhaitons développer les compétences transversales des étudiants pour ainsi faciliter leur intégration dans le milieu du travail, explique le doyen de la Faculté des sciences, Serge Jandl. Nous avons même rassemblé une équipe multidisciplinaire de chercheurs de renommée mondiale de l’Université de Sherbrooke, de l’Université Laval, de l’Université McGill et de l’Université de Montréal autour des grands thèmes de recherche du programme. Il s’agit d’une occasion unique pour nos étudiants.»

Le programme AgroPhytoSciences

Le programme est rendu possible grâce à la participation financière du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie du Canada qui octroie une subvention de 1,64 M$ pour mettre en œuvre cette formation. Environ 80 % de ces fonds seront versés directement aux étudiantes et étudiants participants, sous forme de bourses. Au total, plus de 155 étudiants et stagiaires postdoctoraux seront formés au cours des six années de la subvention.

Chacun des étudiants et étudiantes inscrits suivra un programme de 45 crédits (maîtrise) ou de 90 crédits (doctorat) offert par son institution. Le programme AgroPhytoSciences offrira, de plus, un enrichissement par un parcours dessiné sur mesure pour l’étudiant. Ce dernier aura la chance d’acquérir des connaissances en technologies de pointe ainsi que des compétences professionnelles dans des domaines tels que l’entrepreneuriat en sciences biologiques, la gestion de la R-D ou le management de projets internationaux, pour ne nommer que ceux-là. La formation sera accompagnée d’un stage qui permettra une meilleure intégration de l’étudiante ou de l’étudiant au marché du travail. Le programme s’est donné quatre priorités de recherche : l’amélioration végétale et la biologie moléculaire, la phytoprotection, les systèmes de production et les sciences environnementales, ainsi que les aspects socioéconomiques des productions végétales.

«En plus d’outiller nos étudiantes et étudiants de 2e et 3e cycles d’une manière unique et inédite dans l’ensemble universitaire québécois, le programme AgroPhytoSciences vient abattre plusieurs cloisons entre la science et des disciplines comme les sciences humaines et l’administration», mentionne le vice-recteur à la recherche, à l’innovation et à l’entrepreneuriat de l’Université de Sherbrooke, Jacques Beauvais. «Les collaborations et partenariats qui seront mis en place, notamment avec des chercheuses et chercheurs de l’étranger, ouvriront des horizons scientifiques et professionnels auxquels peu de chercheurs ont accès durant leurs études, dit-il. Nous avons la conviction que cette ouverture multipliera les capacités d’innovation et d’entrepreneuriat de nos diplômés, et que des résultats tangibles se mesureront bientôt, notamment dans l’industrie québécoise de la production végétale.»

Le Centre SÈVE : toute l’expertise québécoise en sciences végétales

Le déploiement d’AgroPhytoSciences est géré par le Centre SÈVE. Affilié à la Faculté des sciences de l’Université de Sherbrooke, le Centre Sève rassemble plus d’une cinquantaine de scientifiques du végétal provenant des milieux universitaire, gouvernemental, institutionnel et privé. Les travaux du Centre englobent l’ensemble des disciplines touchant la production à des fins alimentaire, environnementale et industrielle. Les activités visent aussi à promouvoir l’expertise québécoise en agroenvironnement sur la scène nationale et internationale.

Le pouvoir d’attraction du Centre SÈVE réside dans l’excellence reconnue de ses chercheurs, mais aussi dans l’accès à des infrastructures de recherche exceptionnelles, à la fine pointe de la technologie et parfois uniques au pays.